{"id":7437,"date":"2009-08-25T20:08:50","date_gmt":"2009-08-25T20:08:50","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=1437"},"modified":"2009-08-25T20:08:50","modified_gmt":"2009-08-25T20:08:50","slug":"goldman-sachs-et-le-cote-obscur-de-la-force","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/goldman-sachs-et-le-cote-obscur-de-la-force\/","title":{"rendered":"Goldman Sachs et le c\u00f4t\u00e9 obscur de la Force"},"content":{"rendered":"<p>Chaque jour, dans les villes, des gens perdent des pi\u00e8ces de monnaie, qui roulent hors de leur poche ou de leur porte-monnaie. Et chaque jour, d&rsquo;autres personnes trouvent ces pi\u00e8ces par terre, et s&rsquo;enrichissent d&rsquo;autant, ravies de l&rsquo;aubaine. Il ne viendrait \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de personne de consid\u00e9rer que le gain des trouveurs de pi\u00e8ces est un enrichissement collectif; apr\u00e8s tout, ce qu&rsquo;ils gagnent a exactement \u00e9t\u00e9 perdu par d&rsquo;autres. Pour la m\u00eame raison, il n&rsquo;y a pas \u00e0 consid\u00e9rer la perte de ceux qui ont laiss\u00e9 tomber une pi\u00e8ce comme une perte pour la collectivit\u00e9, dans la mesure ou cet argent a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 et ramass\u00e9 par quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre (d&rsquo;ailleurs, m\u00eame si personne ne ramasse la pi\u00e8ce, il ne s&rsquo;agit pas non plus d&rsquo;une perte sociale&nbsp;: en guise de travaux pratiques de rentr\u00e9e, expliquez pourquoi).<\/p>\n<p>Imaginons maintenant que dans une grande ville, un gang de mendiants s&rsquo;organise pour ramasser, de fa\u00e7on syst\u00e9matique, les pi\u00e8ces de monnaie perdues. R\u00e9sultat, au lieu que les pi\u00e8ces \u00e9gar\u00e9es soient trouv\u00e9es par tout un chacun, ce gang s&rsquo;approprie la totalit\u00e9 de celles-ci, garantissant un revenu quotidien pour ses membres.<\/p>\n<p>Les gains de ce gang constituent-ils un enrichissement pour la collectivit\u00e9? Certainement pas. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une simple appropriation; alors qu&rsquo;avant les pi\u00e8ces perdues pouvaient \u00eatre trouv\u00e9es par tout le monde, d\u00e9sormais, elles ne sont re\u00e7ues que par les membres du gang. La soci\u00e9t\u00e9 ne s&rsquo;en trouve ni moins riche, ni plus riche, qu&rsquo;auparavant.<\/p>\n<p>Le jugement sur cette activit\u00e9, pour autant, sera peut-\u00eatre diff\u00e9rent. Il y aura ceux pour qui, par principe, un profit est un gain mal acquis, acceptable \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame limite lorsqu&rsquo;il constitue la carotte d&rsquo;un entrepreneur, et encore. Ceux-l\u00e0 pourront dire que les gains du gang constituent une extorsion, exerc\u00e9e au d\u00e9savantage de l&rsquo;ensemble de la population, qui n&rsquo;a plus la possibilit\u00e9 de trouver une pi\u00e8ce de monnaie par hasard. C&rsquo;est oublier que l&rsquo;identit\u00e9 des b\u00e9n\u00e9ficiaires des pi\u00e8ces perdues, d&rsquo;un point de vue d&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9conomique, n&rsquo;a strictement aucune importance. Il y aura aussi ceux pour qui, par principe toujours, une activit\u00e9 priv\u00e9e est par nature bonne; ceux-l\u00e0 se livreront \u00e0 mille exercices de ratiocination pour identifier l&rsquo;origine du \u00ab\u00a0gain\u00a0\u00bb dans un quelconque avantage apport\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie dans son ensemble, loueront le g\u00e9nie de l&rsquo;entrepreneur qui a r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;enrichir de la sorte. Ils commettront la m\u00eame erreur; ce genre de transfert pur, du point de vue de l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9conomique, n&rsquo;a strictement aucun effet.<\/p>\n<p>Sur une liste des \u00e9conomistes qui auraient m\u00e9rit\u00e9 un prix Nobel, mais sont morts sans le recevoir, <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Jack_Hirshleifer\" hreflang=\"fr\">Jack Hirshleifer<\/a> y figurerait probablement. Comme souvent en \u00e9conomie, son apport a consist\u00e9 \u00e0 mettre le doigt sur un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9vident une fois qu&rsquo;il est formul\u00e9, mais dont la formulation et les cons\u00e9quences avaient \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 tout le monde avant lui. Son id\u00e9e, d\u00e9velopp\u00e9e notamment dans son ouvrage \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/books.google.fr\/books?id=W2J2IXgiZVgC&amp;dq=jack+hirshleifer+dark+side+of+the+force&amp;printsec=frontcover&amp;source=bl&amp;ots=u9XTsIv3kg&amp;sig=515hHlXuQpE2DOWBryPktQyYewo&amp;hl=fr&amp;ei=Cx6USo2XDsPLjAfXqtX2DQ&amp;sa=X&amp;oi=book_result&amp;ct=result&amp;resnum=1#v=onepage&amp;q=&amp;f=false\" hreflang=\"fr\">the dark side of the force<\/a>\u00a0\u00bb consistait \u00e0 remarquer qu&rsquo;il existait deux grandes cat\u00e9gories de fa\u00e7ons de s&rsquo;enrichir; la production et l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;une part, qui concerne l&rsquo;enrichissement collectif; et la pr\u00e9dation et le conflit d&rsquo;autre part, qui est au mieux seulement redistributive, et au pire, destructrice. Hirshleifer constatait que les \u00e9conomistes, fascin\u00e9s par le m\u00e9canisme de la main invisible, avaient toujours eu tendance \u00e0 accorder beaucoup plus d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 la premi\u00e8re sorte d&rsquo;enrichissement, n\u00e9gligeant assez largement la seconde, alors que celle-ci est tr\u00e8s fr\u00e9quemment rencontr\u00e9e. L&rsquo;essentiel de ses travaux a port\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment sur l&rsquo;analyse des formes et des cons\u00e9quences de la seconde forme d&rsquo;enrichissement.<\/p>\n<p>Dans la typologie d&rsquo;Hirshleifer, le gain r\u00e9alis\u00e9 par notre gang de mendiants est purement pr\u00e9datoire, ne relevant ni de la production, ni de l&rsquo;\u00e9change. Si a priori il ne g\u00e9n\u00e8re aucun co\u00fbt direct pour la collectivit\u00e9, il constitue potentiellement un gaspillage de ressources &#8211; la force de travail des mendiants pourrait \u00eatre utilis\u00e9e \u00e0 des t\u00e2ches de production et d&rsquo;\u00e9change. Ce que nous rappelle Hirshleifer, c&rsquo;est que ce type d&rsquo;activit\u00e9 est remarquablement banal, et que les \u00e9conomistes sont remarquablement sous-\u00e9quip\u00e9s pour savoir quoi dire \u00e0 leur sujet.<\/p>\n<p>Exemple typique&nbsp;: <a href=\"http:\/\/ew-econ.typepad.fr\/mon_weblog\/2009\/08\/taxer-les-activit%C3%A9s-financi%C3%A8res-risqu%C3%A9es.html\" hreflang=\"fr\">Etienne Wasmer<\/a> nous renvoie \u00e0 une <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2009\/08\/22\/thomas-philippon-taxons-les-activites-bancaires-les-plus-risquees-pour-le-secteur-financier_1230938_3234.html\" hreflang=\"fr\">interview de Thomas Philippon<\/a>, dans laquelle celui-ci recommande d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;utilit\u00e9 sociale des diff\u00e9rentes activit\u00e9s des banques, afin de taxer celles qui en sont d\u00e9pourvues, ou sont nuisibles. Il prend l&rsquo;exemple du high frequency trading pratiqu\u00e9 par certaines banques, notamment Goldman Sachs, activit\u00e9 consistant \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;ordinateurs et de logiciels performants \u00e0 passer des ordres sur les march\u00e9s un tr\u00e8s court instant avant les autres op\u00e9rateurs, permettant de r\u00e9aliser un gain dans l&rsquo;op\u00e9ration. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une activit\u00e9 qui au fond, ne se distingue pas des pratiques de notre gang de mendiants. En l&rsquo;absence de High Frequency trading, les gains appropri\u00e9s de cette fa\u00e7on seraient simplement diss\u00e9min\u00e9s entre les diff\u00e9rents op\u00e9rateurs; ces techniques ne servent qu&rsquo;\u00e0 concentrer ces gains vers ceux qui les utilisent. Krugman, dans une <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2009\/08\/03\/opinion\/03krugman.html?_r=3&amp;ref=opinion\" hreflang=\"fr\">r\u00e9cente critique de ce type de pratiques<\/a>, citait d&rsquo;ailleurs les travaux d&rsquo;Hirshleifer sur ce sujet.<\/p>\n<p>Mais comme le remarque Wasmer, la solution propos\u00e9e consistant \u00e0 taxer les activit\u00e9s bancaires en fonction de leur dangerosit\u00e9 sociale, si elle respecte les canons de l&rsquo;\u00e9conomie de manuel de base, frappe par son irr\u00e9alisme. Comment identifier, par avance, les co\u00fbts et risques d&rsquo;une innovation financi\u00e8re? Que dire, au hasard, des credit default swaps, con\u00e7us pour r\u00e9duire les risques, mais dont l&rsquo;utilisation d\u00e9raisonn\u00e9e a produit la chute de Lehmann et d&rsquo;AIG? Philippon suppose que des r\u00e9gulateurs bien inform\u00e9s pourraient identifier la nature des risques, mais on peut raisonnablement en douter. Et quand bien m\u00eame, comment esp\u00e9rer que tous les pays parviennent \u00e0 un accord \u00e9galement contraignant vis \u00e0 vis de leurs banques nationales, alors m\u00eame que la situation est avant tout celle du <a href=\"http:\/\/www.theatlantic.com\/doc\/200905\/imf-advice\" hreflang=\"fr\">pouvoir politique acquis par celles-ci<\/a> vis \u00e0 vis des gouvernements? L&rsquo;identification du probl\u00e8me est une chose, les solutions propos\u00e9es paraissent \u00e0 la fois singuli\u00e8rement simplistes et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des enjeux. On peut en dire autant des <a href=\"http:\/\/blogs.lesechos.fr\/\/article.php?id_article=2890\" hreflang=\"fr\">pistes de David Thesmar<\/a> sur le sujet.<\/p>\n<p>Par d\u00e9faut, face aux activit\u00e9s pr\u00e9datoires, les \u00e9conomistes semblent se cantonner aux bases; taxes pigoviennes pour Philippon, transparence et actionnaires chez Thesmar; tout cela laisse franchement sur sa faim. Les \u00e9conomistes n&rsquo;ont jamais tant eu besoin de Jack Hirshleifer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Chaque jour, dans les villes, des gens perdent des pi\u00e8ces de monnaie, qui roulent hors de leur poche ou de leur porte-monnaie. Et chaque jour, d&rsquo;autres personnes trouvent ces pi\u00e8ces par terre, et s&rsquo;enrichissent d&rsquo;autant, ravies de l&rsquo;aubaine. 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