{"id":7447,"date":"2009-09-12T19:15:50","date_gmt":"2009-09-12T19:15:50","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=1447"},"modified":"2009-09-12T19:15:50","modified_gmt":"2009-09-12T19:15:50","slug":"quand-les-desordres-du-travail-deviennent-mort-des-travailleurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/quand-les-desordres-du-travail-deviennent-mort-des-travailleurs\/","title":{"rendered":"Quand les d\u00e9sordres du travail deviennent mort des travailleurs"},"content":{"rendered":"<p>Ce billet est dans les cartons depuis la fin du mis de juillet. Je l&rsquo;avais laiss&eacute; quasiment en l&rsquo;&eacute;tat, souhaitant l&rsquo;approfondir. Comme je n&rsquo;ai pas trouv&eacute; le temps de le faire et que <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/economie\/0101590571-suicides-a-france-telecom-le-gouvernement-s-en-mele\">l&rsquo;actualit&eacute; est tristement revenue sur le th&egrave;me qu&rsquo;il abordait<\/a>, je le publie en l&rsquo;&eacute;tat, avec quelques rajouts et actualisations.<\/p>\n<p>\n<meta http-equiv=\"content-type\" content=\"text\/html; charset=ISO-8859-1\" \/> <title><\/title> En juillet dernier, j&rsquo;apprenais qu&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.laprovence.com\/articles\/2009\/07\/28\/875866-Region-Je-me-suicide-a-cause-de-mon-travail-a-France-Telecom.php\">un salari&eacute; de France Telecom s&rsquo;&eacute;tait suicid&eacute;<\/a>, incriminant clairement et exclusivement <a href=\"http:\/\/www.laprovence.com\/articles\/2009\/07\/29\/876469-A-la-une.php\">son travail<\/a>. Je ne dirai pas que ma vill&eacute;giature d&rsquo;alors ait &eacute;t&eacute; remise en cause par cette information, mais elle m&rsquo;avait fait cogiter. Pour trois raisons. La premi&egrave;re c&rsquo;est que, par le hasard de mes lectures r&eacute;centes (<a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/nouvel-%C3%A2ge-du-travail\/dp\/2012359477\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1248974688&amp;sr=8-1\">celle-ci<\/a> dont j&rsquo;ai <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2009\/07\/22\/1618-smalltown-boy-in-a-funky-town\">d&eacute;j&agrave; parl&eacute;<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/LEgalit%C3%A9-possibles-Nouvelle-Soci%C3%A9t%C3%A9-fran%C3%A7aise\/dp\/202054508X\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1248974814&amp;sr=8-1\">celle-l&agrave;<\/a>, en retard, mais qui n&rsquo;a gu&egrave;re pris de rides), j&rsquo;&eacute;tais plong&eacute; dans le monde du travail <s>(ce qui en tant que fonctionnaire n&rsquo;arrive pas souvent)<\/s>. La deuxi&egrave;me raison est que, depuis la lecture des ouvrages de <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&#038;codenote=127\">Philippe Askenazy<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/culture-du-nouveau-capitalisme\/dp\/2012793584\/ref=sr_1_3?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1248973766&amp;sr=8-3\">Richard Senneth<\/a>,&nbsp; <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Capitalisme-dh%C3%A9ritiers-crise-fran%C3%A7aise-travail\/dp\/2020917637\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1248973827&amp;sr=1-1\">Thomas Philipon<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/L%C3%A9tranget%C3%A9-fran%C3%A7aise-Philippe-d-Iribarne\/dp\/2757809938\/ref=sr_1_4?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1248973864&amp;sr=1-4\">Philippe d&rsquo;Iribarne<\/a>, d&rsquo;<a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2008\/03\/30\/1248-et-du-coup-je-me-suis-couche-tard\">Elsa Fayner<\/a>, mes yeux quotidiens, sans compter la campagne pr&eacute;sidentielle de 2007, je fais partie des gens qui se demandent o&ugrave; l&rsquo;on va sur la question du travail (oui, je sais, rien d&rsquo;original). La derni&egrave;re raison est qu&rsquo;il y a quelques temps, j&rsquo;avais &eacute;crit un ou deux billets difficiles (<a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2007\/02\/26\/778-suicides-chez-renault-questions-de-methodes\">ici<\/a>, <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2007\/03\/15\/838-instinct-de-mort\">l&agrave;<\/a>). En juillet encore, j&rsquo;&eacute;tais tomb&eacute; sur une &eacute;mission de <span style=\"font-style: italic;\">C dans l&rsquo;air<\/span> intitul&eacute;e <span style=\"font-style: italic;\">&quot;Le suicide en entreprise&quot;<\/span> (visible <a href=\"http:\/\/www.france5.fr\/c-dans-l-air\/index-fr.php?page=resume&amp;id_rubrique=1216\">ici<\/a>). Une fois n&rsquo;est pas coutume, j&rsquo;avais vraiment suivi avec attention, probablement parce qu&rsquo;une certaine intensit&eacute; r&eacute;gnait sur le plateau en d&eacute;but d&rsquo;&eacute;mission. Au final, l&rsquo;id&eacute;e de ce billet.<\/p>\n<p> Premi&egrave;re chose &agrave; dire : mon point de vue a &eacute;volu&eacute; sur le lien de cause &agrave; effet. Dans <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2007\/02\/26\/778-suicides-chez-renault-questions-de-methodes\">ce billet<\/a>, je me demandais si l&rsquo;on disposait de donn&eacute;es suffisamment significatives pour &eacute;tablir une causalit&eacute; solide entre la souffrance au travail et le suicide. Les interrogations restent. D&rsquo;apr&egrave;s <a href=\"http:\/\/www.france5.fr\/c-dans-l-air\/index-fr.php?page=biographie&amp;id_article=4684\">Patrick L&eacute;geron<\/a>, l&rsquo;un des invit&eacute;s de C dans l&rsquo;air, on ne dispose pas encore d&rsquo;un recensement fiable des suicides en entreprises. Ce qui, en soi, sans crier au complot, me semble militer pour qu&rsquo;on consid&egrave;re le lien comme effectif, jusqu&rsquo;&agrave; preuve du contraire. Combien d&rsquo;ann&eacute;es faudra-t-il encore avant qu&rsquo;on dispose de ces statistiques (qui oscillent dans leur version approximative entre 300 et 3 000 morts par an ; une belle marge d&rsquo;erreur). Bref, au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, je pense effectivement que des gens se suicident au travail parce que leurs conditions de travail les fragilisent fortement. Je ne porte pas le principe de pr&eacute;caution dans mon coeur. Les donn&eacute;es ont beau &ecirc;tre tr&egrave;s parcellaires, j&rsquo;y c&egrave;de volontiers sur ce coup-ci, d&rsquo;autant que je ne vois pas o&ugrave; sont les co&ucirc;ts majeurs associ&eacute;s &agrave; son application dans le cas pr&eacute;sent.<\/p>\n<p> Pourquoi des gens se suicident-ils au travail ? Pour faire bref, la surcharge permanente de travail, dans un contexte manag&eacute;rial o&ugrave; on ne juge pas des travailleurs mais bien plus des personnes. Les salari&eacute;s du postfordisme sont des individus &agrave; qui on demande de mettre au service de l&rsquo;entreprise toutes leurs qualit&eacute;s : physiques, relationnelles, morales et intellectuelles. L&rsquo;occasion est magnifique pour se r&eacute;aliser. Et nous la saisissons, en esp&eacute;rant d&rsquo;abord que tout ira bien. Puis, une autre r&eacute;alit&eacute; s&rsquo;impose en m&ecirc;me temps : nous ne sommes que des pions. Si l&rsquo;on nous r&eacute;clame le mouvement, c&rsquo;est que le syst&egrave;me dans son ensemble est mouvant. Ce qui, en d&rsquo;autres termes, signifie potentiellement pour les uns le licenciement du jour au lendemain ; pour les autres, le placard. L&rsquo;&eacute;chec attend chacun sagement. Et chacun est bien au courant. D&rsquo;o&ugrave; une tension permanente, bien document&eacute;e par ailleurs et dont je ne fais que r&eacute;sumer la m&eacute;canique.<br \/> Pourquoi tous les gens soumis &agrave; des conditions de cet ordre comparables ne se suicident-ils pas ? Probablement parce que nous ne sommes pas tous aussi solides. Et encore, on peut avoir d&rsquo;autres interpr&eacute;tations, qui ne laissent pas la part belle au discours manag&eacute;rial sur la vie au travail vue comme une lutte.<\/p>\n<p> Cet aspect pose d&rsquo;ailleurs un sacr&eacute; probl&egrave;me. Durant l&rsquo;&eacute;mission cit&eacute;e, L&eacute;geron (dont vous aurez not&eacute; qu&rsquo;il est consultant, donc suppos&eacute; donner des solutions) explique qu&rsquo;il faut &quot;enrichir les t&acirc;ches&quot;, donner du sens. Certes. Il se trouve justement que c&rsquo;est ce qui est fait depuis des ann&eacute;es et que je d&eacute;crivais au dessus : nos t&acirc;ches sont riches, contrairement &agrave; celles de l&rsquo;OS taylorien. Et le r&eacute;sultat n&rsquo;est pas toujours concluant, puisque vous &ecirc;tes en train de lire ces lignes&#8230; Pas question de jeter le b&eacute;b&eacute; avec l&rsquo;eau du bain. Je ne milite pas pour le retour des t&acirc;ches r&eacute;p&eacute;titives (qui sont encore le lot de bien des salari&eacute;s). Mais reconnaissons que le rem&egrave;de semble porteur d&rsquo;effets secondaires tr&egrave;s ind&eacute;sirables selon le contexte (rendons justice &agrave; L&eacute;geron : bien qu&rsquo;il ait mentionn&eacute; cet aspect sans compl&eacute;ment sur le moment, le reste de ses interventions montrent qu&rsquo;il a d&ucirc; oublier de finir son expos&eacute;).<\/p>\n<p> Un autre point qui m&eacute;rite qu&rsquo;on s&rsquo;y attarde concerne le discours sur la part du priv&eacute; et la part du professionnel dans les passages &agrave; l&rsquo;acte. En gros, le discours syndical et le discours manag&eacute;rial convergent en s&rsquo;opposant, pour des raisons qui me semblent indiscutables et inconciliables &agrave; chaud. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, les syndicats qui doivent lutter pour l&rsquo;am&eacute;lioration des conditions de travail et faire reconna&icirc;tre la moindre part de responsabilit&eacute; de l&rsquo;entreprise dans ces drames. Cette position est justifi&eacute;e, dans le sens o&ugrave; des enjeux de solidarit&eacute;, notamment avec les familles, l&rsquo;imposent (c&rsquo;est le cas de la reconnaissance du suicide comme un accident de travail, qui donne lieu &agrave; une indemnisation des familles ; oui, &ccedil;a compte). De l&rsquo;autre, les entreprises qui refusent d&rsquo;endosser la responsabilit&eacute; d&rsquo;un suicide qui peut avoir des causes multiples. En fait, il en a toujours. On &eacute;voquera alors la solitude, les difficult&eacute;s familiales, des causes bien plus lointaines et profondes. En somme, une pr&eacute;disposition qui rend complexe la dissociation. Cette dissociation est dramatique. Si quelqu&rsquo;un a des difficult&eacute;s graves, c&rsquo;est bien que l&rsquo;interaction entre sa vie priv&eacute;e et professionnelle est insuportable. Comment peut-on souffrir d&rsquo;avoir une vie de merde au boulot ou &agrave; la maison sans que cela ne finisse par pourrir l&rsquo;autre versant de son existence ? De ce point de vue, il faut bien dire ce qui est. Puisque les entreprises demandent un investissement personnel fort et puisqu&rsquo;elles sont mieux plac&eacute;es pour mobiliser des ressources sanitaires d&rsquo;ordres divers, en tant que collectif, c&rsquo;est probablement &agrave; elles (accompagn&eacute;es par les autorit&eacute;s publiques) de prendre la responsabilit&eacute; du suivi et de l&rsquo;assistance <span style=\"font-weight: bold;\">compl&egrave;te<\/span> des individus. A cet &eacute;gard, il est exact de dire que les m&eacute;thodes de ciblage sur les personnels d&eacute;j&agrave; en difficult&eacute; a une composante curative dont on peut se demander si elle peut &ecirc;tre vraiment efficace. Une des invit&eacute;es de C dans l&rsquo;air, Marielle Dumortier, m&eacute;decin du travail et auteur de <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Mon-m%C3%A9decin-travail-Pr%C3%A9vention-conseils\/dp\/2749110424\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1248984121&amp;sr=8-1\">cet ouvrage<\/a>, soulignait les t&eacute;moignages de salari&eacute;s qui n&rsquo;osent pas dire &quot;Je ne suis pas capable de faire ce que vous demandez&quot;. Une fois qu&rsquo;ils en sont min&eacute;s, il peut &ecirc;tre trop tard.<\/p>\n<p> L&rsquo;autre dissociation artificielle est celle de la souffrance physique et mentale. On s&rsquo;&eacute;loigne un peu du probl&egrave;me pr&eacute;cis du suicide, mais pas tant que &ccedil;a. Comme le note Pierre Boisard, pour qualifier les nouveaux maux du travail postfordiste, on a pris l&rsquo;habitude de parler de &quot;risques psychosociaux&quot;, incluant dans un fourre-tout des questions allant des TMS jusqu&rsquo;&agrave; la d&eacute;pression. Ceci appelle &agrave; du travail de la part des professionnels, m&eacute;decins, ergonomes, sociologues, &eacute;conomistes du travail, etc. Il faudra bien cr&eacute;er un corps de doctrine unifi&eacute; autour de cette cat&eacute;gorie dont on sent bien qu&rsquo;elle est probablement coh&eacute;rente, mais assez difficile &agrave; cerner. En attendant, le ris3que est l&rsquo;interpr&eacute;tation de chapelles. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, les tout physique, de l&rsquo;autre les tout mental. Il faut bien reconna&icirc;tre qu&rsquo;au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les seconds dominent les d&eacute;bats.&nbsp; On peut y voir plusieurs causes. La premi&egrave;re est ind&eacute;niablement l&rsquo;importance du stress et de l&rsquo;&eacute;tat mental qu&rsquo;il cr&eacute;e, avec la d&eacute;pression comme point de chute. La deuxi&egrave;me est l&rsquo;attrait de la nouveaut&eacute; dans un contexte o&ugrave; il ne semblait pas, voici dix ans de cela, raisonnable d&rsquo;incriminer des conditions de travail &agrave; la <span style=\"font-style: italic;\">Germinal<\/span>. On s&rsquo;est n&eacute;anmoins rendu compte avec les cancers li&eacute;s &agrave; l&rsquo;amiante qu&rsquo;en d&eacute;pit de la fermeture progressive des mines et autres activit&eacute;s exposant notoirement les salari&eacute;s &agrave; des risques chimiques, des risques sanitaires de cet ordre pouvaient toujours appara&icirc;tre. C&rsquo;est la m&ecirc;me chose qui s&rsquo;est produite avec les troubles musculo-squelettiques (TMS) avec, notamment, mais pas seulement, le d&eacute;veloppement du travail prolong&eacute; sur ordinateurs pour la plupart des employ&eacute;s. Enfin, si le tout psy est dominant, on le doit certainement aussi &agrave; l&rsquo;individualisme. Il est peut-&ecirc;tre r&eacute;confortant de songer qu&rsquo;on souffre d&rsquo;un mal propre, que les autres ne peuvent &eacute;prouver de la m&ecirc;me fa&ccedil;on. Tenez, je connais par exemple un blogueur qui est persuad&eacute; d&rsquo;avoir contract&eacute; <a href=\"http:\/\/www.com-vat.com\/commvat\/2009\/07\/jai-surv%C3%A9cu-%C3%A0-la-grippe-h1n1.html?cid=6a00d8341c688253ef011572462b8e970b\">une angine de type H1N1<\/a>, due probablement aux <a href=\"http:\/\/www.com-vat.com\/commvat\/2009\/07\/tr%C3%A8s-bien-.html\">succ&egrave;s scolaires de sa prog&eacute;niture<\/a> (que je f&eacute;licite publiquement au passage, apr&egrave;s l&rsquo;avoir fait en priv&eacute; aupr&egrave;s de son heureux papa &#8211; pourtant vieilli, fatigu&eacute; et us&eacute; aux entournures de son corps de semi-marathonien). En regard de tous ces &eacute;l&eacute;ments, il est d&rsquo;ailleurs assez r&eacute;confortant de constater que la question des troubles physiques li&eacute;s au travail ait encore <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2008\/09\/22\/1362-sav-penibilite\">voix au chapitre<\/a>. Bref, si je comprends bien qu&rsquo;il est peu ais&eacute; de travailler sur le corps et l&rsquo;esprit en m&ecirc;me temps (je veux dire vraiment en m&ecirc;me temps), j&rsquo;ai du mal &agrave; comprendre comment on peut dissocier les deux. Comment tirer un trait sur l&rsquo;interaction (c&rsquo;est-&agrave;-dire une liaison &agrave; deux sens) entre les deux ? Au fond, personne ne veut le faire, mais c&rsquo;est ainsi que les choses se passent actuellement.<\/p>\n<p> Les questions de sant&eacute; au travail ont une importance en mati&egrave;re de productivit&eacute; &agrave; long terme. Actuellement, les gains de productivit&eacute; reposent, dans les entreprises o&ugrave; les salari&eacute;s sont sujets &agrave; un stress puissant, sur des horaires de travail interminables et une intensit&eacute; de l&rsquo;effort intenable pour beaucoup. Je parle de gains de productivit&eacute;, mais ce n&rsquo;est du reste valable que pour l&rsquo;intensit&eacute; de l&rsquo;effort (on pourrait parler des 35 heures sur ce point). Car, en r&eacute;alit&eacute;, faire travailler les gens plus longtemps, &ccedil;a ne s&rsquo;appelle pas accro&icirc;tre la productivit&eacute;, mais baisser les salaires (car tout ne passe pas en heures sup&#8230;). A une &eacute;poque, on aurait pu appliquer &agrave; cette situation le mod&egrave;le du salaire d&rsquo;efficience, dans sa version &quot;tire au flanc&quot;. Pour contr&ocirc;ler l&rsquo;effort d&rsquo;un salari&eacute;, on lui offre un emploi bien pay&eacute; et on attend que la crainte de perdre ce bon job le pousse &agrave; manifester un effort &agrave; la hauteur de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t du poste. On peut naturellement convoquer la peur de perdre son emploi, surtout &agrave; l&rsquo;heure actuelle o&ugrave; il ne sera pas simple d&rsquo;en trouver un autre. Tout ceci semble n&eacute;anmoins bancal &agrave; moyen ou long terme. Il y a d&rsquo;abord les co&ucirc;ts croissants en mati&egrave;re de sant&eacute; et d&rsquo;absent&eacute;isme. Dire qui les supportera est sp&eacute;culatif. Apr&egrave;s tout, on pourrait arguer que les entreprises d&eacute;localiseront. On sait cependant que cette strat&eacute;gie a ses limites. Prenons le cas du salari&eacute; qui s&rsquo;est suicid&eacute; en ao&ucirc;t &agrave; Marseille chez France Telecom. Architecte r&eacute;seau et des d&eacute;cennies de bo&icirc;te. Travaillant sur le passage d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration de r&eacute;seau &agrave; une autre. Imaginerait-on de d&eacute;localiser un poste de ce type, avec un salari&eacute; l&rsquo;occupant avec ce profil, si les charges sociales de son salaire &eacute;taient augment&eacute;es pour tenir compte d&rsquo;une hausse du co&ucirc;t global de la sant&eacute; au travail ? Vous me direz que&nbsp; cela ne concerne que les postes hautement qualifi&eacute;s.&nbsp; Pas seulement, en r&eacute;alit&eacute;. Les emplois concern&eacute;s par des questions de sant&eacute; au travail sont pour beaucoup impossibles &agrave; d&eacute;localiser ou &agrave; m&eacute;caniser plus qu&rsquo;ils ne le sont d&eacute;j&agrave;.&nbsp; Vendeurs dans des surfaces sp&eacute;cialis&eacute;es,&nbsp; caissier(e)s dans la grande distribution,&nbsp; personnel soignant&nbsp; ne seront pas d&eacute;localis&eacute;s, pour l&rsquo;essentiel. En d&rsquo;autres termes, &agrave;&nbsp; moins&nbsp; de renoncer &agrave; intervenir dans ces secteurs en France, les entreprises subiront&nbsp; une partie (gageons qu&rsquo;elle sera cons&eacute;quente) des hausses du financement des d&eacute;penses de sant&eacute; li&eacute;es aux maladies professionnelles. De nombreux pays ont compris cela bien avant nous. Le cas le plus embl&eacute;matique, que Philippe Askenazy relate, avec une indicible jubilation, est celui des Etats-Unis, o&ugrave; la conjonction d&rsquo;un syndicalisme mobilis&eacute;, d&rsquo;un gouvernement attentif et d&eacute;cid&eacute; &agrave; l&eacute;gif&eacute;rer avec, en compl&eacute;ment, un march&eacute; du travail au plein emploi, a permis aux entreprises d&rsquo;op&eacute;rer une mutation dans les conditions de risque au travail des salari&eacute;s (ce qui est un peu plus d&eacute;taill&eacute; dans la <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&#038;codenote=127\">note de lecture de l&rsquo;ouvrage<\/a>).<br \/> Il faut vraiment s&rsquo;interroger sur les cons&eacute;quences &agrave; long terme des modes de production en mati&egrave;re de formation et de pr&eacute;servation du capital humain. Celui-ci est souvent r&eacute;sum&eacute; dans les pays riches &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation. Pour une raison simple, qui est que la sant&eacute; ne semble pas un probl&egrave;me majeur. Or, le capital humain, fondamentalement, est la capacit&eacute; &agrave; s&rsquo;ins&eacute;rer dans un processus de production. Cela inclut donc les comp&eacute;tences professionnelles. Mais il faut bien une carcasse en bon &eacute;tat pour les porter et les faire fructifier.&nbsp; Pourra-t-on encore consid&eacute;rer&nbsp; dans quelques ann&eacute;es que c&rsquo;est un probl&egrave;me tr&egrave;s marginal ?<\/p>\n<p> Un sujet connexe, mais intimement li&eacute;, me semble &ecirc;tre l&rsquo;insertion des jeunes sur le march&eacute; du travail, dont <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&#038;codenote=143\">cet ouvrage<\/a>, par exemple, dessine les contours tr&egrave;s m&eacute;thodiquement. C&ocirc;toyant des &eacute;tudiants, je constate quotidiennement qu&rsquo;un nombre non n&eacute;gligeable d&rsquo;entre eux sont angoiss&eacute;s (pas &quot;concern&eacute;s&quot; ou &quot;pr&eacute;occup&eacute;s&quot;, &quot;angoiss&eacute;s&quot;) sur leur avenir. Ce n&rsquo;est pas une surprise, nombre de sondages dressent un tableau de cet ordre. Mais le v&eacute;rifier en direct, avec un public qui sans &ecirc;tre id&eacute;alement plac&eacute; pour d&eacute;crocher les emplois les plus enviables n&rsquo;est pas &agrave; la d&eacute;rive, est significatif. Alors, oui, notre march&eacute; du travail est sp&eacute;cifique et peu accueillant pour les jeunes. Oui, l&rsquo;insertion est plus longue et plus heurt&eacute;e que dans d&rsquo;autres pays. Mais la r&eacute;alit&eacute; et la r&eacute;alit&eacute; per&ccedil;ue sont diff&eacute;rentes. D&rsquo;une part, une insertion assez longue et &eacute;prouvante pour celle ou celui qui pers&eacute;v&egrave;re en acceptant la pr&eacute;carit&eacute; des emplois occup&eacute;s et sait se m&eacute;fier des espoirs trop vite d&eacute;&ccedil;us (la r&eacute;alit&eacute;) ; d&rsquo;autre part, le sentiment qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de sens et que l&rsquo;&eacute;chec et la gal&egrave;re &agrave; vie sont des possibilit&eacute;s importantes (la r&eacute;alit&eacute; per&ccedil;ue). Il me semble qu&rsquo;on est moins arm&eacute; pour s&rsquo;ins&eacute;rer quand on raisonne sur la base de la r&eacute;alit&eacute; per&ccedil;ue, celle que notre soci&eacute;t&eacute; veut bien pr&eacute;senter le plus souvent. Il me semble aussi que, toutes choses &eacute;gales par ailleurs, on est plus dispos&eacute; &agrave; se jeter par la fen&ecirc;tre &agrave; 32 ans quand on croit depuis l&rsquo;&acirc;ge de 20 ans &agrave; la r&eacute;alit&eacute; per&ccedil;ue. Il faut cesser de dramatiser l&rsquo;insertion des jeunes. Le seul service &agrave; leur rendre, c&rsquo;est d&rsquo;agir pour un mieux tout en leur disant la r&eacute;alit&eacute;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Ce billet est dans les cartons depuis la fin du mis de juillet. Je l&rsquo;avais laiss&eacute; quasiment en l&rsquo;&eacute;tat, souhaitant l&rsquo;approfondir. 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