{"id":7578,"date":"2011-02-15T15:53:33","date_gmt":"2011-02-15T15:53:33","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=1578"},"modified":"2011-02-15T15:53:33","modified_gmt":"2011-02-15T15:53:33","slug":"commentaires-sur-the-great-stagnation-de-tyler-cowen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/commentaires-sur-the-great-stagnation-de-tyler-cowen\/","title":{"rendered":"Commentaires sur &quot;the great stagnation&quot; de Tyler Cowen (premi\u00e8re partie)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.leconomiste-notes.fr\/dotclear2\/index.php\/post\/2011\/02\/15\/Note-de-lecture-%3A-The-Great-Stagnation-%281%29\" hreflang=\"fr\">Mathieu P a r\u00e9dig\u00e9 une note de lecture<\/a> du r\u00e9cent livre (\u00e9lectronique) de T. Cowen, <a href=\"http:\/\/www.marginalrevolution.com\/marginalrevolution\/2011\/01\/the-great-stagnation.html\" hreflang=\"fr\">the great stagnation<\/a>, un essai qui suscite \u00e9norm\u00e9ment de commentaires dans la blogosph\u00e8re \u00e9conomique en langue anglaise. Le fait qu&rsquo;un livre de moins de 100 pages puisse susciter plus de lignes de commentaire qu&rsquo;il ne comporte de contenu est, en soi, un signe que sa th\u00e8se est importante, quoi que l&rsquo;on puisse en penser au final.<\/p>\n<p>De mon c\u00f4t\u00e9, je ne suis pas d&rsquo;accord avec la critique qu&rsquo;apporte Mathieu. Ce n&rsquo;est pas que je trouve ses critiques erron\u00e9es; mais il me semble qu&rsquo;elles ne r\u00e9pondent pas v\u00e9ritablement au coeur de la th\u00e8se de Cowen. Je vous invite donc \u00e0 aller <a href=\"http:\/\/www.leconomiste-notes.fr\/dotclear2\/index.php\/post\/2011\/02\/15\/Note-de-lecture-%3A-The-Great-Stagnation-%281%29\" hreflang=\"fr\">lire sa chronique<\/a>, avant de vous lancer dans la lecture du (long) post suivant.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer, la th\u00e8se de Cowen est la suivante (NB&nbsp;: il \u00e9crit pour les USA, mais son propos me semble s&rsquo;appliquer \u00e0 l&rsquo;ensemble des pays riches)&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; La croissance forte de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre aux ann\u00e9es 70 a \u00e9t\u00e9 rendue possible par des \u00ab\u00a0effets d&rsquo;aubaine\u00a0\u00bb&nbsp;: gains li\u00e9s au passage d&rsquo;une population massivement illettr\u00e9e \u00e0 une population instruite, ensemble de technologies (toutes celles que l&rsquo;on associe \u00e0 la production de masse et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de consommation) permettant des gains de productivit\u00e9 tr\u00e8s rapides.<\/p>\n<p>&#8211; Ces aubaines ont disparu progressivement au d\u00e9but des ann\u00e9es 70. Une fois que l&rsquo;on a appris \u00e0 lire \u00e0 une population illettr\u00e9e, les gains li\u00e9s au fait de leur apporter plus d&rsquo;enseignement s&rsquo;effectuent \u00e0 rendements d\u00e9croissants (il faut de plus en plus d&rsquo;efforts pour des gains de moins en moins grands). Les nouvelles technologies (information et communication) n&rsquo;apportent pas les m\u00eames gains que les technologies issues de la production de masse fordiste. R\u00e9sultat, les gains de productivit\u00e9 ralentissent et les revenus m\u00e9dians stagnent. (On peut noter que Cowen a abord\u00e9 la question compl\u00e9mentaire des in\u00e9galit\u00e9s de revenu dans cet essai, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.the-american-interest.com\/article-bd.cfm?piece=907\" hreflang=\"fr\">the inequality that matters<\/a>\u00ab\u00a0, qu&rsquo;il est utile de lire en compl\u00e9ment de ce livre). La valeur apport\u00e9e par les secteurs en croissance de l&rsquo;\u00e9conomie (sant\u00e9, \u00e9ducation) est tr\u00e8s incertaine.<\/p>\n<p>&#8211; D\u00e8s lors que les aubaines ne sont plus l\u00e0, que la fronti\u00e8re technologique est plus difficile \u00e0 d\u00e9placer, il faut se pr\u00e9parer \u00e0 un long moment de faible croissance \u00e9conomique. Or nos institutions, nos dirigeants politiques, nos normes, consid\u00e8rent une croissance \u00e9conomique forte comme une norme. Les politiciens promettent baisses d&rsquo;imp\u00f4t et d\u00e9penses publiques accrues. Les syst\u00e8mes sociaux d\u00e9pendent pour leur p\u00e9rennit\u00e9 d&rsquo;une croissance \u00e9conomique \u00e9lev\u00e9e. Nous nous endettons (particuliers et gouvernements) \u00e0 des niveaux qui ne sont tol\u00e9rables que si nos revenus croissent. Nous causons des bulles financi\u00e8res en imaginant que tel ou tel actif verra sa valeur augmenter, sous l&rsquo;effet de la croissance des revenus. Nous devrions plut\u00f4t commencer \u00e0 nous habituer \u00e0 la perspective d&rsquo;une croissance \u00e9conomique faible, jusqu&rsquo;\u00e0 la prochaine vague technologique susceptible de produire une croissance forte, si elle arrive.<\/p>\n<p>Avant de passer \u00e0 la critique, on peut examiner plusieurs aspects qui rendent cette th\u00e8se int\u00e9ressante. Premi\u00e8rement, elle apporte une explication au d\u00e9senchantement ressenti dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s depuis 1973, ce sentiment de stagnation des revenus, voire de d\u00e9clin. Elle s&rsquo;appuie sur la conception des \u00e9conomistes sur la croissance&nbsp;: elle provient de <a href=\"http:\/\/reason.com\/archives\/2001\/12\/01\/post-scarcity-prophet\" hreflang=\"fr\">l&rsquo;application d&rsquo;id\u00e9es<\/a>, et pas, comme on le lit de fa\u00e7on lassante dans les commentaires \u00e9conomiques, de la \u00ab\u00a0consommation\u00a0\u00bb, de la \u00ab\u00a0comp\u00e9titivit\u00e9\u00a0\u00bb, ou des \u00ab\u00a0ressources naturelles\u00a0\u00bb (voire pire, appliquer le rapport Attali). Les pays pauvres qui s&rsquo;enrichissent rapidement aujourd&rsquo;hui le font en appliquant les id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9es dans les pays riches (ph\u00e9nom\u00e8ne de rattrapage \u00e9conomique). Dans les pays riches, cro\u00eetre exigerait d&rsquo;inventer et d&rsquo;appliquer des id\u00e9es nouvelles.<\/p>\n<p>Notre probl\u00e8me vient de ce que nous n&rsquo;avons pas assez de bonnes id\u00e9es. Si les stations spatiales et autres voitures volantes dont on r\u00eavait dans les ann\u00e9es 60 n&rsquo;existe pas, c&rsquo;est que ce ne sont pas de si bonnes id\u00e9es que cela. En mati\u00e8re m\u00e9dicale, les r\u00e9sultats des biotechnologies sont extr\u00eamement d\u00e9cevants par rapport aux attentes. R\u00e9sultat, nous ne pouvons cro\u00eetre qu&rsquo;en appliquant de petites am\u00e9liorations \u00e0 des id\u00e9es d\u00e9j\u00e0 existantes (des voitures plus perfectionn\u00e9es, des t\u00e9l\u00e9viseurs plus jolis et des cha\u00eenes plus nombreuses, des r\u00e9frig\u00e9rateurs plus performants, etc). Mais les changements que nous connaissons sont sans commune mesure avec ceux rencontr\u00e9s par les gens n\u00e9s au d\u00e9but du 20i\u00e8me si\u00e8cle, qui ont vu appara\u00eetre l&rsquo;automobile, la radio-diffusion, la t\u00e9l\u00e9vision, la consommation de masse, les antibiotiques, l&rsquo;avion, l&rsquo;eau courante et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 dans les maisons. L&rsquo;\u00e9cart de mode de vie est bien plus grand entre 1900 et 1950 qu&rsquo;entre 1950 et 2000. Une seule exception de taille&nbsp;: l&rsquo;informatique et l&rsquo;internet.<\/p>\n<p>Sur ce point d&rsquo;ailleurs, la critique de Matthieu me semble inadapt\u00e9e; il remarque que si les biens en question (ampoules, voitures, t\u00e9l\u00e9phone, t\u00e9l\u00e9vision&#8230;) existaient d\u00e9j\u00e0 dans les ann\u00e9es 50, la part de la population qui en b\u00e9n\u00e9ficiait \u00e9tait bien plus faible qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui&nbsp;: il y a donc bien eu changement de mode de vie de l&rsquo;occidental moyen. C&rsquo;est exact, mais cela ne fait que confirmer la th\u00e8se de Cowen pour lequel notre croissance repose sur l&rsquo;application d&rsquo;id\u00e9es anciennes plut\u00f4t que d&rsquo;id\u00e9es nouvelles. Passer de 50 \u00e0 100% d&rsquo;\u00e9quipement en t\u00e9l\u00e9vision ou r\u00e9frig\u00e9rateur, c&rsquo;est se rapprocher de la fronti\u00e8re technologique, pas la d\u00e9placer.<\/p>\n<p>Cette th\u00e8se explique \u00e9galement la <a href=\"http:\/\/www.investorschronicle.co.uk\/MarketsAndSectors\/Markets\/article\/20100105\/b3b05bce-f5f5-11de-b4b3-00144f2af8e8\/The-dark-side-of-the-savings-glut.jsp\" hreflang=\"fr\">diminution des opportunit\u00e9s d&rsquo;investissement<\/a> dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s, constat\u00e9e notamment par <a href=\"http:\/\/www.federalreserve.gov\/boarddocs\/speeches\/2005\/200503102\/\" hreflang=\"fr\">Ben Bernanke<\/a>.<\/p>\n<p>Mais, et l&rsquo;internet, et les technologies de l&rsquo;information? il y a l\u00e0 des innovations qui ont r\u00e9ellement produit des changements. Et c&rsquo;est l\u00e0 que la th\u00e8se de Cowen me semble extr\u00eamement f\u00e9conde et in\u00e9dite&nbsp;: <strong>ces technologies changent effectivement nos fa\u00e7ons de vivre et nous apportent des gains significatifs; mais l&rsquo;essentiel de ces gains se r\u00e9alise hors de la sph\u00e8re marchande<\/strong>. Pour comprendre l&rsquo;importance de cette id\u00e9e, il est n\u00e9cessaire de faire une digression historique.<\/p>\n<p>On a souvent tendance \u00e0 opposer l&rsquo;Etat et le march\u00e9&nbsp;: les uns pour d\u00e9nigrer le secteur public et glorifier le march\u00e9 \u00e9touff\u00e9 par l&rsquo;Etat spoliateur; les autres pour magnifier le secteur public contre la rapacit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie marchande. Quoi qu&rsquo;il en soit, l&rsquo;opposition Etat-march\u00e9 est per\u00e7ue comme \u00e9vidente, oubliant un \u00e9l\u00e9ment fondamental&nbsp;: Etat et march\u00e9, historiquement, ont cr\u00fb de concert. Si l&rsquo;on se place avant la r\u00e9volution industrielle, le poids de l&rsquo;Etat dans l&rsquo;\u00e9conomie est minime, les pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;un faible pourcentage, de l&rsquo;ordre de 5-10%, de la production. Mais le march\u00e9, lui aussi, est tr\u00e8s peu \u00e9tendu. L&rsquo;essentiel de la production s&rsquo;effectue dans un monde tr\u00e8s majoritairement rural, de gens qui vivent en quasi-autarcie, consommant l&rsquo;essentiel de ce qu&rsquo;ils produisent, et utilisant une faible fraction de leur production pour l&rsquo;\u00e9changer contre des choses qu&rsquo;ils ne peuvent pas produire eux-m\u00eames. Comme l&rsquo;a montr\u00e9 Polanyi, de nombreuses activit\u00e9s, \u00e0 commencer par le travail, \u00e9chappent \u00e0 la sph\u00e8re marchande (le march\u00e9 du travail est une invention du 19i\u00e8me si\u00e8cle). La croissance \u00e9conomique a consist\u00e9 dans l&rsquo;extension de la sph\u00e8re marchande &#8211; et sa cons\u00e9quence, la sp\u00e9cialisation &#8211; \u00e0 des activit\u00e9s de plus en plus nombreuses. La part autarcique de l&rsquo;activit\u00e9 personnelle a consid\u00e9rablement diminu\u00e9 (voir \u00e0 ce sujet <a href=\"http:\/\/www.amazon.com\/Reinventing-Bazaar-Natural-History-Markets\/dp\/0393323714\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1297784691&amp;sr=8-1\" hreflang=\"fr\">ce livre<\/a>).<\/p>\n<p>Et cette expansion du march\u00e9 a permis l&rsquo;expansion du secteur public. Plusieurs facteurs font que l&rsquo;extension de la sph\u00e8re marchande permet l&rsquo;expansion de l&rsquo;Etat&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; Lorsque l&rsquo;essentiel de votre revenu est mon\u00e9taire et provient d&rsquo;un tiers, il est bien plus facilement taxable que lorsqu&rsquo;il se mesure en pommes de terres cultiv\u00e9es et consomm\u00e9es.<\/p>\n<p>&#8211; Comme le constate Cowen, les m\u00eames technologies qui ont permis la constitution des entreprises de tr\u00e8s grande taille (fichiers, transmission d&rsquo;information, management bureaucratique, mesure des flux) permettent la constitution de gouvernements de grande taille, g\u00e9rant un personnel abondant.<\/p>\n<p>&#8211; dans le m\u00eame temps, la croissance de l&rsquo;Etat permet celle de la sph\u00e8re marchande en fournissant les biens collectifs sur lesquels le march\u00e9 va pouvoir prosp\u00e9rer (infrastructures, activit\u00e9s r\u00e9galiennes, \u00e9ducation, etc); au bout du compte les deux se nourrissent mutuellement.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est l\u00e0 que se pose le probl\u00e8me contemporain. Premi\u00e8rement, tout ce qui \u00e9tait marchandisable l&rsquo;est devenu. Les activit\u00e9s \u00e0 croissance potentielle suppl\u00e9mentaire sont soit des activit\u00e9s que le march\u00e9 administre mal, comme l&rsquo;\u00e9ducation ou la sant\u00e9, soit des activit\u00e9s qui sortent de la sph\u00e8re marchande, issues de l&rsquo;internet. Pour les activit\u00e9s publiques, l&rsquo;absence de m\u00e9canisme marchand efficace fait que la contribution r\u00e9elle de ces secteurs au bien-\u00eatre des gens est difficile \u00e0 mesurer (en ce qui concerne la sant\u00e9, nous avons parl\u00e9 de cela dans <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Nos-phobies-%C3%A9conomiques-Alexandre-Delaigue\/dp\/2744064157\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1297785236&amp;sr=8-1\" hreflang=\"fr\">nos phobies \u00e9conomiques<\/a>).<\/p>\n<p>Et l&rsquo;essentiel des apports de l&rsquo;internet est de nature non marchande. Lorsque vous mettez \u00e0 jour, ou lisez, une page wikipedia, que vous r\u00e9digez ou lisez un post de blog (comme celui-ci), que vous mettez \u00e0 jour votre fil twitter, lisez des informations en ligne, visionnez une video, t\u00e9l\u00e9chargez un film ill\u00e9galement ou \u00e9coutez de la musique, jouez \u00e0 world of warcraft, votre contribution \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie marchande est voisine de z\u00e9ro. Pas nulle (il faut bien acheter un ordinateur, un abonnement, du courant \u00e9lectrique) mais l&rsquo;essentiel de la valeur cr\u00e9\u00e9e par internet est en dehors du march\u00e9.<\/p>\n<p>Pour comprendre ce qui est en jeu ici, imaginons le sc\u00e9nario suivant (inspir\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.amazon.com\/Exodus-Virtual-World-Changing-Reality\/dp\/1403984123\" hreflang=\"fr\">Castronova<\/a>)&nbsp;: 15 millions de fran\u00e7ais actifs \u00e0 plein temps d\u00e9cident de passer \u00e0 un emploi \u00e0 mi-temps, et de consacrer 30 heures par semaine \u00e0 jouer \u00e0 World of Warcraft, tenir un blog ou un fil twitter, remplir des fiches sur Quora ou Wikipedia, mettre \u00e0 jour des pages facebook, ou simplement papoter. L&rsquo;impact sur le PIB fran\u00e7ais, sur les recettes fiscales du gouvernement, serait catastrophique. Certes, quelques entreprises devraient recruter un peu de personnel pour combler cet afflux; mais sans commune mesure avec l&#8217;emploi et l&rsquo;activit\u00e9 marchande perdue. Cela provoquerait une r\u00e9cession \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle la crise financi\u00e8re de 2008 serait une aimable plaisanterie.<\/p>\n<p>Cela vaut pour le PIB, mais le PIB n&rsquo;est pas la richesse. Ce retour \u00e0 une \u00e9conomie de production autarcique et de troc aurait toutes les chances de rendre les gens bien plus heureux qu&rsquo;ils ne sont aujourd&rsquo;hui (d&rsquo;ailleurs, dans notre hypoth\u00e8se, ils choisissent de le faire). On a suffisamment critiqu\u00e9 l&rsquo;ali\u00e9nation provoqu\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 industrielle, la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, pour que l&rsquo;on puisse reconna\u00eetre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui ressemble au <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27Id%C3%A9ologie_allemande#Extrait\" hreflang=\"fr\">communisme id\u00e9al tel que le voyait Marx<\/a>, dans lequel on d\u00e9finit son activit\u00e9 selon sa fantaisie sans subir de contrainte mat\u00e9rielle. Il est de m\u00eame assez logique que l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique se d\u00e9place vers des activit\u00e9s virtuelles dans un monde dans lequel les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la production de biens mat\u00e9riels tendent \u00e0 se rar\u00e9fier. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs le r\u00eave des d\u00e9croissants. Pour les \u00e9conomistes, c&rsquo;est l&rsquo;occasion de rappeler que le PIB est une mesure de la richesse produite, mais ne se confond pas avec elle.<\/p>\n<p>Sauf que le r\u00eave des d\u00e9croissants devient un cauchemar lorsqu&rsquo;on prend en compte les recettes publiques, qui d\u00e9pendent de la possibilit\u00e9 de percevoir des revenus sur une activit\u00e9 marchande. Et sur la promesse d&rsquo;une croissance de l&rsquo;\u00e9conomie marchande identique \u00e0 celle qui a pr\u00e9valu auparavant (voire sup\u00e9rieure). Sur la croissance future des recettes publiques, il faudra payer les retraites, la croissance des d\u00e9penses de sant\u00e9, les int\u00e9r\u00eats de la dette publique, supporter la <a href=https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370?codefaq=90\" hreflang=\"fr\">maladie des co\u00fbts<\/a> inh\u00e9rente au secteur public. Inutile de dire que cela va \u00eatre tr\u00e8s, tr\u00e8s compliqu\u00e9.<\/p>\n<p>Bien \u00e9videmment, nous ne sommes pas dans ce sc\u00e9nario fictif. Du moins, pas dans cette ampleur. Mais certains secteurs d&rsquo;activit\u00e9 ressentent d\u00e9j\u00e0 extr\u00eamement violemment le d\u00e9placement de leur activit\u00e9 de la sph\u00e8re marchande \u00e0 un univers internet non marchand, comme l&rsquo;industrie du disque ou les m\u00e9dias. Les gens n&rsquo;ont jamais b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une telle profusion de sources d&rsquo;information gratuites, n&rsquo;ont jamais \u00e9cout\u00e9 autant de musique, mais les producteurs musicaux et la presse subissent une crise sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est sur ce plan qu&rsquo;il me semble que la critique de Matthieu P. ne porte pas sur la question de fond. Il critique Cowen comme si celui-ci \u00e9non\u00e7ait de nouveau le <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_Solow#Paradoxe_de_Solow\" hreflang=\"fr\">paradoxe de la productivit\u00e9<\/a>, le fait que l&rsquo;on voit des ordinateurs partout, mais que leur impact sur la productivit\u00e9 semble faible. Il r\u00e9pond que la technologie en question est encore trop insuffisamment diffus\u00e9e pour exercer un effet, que de trop nombreuses personnes sont des \u00ab\u00a0ignares num\u00e9riques\u00a0\u00bb, et que cela se corrigera au fur et \u00e0 mesure de la diffusion des technologies de l&rsquo;information qui conduira les gens \u00e0 trouver de nouvelles fa\u00e7ons efficaces de les utiliser.<\/p>\n<p>Sauf que ce n&rsquo;est pas cela que dit Cowen. Pour lui, les technologies de l&rsquo;information ont un impact majeur sur la productivit\u00e9&nbsp;: mais cette production nouvelle est pour l&rsquo;essentiel hors de la sph\u00e8re marchande. Mes \u00e9tudiants sont certainement des ignares num\u00e9riques, mais dans le sens ou un automobiliste est le plus souvent un ignare m\u00e9canique; incapable de comprendre le fonctionnement des objets qu&rsquo;il utilise, mais tr\u00e8s capable lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;utiliser ces instruments pour cr\u00e9er et \u00e9changer, de fa\u00e7on non marchande, \u00e0 base de pages facebook ou de videos post\u00e9es sur youtube. L&rsquo;internet a un impact majeur&nbsp;: d\u00e9placer la consommation et la production vers des activit\u00e9s non marchandes, et par l\u00e0 m\u00eame non taxables. Il y a croissance \u00e9conomique, mais dans une nouvelle sph\u00e8re, hors de l&rsquo;\u00e9change mon\u00e9taire.<\/p>\n<p>Quelle est la valeur exacte de la production\/consommation de l&rsquo;internet qui \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;\u00e9change marchand mon\u00e9tis\u00e9? Il y a 10 ans, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Edward_Castronova\" hreflang=\"fr\">Castronova calculait que le PIB du monde virtuel d&rsquo;Everquest<\/a> se montait au 77 rang mondial, pour un jeu comptant moins d&rsquo;un million de participants; c&rsquo;\u00e9tait avant world of warcraft et ses 15 millions d&rsquo;abonn\u00e9s. Et c&rsquo;\u00e9tait avant les blogs, facebook, twitter, wikipedia.<\/p>\n<p>Voici donc ce qu&rsquo;est la th\u00e8se de la grande stagnation&nbsp;: un ralentissement de la croissance \u00e9conomique d\u00fb \u00e0 un manque d&rsquo;id\u00e9es nouvelles v\u00e9ritablement efficaces, ou \u00e0 un co\u00fbt de plus en plus important pour produire de nouvelles id\u00e9es; et une croissance de plus importantes d&rsquo;activit\u00e9s non marchandes, ou dans des domaines dans lesquels le march\u00e9 est peu performant, sans que l&rsquo;on ne dispose d&rsquo;alternative efficace pour les organiser. Pour les cons\u00e9quences de cette th\u00e8se, et une critique, ce sera pour un autre post&nbsp;: celui-l\u00e0 est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s long.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Mathieu P a r\u00e9dig\u00e9 une note de lecture du r\u00e9cent livre (\u00e9lectronique) de T. Cowen, the great stagnation, un essai qui suscite \u00e9norm\u00e9ment de commentaires dans la blogosph\u00e8re \u00e9conomique en langue anglaise. Le fait qu&rsquo;un livre de moins de 100 pages puisse susciter plus de lignes de commentaire qu&rsquo;il ne <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/commentaires-sur-the-great-stagnation-de-tyler-cowen\/\" title=\"Commentaires sur &quot;the great stagnation&quot; de Tyler Cowen (premi\u00e8re partie)\">(Lire la suite&#8230;)<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":3,"featured_media":59424,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-7578","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecoblabla"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7578","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7578"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7578\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/59424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7578"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7578"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7578"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}