La question et sa réponse

Quels sont les coûts de l’inflation ?

Rédacteur : Stéphane Ménia

La question est importante. Mais la réponse est pourtant largement méconnue.

En dehors des cas d’hyperinflation, le problème du pouvoir d’achat des consommateurs n’est qu’un argument assez faible utilisé par un politicien douteux au journal de 20 heures. Les procédures d’indexation des revenus sont suffisamment développées dans une économie structurée pour que seuls quelques agents mal informés craignent l’inflation pour cette raison. Certains vous diront même que c’est formidable l’inflation, pour doper l’activité. Mais là n’est pas la question, nous parlons des coûts.

Les coûts potentiels d’une inflation relativement élevée (à partir de disons 4% par an) sont les suivants.

L’inflation fausse les calculs économiques

Une inflation élevée fausse les calculs économiques, car les agents économiques ne sont plus capables de distinguer l’évolution générale des prix et l’évolution de leurs propres prix et revenus (c’est-à dire l’évolution des prix relatifs). Ils font donc des choix de production, de consommation, investissement et épargne qui sont erronés, car non guidés par la rareté réelle. Ces choix pourront être corrigés plus tard, mais avec une inertie plus ou moins grande et des effets d’hystérèse plus ou moins marqués. En gros, c’est l’argument de Hayek et de Lucas ( dans les années 70) : l’inflation est mauvaise parce qu’elle perturbe le processus d’allocation des ressources en occasionnant des variations de prix relatifs qui ne sont induites que par le décalage qu’occasionne l’inflation entre la hausse des prix des différents bien dans l’économie.

L’inflation accroît les coûts de transaction

À un niveau élevé, l’inflation génère des coûts de transaction ou « coûts de menu » (modification fréquente des prix au catalogue).

L’inflation provoque des conflits redistributifs

Elle peut être source de tensions sociales, en raison des effets redistributifs entre créanciers et débiteurs. En effet, plus d’inflation porte préjudice aux détenteurs de revenus non indexés sur les prix (détenteurs d’obligations, par exemple) : leurs revenus sont fixes alors que les prix croissent. Leur pouvoir d’achat baisse.

Les risques spécifiques de l’hyperinflation

Quand elle dégénère en hyperinflation, elle peut paralyser l’économie car les agents ne sont plus en mesure de fixer des prix utilisables dans les échanges quotidiens ; encore moins pour des contrats à plus long terme.

L’inflation a un coût si les gens en sont persuadés

On peut enfin dire que l’inflation a tout simplement un coût dans la mesure où les agents pensent qu’elle en a un, et agissent de sorte que leurs actions amplifient les déséquilibres (Robert Barro).

Share Button