{"id":7512,"date":"2010-02-08T00:47:06","date_gmt":"2010-02-08T00:47:06","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=1512"},"modified":"2010-02-08T00:47:06","modified_gmt":"2010-02-08T00:47:06","slug":"cinq-petits-cochons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/cinq-petits-cochons\/","title":{"rendered":"Cinq petits cochons"},"content":{"rendered":"<p>Ce n&rsquo;est plus seulement le titre d&rsquo;un <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Cinq-petits-cochons-Agatha-Christie\/dp\/2253013870\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1265580440&amp;sr=8-1\" hreflang=\"fr\">roman d&rsquo;Agatha Christie<\/a>, c&rsquo;est d\u00e9sormais la plus dangereuse crise de l&rsquo;union europ\u00e9enne depuis le passage \u00e0 l&rsquo;euro (et depuis en fait 1992). Les pays europ\u00e9ens qualifi\u00e9s \u00e9l\u00e9gamment de PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Gr\u00e8ce, Espagne) font l&rsquo;objet depuis une semaine d&rsquo;attaques sp\u00e9culatives, marqu\u00e9es par des baisses sur les march\u00e9s boursiers nationaux, mais surtout, des tensions sur les march\u00e9s obligataires, et une mont\u00e9e du cours des credit default swaps (CDS) sur les obligations publiques. Le principal pays en ligne de mire est actuellement la Gr\u00e8ce qui concentre toutes les inqui\u00e9tudes, mais d&rsquo;autres pays sont sous pression&nbsp;: les autres PIIGS, mais aussi la Belgique ou L&rsquo;Autriche.<\/p>\n<p>Pourquoi la Gr\u00e8ce, pourquoi maintenant? Apr\u00e8s tout la situation grecque n&rsquo;est pas particuli\u00e8rement nouvelle. Cela fait plus de 10 ans que le gouvernement grec est tr\u00e8s endett\u00e9, que les comptes publics nationaux sont <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2006\/09\/29\/617-comment-reduire-les-deficits-et-la-dette-publique\" hreflang=\"fr\">truqu\u00e9s<\/a>. La situation est m\u00eame aujourd&rsquo;hui plut\u00f4t meilleure de ce point de vue, avec un gouvernement qui semble d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mettre un peu d&rsquo;ordre dans les finances publiques et un d\u00e9ficit public pr\u00e9visionnel loin d&rsquo;\u00eatre effarant dans les standards des pays d\u00e9velopp\u00e9s pour l&rsquo;ann\u00e9e 2010.<\/p>\n<p>Certes, le gouvernement grec va devoir, pour refinancer sa dette actuelle, emprunter 50 milliards d&rsquo;euros cette ann\u00e9e, ce qui ne sera pas simple dans le contexte actuel. Certes aussi, la dette grecque a \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9e, et <a href=\"http:\/\/baselinescenario.com\/2010\/02\/06\/is-tim-geithner-paying-attention-to-the-global-economy\/\" hreflang=\"fr\">n&rsquo;a plus la note suffisante pour \u00eatre accept\u00e9e en temps normal par la BCE comme collateral<\/a>; cette r\u00e8gle a \u00e9t\u00e9 lev\u00e9e jusque fin 2010, ce qui a permis jusqu&rsquo;ici aux banques d\u00e9tentrices de dette publique grecque d&rsquo;\u00eatre en pratique financ\u00e9es par la BCE; il est pr\u00e9visible que lorsque cette facilit\u00e9 s&rsquo;arr\u00eatera, les taux de la dette grecque vont remonter, et selon le m\u00e9canisme financier habituel, les taux montent d\u00e8s maintenant par anticipation. Mais tout cela \u00e9tait vrai et connu il y a un mois, lorsque le CDS de la dette grecque valait deux fois moins qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, il s&rsquo;agit d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne auto-entretenu&nbsp;: l&rsquo;inqui\u00e9tude sur la Gr\u00e8ce fait grimper les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pay\u00e9s par le gouvernement grec, qui pourrait d\u00e8s lors se retrouver en d\u00e9faut de paiement sous l&rsquo;effet de l&rsquo;inqui\u00e9tude sur un \u00e9ventuel d\u00e9faut de paiement. Il n&rsquo;est pas inutile de le retenir&nbsp;: si la Gr\u00e8ce fait d\u00e9faut, ce n&rsquo;est pas \u00e0 cause de ses finances publiques, mais \u00e0 cause des mouvements de march\u00e9s entra\u00een\u00e9s par cette inqui\u00e9tude. On ne manque pas de commentateurs pour nous expliquer, comme toujours dans ces cas-l\u00e0, que les march\u00e9s ne font qu&rsquo;apporter la juste punition des exc\u00e8s du pass\u00e9. La th\u00e9orie de la punition divine a toujours son petit succ\u00e8s dans nos soci\u00e9t\u00e9s pas si laiques que cela.<\/p>\n<p>Pour expliquer ce qui se passe aujourd&rsquo;hui, nous avons alors deux th\u00e9ories du complot. La premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par <a href=\"http:\/\/bruxelles.blogs.liberation.fr\/coulisses\/2010\/02\/les-march%C3%A9s-financiers-am%C3%A9ricains-attaquent-leuro.html\" hreflang=\"fr\">J. Quatremer<\/a>&nbsp;: une grande banque d&rsquo;affaires et deux hedge funds gros d\u00e9tenteurs de CDS grecs sont \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;attaque sur la Gr\u00e8ce. L&rsquo;op\u00e9ration consiste \u00e0 acheter du CDS et \u00e0 vendre en m\u00eame temps la dette sous-jacente. Si cela fonctionne, la baisse du cours des obligations fait monter leur taux, obligeant l&rsquo;\u00e9tat grec \u00e0 s&rsquo;endetter \u00e0 un taux plus \u00e9lev\u00e9, \u00e9levant donc son risque de d\u00e9faut, ce qui fait monter le CDS. R\u00e9sultat, un gain sur le CDS et la possibilit\u00e9 plus tard de pr\u00eater de l&rsquo;argent au gouvernement grec \u00e0 des conditions l\u00e9onines. (au passage, on d\u00e9couvre dans l&rsquo;article que Michel Barnier, qui para\u00eet-il va \u00eatre charg\u00e9 de la r\u00e9glementation des march\u00e9s, est un chouia f\u00e2ch\u00e9 avec les chiffres&nbsp;: l&rsquo;encours notionnel de CDS \u00e0 600 000 milliards de dollars??? c&rsquo;est plus de 10 fois moins&#8230;)<\/p>\n<p>La seconde th\u00e9orie, <a href=\"http:\/\/www.ft.com\/cms\/s\/0\/da5c40da-1283-11df-a611-00144feab49a.html\" hreflang=\"fr\">d\u00e9crite par C. Wyplosz<\/a>, est plus vicieuse encore. Il fait remarquer que le risque de d\u00e9faut grec est d\u00e9j\u00e0, depuis longtemps, inscrit dans les taux pay\u00e9s par ce gouvernement. Risque plus \u00e9lev\u00e9, rendement plus \u00e9lev\u00e9, rien que de tr\u00e8s normal. Mais en pla\u00e7ant le gouvernement grec en difficult\u00e9s, on met la pression sur les autres gouvernements europ\u00e9ens pour un sauvetage; si cela se produisait, les investisseurs auraient donc la satisfaction d&rsquo;avoir touch\u00e9 la prime de risque grecque, sans subir le moindre risque, puisque les gouvernements europ\u00e9ens prendraient un \u00e9ventuel d\u00e9faut en charge. Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant de voir les autres pays europ\u00e9ens en difficult\u00e9 pr\u00e9coniser un sauvetage&nbsp;: on leur a assez r\u00e9p\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9taient les prochains sur la liste. La France et l&rsquo;Allemagne, dans cette histoire, seront finalement oblig\u00e9s d&rsquo;accepter un sauvetage grec. Des rumeurs indiquent que plusieurs grandes banques fran\u00e7aises et allemandes, qui n&rsquo;ont pas encore totalement pris en compte les pertes li\u00e9es aux subprimes, d\u00e9tiennent une grande quantit\u00e9 de dette grecque. Les allemands sont contre les plans de sauvetage, sauf lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des banques ou des entreprises automobiles allemandes, pour lesquelles ils sont pr\u00eats \u00e0 la plus grande mansu\u00e9tude.<\/p>\n<p>Mais peut-\u00eatre qu&rsquo;il n&rsquo;est m\u00eame pas besoin d&rsquo;aller chercher ce genre de th\u00e9ories pour expliquer la situation actuelle. Que l&rsquo;humeur des march\u00e9s conduise \u00e0 des fluctuations d\u00e9raisonnables au regard des fondamentaux, ce n&rsquo;est pas une d\u00e9couverte. L&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une attaque concert\u00e9e contre la zone euro n&rsquo;est pas <a href=\"http:\/\/www.reuters.com\/article\/idUSTRE6144KN20100205\" hreflang=\"fr\">valid\u00e9e par l&rsquo;\u00e9volution des flux de capitaux<\/a>; Il faut toujours se m\u00e9fier de la tendance des commentateurs \u00e0 <a href=\"http:\/\/blogs.reuters.com\/felix-salmon\/2010\/02\/06\/eurozone-worries-and-market-volatility\/\" hreflang=\"fr\">raconter une histoire pour expliquer des fluctuations al\u00e9atoires<\/a>.<\/p>\n<p>Il est surtout assez normal que les march\u00e9s obligataires soient inquiets \u00e9tant donn\u00e9 le flou invraisemblable des r\u00e9actions europ\u00e9ennes. Celles-ci se limitent pour l&rsquo;instant \u00e0 demander \u00e0 la Gr\u00e8ce de mettre de l&rsquo;ordre dans ses finances publiques, sous peine d&rsquo;une amende. Comme si la perspective de devoir payer 200 points de base de plus sur la dette future n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 une incitation suffisante pour les grecs. On ne manque pas de m\u00e9canismes pour pr\u00e9ciser par le menu ce qui se passe lorsqu&rsquo;un pays ne respecte pas les r\u00e8gles de l&rsquo;euro (et pour ne pas le respecter); mais il n&rsquo;existe strictement aucune proc\u00e9dure pour faire face aux difficult\u00e9s d&rsquo;un pays membre. <a href=\"http:\/\/www.ft.com\/cms\/s\/0\/41bea7e4-140b-11df-8847-00144feab49a.html\" hreflang=\"fr\">Les europ\u00e9ens n&rsquo;ont rien appris depuis 1992, et semblent parfaitement incapables d&rsquo;avoir une position commune sur le probl\u00e8me<\/a>. On attend une intervention du FMI, qui prouverait de mani\u00e8re d\u00e9finitive que la zone euro n&rsquo;existe pas. On se pr\u00e9pare \u00e0 discuter pour la \u00e9ni\u00e8me fois de l&rsquo;inutile strat\u00e9gie de Lisbonne la semaine prochaine.<\/p>\n<p>Et en attendant, faute de savoir ce qui va se produire, l&rsquo;inqui\u00e9tude des march\u00e9s devient contagieuse. restez connect\u00e9s, les prochains jours vont probablement \u00eatre int\u00e9ressants. Vous pensiez que la crise financi\u00e8re \u00e9tait termin\u00e9e? Si la Gr\u00e8ce est le Lehman Brothers des europ\u00e9ens, l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un avant-go\u00fbt.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Ce n&rsquo;est plus seulement le titre d&rsquo;un roman d&rsquo;Agatha Christie, c&rsquo;est d\u00e9sormais la plus dangereuse crise de l&rsquo;union europ\u00e9enne depuis le passage \u00e0 l&rsquo;euro (et depuis en fait 1992). 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