Quand il y a des morts, est-ce qu’il y a vraiment mortalité ?

La Provence nous « apprend » dans cet article que plus on est riche, plus on vit vieux. Pas surprenant. Par contre, mettre sur le compte de l’offre de soins la différence de mortalité prématurée selon les arrondissements de Marseille me laisse sceptique.

Dans la carte jointe à l’article, on constate que le 5ème arrondissement, contrairement à ce que l’article mentionne, connaît une surmortalité équivalente à celle des quartiers nord, soit proche de +30% par rapport aux chiffres nationaux (l’article prétend qu’elle est dans la moyenne, en contradiction avec ce qu’on peut lire sur la carte). Il y a pourtant dans le cinquième arrondissement une offre de soins tout à fait conséquente. Et, en particulier, on y trouve deux des plus grands hôpitaux de la ville, dont le très connu hôpital de la Timone.

J’ai bien cherché quelle particularité pourrait expliquer la surmortalité de l’arrondissement, par rapport au quatrième arrondissement, par exemple. Et je n’en vois qu’une : l’offre de soins y est… plus dense.

L’hôpital est un lieu où l’on soigne beaucoup, mais où l’on meurt beaucoup aussi… Or, la déclaration de décès a lieu dans la mairie du lieu de décès. A Marseille, dans la mairie de l’arrondissement de décès. Vous m’avez compris… Les statistiques dont il est question ici doivent inclure, selon mon hypothèse, les décès constatés dans les établissements de santé de l’arrondissement. Pas étonnant que la surmortalité soit si importante dans le cinquième arrondissement. L’hypothèse est d’autant plus plausible que l’hôpital de la Timone reçoit régulièrement de grands blessés venant de toute la région, qui y sont héliportés. Sont donc comptabilisés des personnes qui ne sont même pas habitants de la commune.

Conclusion : si les statistiques sont établies comme je le suppose (je ne demande qu’à me tromper), alors cette carte ne sert à rien du tout et l’article non plus.

Add : les certificats de décès mentionnent le lieux de décès (hôpital, domicile, etc.). Il est donc normalement facile de corriger les statistiques de l’état civil pour tenir compte de cette particularité. Ce qui épaissit le mystère…

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4 Commentaires

  1. Plus d’un français sur deux meurt à l’hôpital… Stay out of there, it’s dangerous !

    (Et j’en profite pour remercier la Timone, à propos de prématuré; c’est un sacré département. Merci d’avoir permis à mon neveu de vivre aujourd’hui normalement et de faire ses premiers pas…)

    Réponse de Stéphane Ménia
    Oui. Mais beaucoup qui y meurent sont vieux… Donc non comptabilisés ici. Quoi qu’il en soit, oui, ça crée une surmortalité locale non négligeable à l’échelle d’un arrondissement. D’après Wikipédia, il y avait 45000 habitants dans le 5ième en 2007. Il y a 1069 lits à la Timone. Quand tu multiplies par le nombre de personnes qui y passent par an, ça fait sûrement plus que la population de l’arrondissement… T’appliques un taux de mortalité normal pour un hosto. Quand tu rapportes au nombre d’habitants de moins de 65 ans, ça commence à être correct, d’autant que le nombre des plus de 65 ans dans le 5ième est plus élevé que dans le reste de la ville. Bref, ça m’étonnerait pas que ça pèse correctement.

  2. Peut être que par offre de soins l’auteur entend "suivi médical". Car entre le 12 ième et le 16 ième arrondissement il y a quand même une énorme disparité en terme de mortalité, bien plus significative que le contraste économique.

    Réponse de Stéphane Ménia
    Le 12ième est un arrondissement riche. Les loyers peuvent y être plus élevés que dans certains coins du 8ième pourtant pas déshérités. S’il s’agit de dire que les pauvres se soignent moins, personne ne peut le nier. Et donc, il est normal d’avoir des écarts. Mais pour établir des analyses de ce genre, la moindre des choses est de faire une véritable analyse et pas de supposer qu’hormis le nombre de médecins et le revenu, il n’y a rien qui différencie les territoires.

  3. En ce qui concerne l’add, le mystère ne s’épaissit pas trop… Rien n’empêche un habitant du 5ème de venir à l’hôpital…et d’y mourir…
    En réalité, il faut prendre en compte le lieu d’habitation usuel plus que le lieu de décès. Il reste un problème avec les maisons de retraite et autre EHPAD.

    Réponse de Stéphane Ménia
    Si, le mystère s’épaissit dans la mesure où il est possible de corriger facilement les statistiques qui, officiellement en tout cas, sont fondées sur le lieu de décès précis (hôpital, domicile, etc.) et pas le lieu d’habitation. Donc soit les stats sont vraiment totalement foireuses parce qu’elles ne tiennent pas compte du lieu d’habitation. Soit, il y a un autre bug quelque part.

  4. Intéressant.

    Est-il exact de dire que ce genre de biais disparaît à partir de l’échelle du département ? (on va se faire soigner dans la ville voisine, mas dans la région quand même…)

    Réponse de Stéphane Ménia
    Sur les Bouches du Rhône, j’aurais tendance à dire que oui. Ailleurs aussi, c’est probablement la règle. Mais on ne peut pas exclure dans certains cas une distribution géographique des établissements qui par exemple fasse jouer un « effet limitrophe ». Bref, on peut penser que oui. Mais dans tous les cas, il faut regarder les spécificités locales.

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