{"id":7279,"date":"2008-11-09T20:21:35","date_gmt":"2008-11-09T20:21:35","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=1279"},"modified":"2008-11-09T20:21:35","modified_gmt":"2008-11-09T20:21:35","slug":"apres-avant-d-acheter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/apres-avant-d-acheter\/","title":{"rendered":"Apr\u00e8s &quot;Avant d&rsquo;acheter&quot;"},"content":{"rendered":"<p>J&rsquo;&eacute;tais, <a href=\"javascript:void(0);\/*1226258285690*\/\">comme pr&eacute;vu<\/a>, invit&eacute; de l&rsquo;&eacute;mission conso de Direct 8 <span style=\"font-style: italic;\">Avant d&rsquo;achete<\/span>r, entour&eacute; de trois autres invit&eacute;s (<a href=\"javascript:void(0);\/*1226258417841*\/\">Axel de Tarl&eacute;<\/a> d&rsquo;Europe 1 et Paris Match, entre autres, Serge Ma&icirc;tre de l&rsquo;<a href=\"javascript:void(0);\/*1226258435361*\/\">AFUB<\/a> et Myriam Simon du magazine <a href=\"javascript:void(0);\/*1226258447208*\/\">Le Revenu<\/a>). Plateau bien pens&eacute; dans l&rsquo;optique du th&egrave;me du dossier. Tellement bien pens&eacute; qu&rsquo;en d&eacute;pit d&rsquo;une dur&eacute;e d&rsquo;antenne pourtant bien confortable en t&eacute;l&eacute; (une vingtaine de minutes), nous n&rsquo;avons pas eu le temps d&rsquo;&eacute;puiser le sujet, loin de l&agrave;. Comme Alexandre a l&rsquo;habitude de le faire, je vais&nbsp;compl&eacute;ter ici.<\/p>\n<p><meta content=\"text\/html; charset=ISO-8859-1\" http-equiv=\"content-type\" \/> <title><\/title> Le probl&egrave;me &eacute;tait de savoir ce qui se passe et comment un client de banque doit percevoir la situation actuelle et prendre des d&eacute;cisions. D&rsquo;o&ugrave; la double interrogation : peut-on encore faire confiance &agrave; nos banques ? Les traders sont-ils un danger pour nos &eacute;conomies (ou, dit autrement, quel impact les troubles financiers&nbsp;vont-ils avoir sur notre quotidien, au del&agrave; des questions de la protection des d&eacute;p&ocirc;ts).<\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">Peut-on encore faire confiance aux banques ?<\/span><\/p>\n<p> L&rsquo;id&eacute;e qui se d&eacute;gage est&nbsp;que oui. Est-ce une suprise, du reste ? Apr&egrave;s tout, en premi&egrave;re approche, on voit mal comment faire pour se passer des banques. Cr&eacute;er une banque pour financer l&rsquo;achat de sa prochaine Dacia Sandero break et cabriolet ne viendra gu&egrave;re &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de beaucoup de consommateurs, qui ont bien mieux &agrave; faire, quitte &agrave; y laisser quelques plumes en cas de faillite de leur banque. Il en va de m&ecirc;me en ce qui concerne les conseils de placement de son conseiller financier. Tous relatifs soient-ils, on pourra toujours pr&eacute;f&eacute;rer s&rsquo;appuyer sur ceux-ci que d&rsquo;investir des heures et des heures &agrave; s&rsquo;informer sur les produits comme si l&rsquo;on &eacute;tait soi-m&ecirc;me banquier.<\/p>\n<p> Au del&agrave; des ces remarques triviales, divers &eacute;l&eacute;ments permettent de n&rsquo;&ecirc;tre que mod&eacute;r&eacute;ment inquiets. Les m&eacute;canismes de garantie des d&eacute;p&ocirc;ts, largement d&eacute;crits dans la presse au cours des derni&egrave;res semaines, offrent &agrave; la base une s&eacute;curit&eacute; non n&eacute;gligeable. Si l&rsquo;on d&eacute;passe les plafonds, les plans de recapitalisation et de garanties accord&eacute;es aux banques sont un autre &eacute;l&eacute;ment de s&eacute;curit&eacute;. Serge Ma&icirc;tre soulignait qu&rsquo;aucun engagement l&eacute;gal de&nbsp;l&rsquo;Etat &agrave; ne pas laisser une banque faire faillite n&rsquo;a &eacute;t&eacute; pris en France. Seule la parole du Pr&eacute;sident le garantit (contrairement &agrave; l&rsquo;Allemagne, o&ugrave; un texte de loi est pass&eacute; sur le sujet). Je pense pour ma part que c&rsquo;est d&eacute;j&agrave; satisfaisant (et je pense que lui aussi&#8230;).<\/p>\n<p> Le dispositif de recapitalisation-garanties apport&eacute; repose, on le sait, sur un fonds de participation de l&rsquo;Etat, &agrave; hauteur maximale de 40 milliards d&rsquo;euros. Un engagement &agrave; offrir des garanties aux banques en ayant besoin pour emprunter est offert &agrave; hauteur de 320 milliards d&rsquo;euros. Les fonds proviendraient d&#8217;emprunts de l&rsquo;Etat, repr&ecirc;t&eacute;s aux banques. Si les banques ne se font plus confiance, l&rsquo;Etat s&rsquo;intercale entre elle en offrant sa garantie.<br \/> Ce dispositif suscite certaines interrogations. La premi&egrave;re concerne sa capacit&eacute; &agrave; suffire en cas de faillite d&rsquo;une grande banque. La deuxi&egrave;me, qui n&rsquo;est que temporaire, concerne les modalit&eacute;s pratiques de fonctionnement (avec par exemple les modalit&eacute;s de taux r&eacute;clam&eacute;s aux banques). Soyons clairs, elle n&rsquo;est gu&egrave;re importante, &agrave; part symboliquement. Le gouvernement aura beau dire que l&rsquo;Etat gagnera de l&rsquo;argent en jouant ce r&ocirc;le de garant en dernier ressort, il s&rsquo;agit juste de faire passer la pilule du sauvetage des banques aupr&egrave;s de ceux qui ne l&rsquo;ont pas encore aval&eacute;e. La troisi&egrave;me est de savoir ce que Nicolas Sarkozy a derri&egrave;re la t&ecirc;te. <a href=\"http:\/\/www.telos-eu.com\/fr\/article\/pendant_la_crise_financiere_sarkozy_fait_toujour\">Elie Cohen se demandait<\/a> si les dispositifs de contr&ocirc;le du dispositif cachait une volont&eacute; inavou&eacute;e de reprendre la main sur l&rsquo;appareil financier et productif. La question peut se poser, en effet. Mais il est pr&eacute;matur&eacute; d&rsquo;y r&eacute;pondre.<\/p>\n<p> L&rsquo;autre point soulign&eacute; est que les banques fran&ccedil;aises repose sur un syst&egrave;me de banque universelle, dans lequel l&rsquo;activit&eacute; est mieux diversifi&eacute;e, les activit&eacute;s de gestion des d&eacute;p&ocirc;ts (r&eacute;mun&eacute;r&eacute;s par la prestation de services bancaires) et de pr&ecirc;ts classiques assurant une certaine s&eacute;curit&eacute; &agrave; c&ocirc;t&eacute; des activit&eacute;s lucratives et risqu&eacute;es de march&eacute;. La banque universelle n&rsquo;est qu&rsquo;une application directe du principe de base en finance de diversification des risques de portefeuille. Ce qui ne veut pas dire que le niveau de risque global retenu est conforme &agrave; ce que les uns comme les autres peuvent attendre. Mais, au moins, il existe un actif quasiment sans risque dans le portefeuille (l&rsquo;activit&eacute; de gestion des paiements ; je dis quasiment sans risque, parce qu&rsquo;elle peut &ecirc;tre contamin&eacute;e, mais il faudrait un peu de temps, tout de m&ecirc;me). Sur cet aspect n&eacute;anmmoins, en tant que clients, on peut craindre que les banques soient tent&eacute;es de reporter les pertes sur les frais de gestion, maintenant partiellement les marges.<\/p>\n<p> De mani&egrave;re plus globale, dans le cadre m&ecirc;me des activit&eacute;s de march&eacute;, une tendance se dessinerait d&eacute;j&agrave;. Si la titrisation et autres produits relativement compplexes ne seront pas abandonn&eacute;s, les &nbsp;banques songeraient d&eacute;j&agrave; &agrave; r&eacute;duire la complexit&eacute; extr&ecirc;me des produits propos&eacute;s. Ce qui sans garantir de nouveaux d&eacute;boires, aurait un int&eacute;r&ecirc;t certain en termes de tra&ccedil;abilit&eacute; des risques. Rappelons que l&rsquo;une des causes des difficult&eacute;s des banques a &eacute;t&eacute; de se retrouver reprise par des risques dont elles pensaient s&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;barass&eacute;es. Ces risques, diss&eacute;min&eacute;s et structur&eacute;s dans les produits qui inondaient le march&eacute;, n&rsquo;&eacute;taient pas forc&eacute;ment per&ccedil;us comme tels. De fa&ccedil;on plus caricaturale, personne ne doutera non plus de l&rsquo;nt&eacute;r&ecirc;t qu&rsquo;un maximum d&rsquo;intervenants (dont les agences de notation) comprennent les produits qu&rsquo;ils manipulent&#8230; Car, dans l&rsquo;imm&eacute;diat au moins, l&rsquo;analyse des produits risque d&rsquo;&ecirc;tre plus pouss&eacute;e qu&rsquo;avant (enfin, on l&rsquo;esp&egrave;re&#8230;). Or, qui dit analyse de produits complexes, dit co&ucirc;ts de transaction. Et si ces co&ucirc;ts d&eacute;passent les gains d&rsquo;efficience sur l&rsquo;allocation de l&rsquo;&eacute;pargne et des risques procur&eacute;s par l&rsquo;existence&nbsp;de produits, on pourra clairement dire, sans qu&rsquo;il n&rsquo;y ait d&eacute;bat, que la finance travaille pour elle et pas pour l&rsquo;&eacute;conomie r&eacute;elle.<\/p>\n<p> Autant de bonnes nouvelles qui ne doivent pas masquer les motifs pour lesquels monsieur tout le monde peut nourrir quelques suspicions persistantes &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de sa banque. En premier lieu, les modes de financement modernes resteront complexes, m&ecirc;me si des ajustements sont faits sur les pratiques les plus acrobatiques. Mieux, celles-ci reviendront, sous une autre forme dans 5, 10 ou 20 ans. Bref, il y aura d&rsquo;autres crises bancaires, <a href=\"http:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/rodrik24\/French\">comme le soulignait r&eacute;cemment Dany Rodrik<\/a> (et d&rsquo;autres). Quant &agrave; savoir o&ugrave;, quand et pourquoi, c&rsquo;est une autre affaire, on s&rsquo;en doute.<\/p>\n<p> Sur les placements, une banque vend un produit. S&rsquo;il offre du rendement, c&rsquo;est qu&rsquo;il est risqu&eacute;, mais ce risque sera toujours pr&eacute;sent&eacute; comme plus faible, pour des raisons commerciales. L&rsquo;exemple souvent cit&eacute; ces derniers temps est celui des SICAV dites &quot;dynamiques&quot;. Le marketing bancaire savait que le client ne retiendrait que SICAV, produit jouissant d&rsquo;une r&eacute;putation de bon rendement pour un risque mod&eacute;r&eacute;. Or, dynamique, signifie plus de rendement, mais aussi plus de risque. Ce genre de produits peuvent effectivement conduire &agrave; de bons rendements dans un contexte donn&eacute;, mais s&rsquo;av&eacute;rer calamiteux si le contexte change. Faire aveugl&eacute;ment confiance&nbsp;&agrave; son banquier quand il met sa casquette de commercial n&rsquo;est pas recommand&eacute;. En m&ecirc;me temps, nous, consommateurs-&eacute;pargnants avons tr&egrave;s bien int&eacute;gr&eacute; le principe de l&rsquo;innovation financi&egrave;re. Comme le r&eacute;sume Alexandre,&nbsp;nous demandons toujours plus de rendement, s&eacute;curit&eacute; et disponibilit&eacute; pour notre &eacute;pargne. Pourquoi les banques ignoreraient-elles cette aspiration ?<\/p>\n<p> Si l&rsquo;on veut nourrir&nbsp;la parano&iuml;a du client de banque, on peut &eacute;galement affirmer que l&rsquo;accident isol&eacute; n&rsquo;est&nbsp;jamais &agrave; exclure totalement. Une banque peut toujours faire faillite sans &ecirc;tre reprise et sans que cela se produise dans un contexte de crise syst&eacute;mique.<\/p>\n<p> Quelques mots, pour finir, sur la demande formul&eacute;e par l&rsquo;AFUB au sujet d&rsquo;un moratoire sur les cr&eacute;dits-relais. L&rsquo;association a &eacute;t&eacute; partiellement entendue, puisque <a href=\"http:\/\/www.france-info.com\/spip.php?article199730&amp;theme=22&amp;sous_theme=25\">Christine Boutin s&rsquo;est r&eacute;cemment &eacute;mue de la situation<\/a>, enjoignant les banques &agrave; faire preuve de mesure dans l&rsquo;application des d&eacute;lais contractuels. La situation toucherait 30 000 emprunteurs (le nombre, initialement extrapol&eacute; par l&rsquo;AFUB &agrave; partir de ses informations, semble d&eacute;sormais accept&eacute; par Bercy). Ce qui repr&eacute;senterait un en-cours de cr&eacute;dits de 5 milliards d&rsquo;euros (soit une dette moyenne de 170 000 euros environ). Concr&egrave;tement, ces emprunteurs sont sous la menace de saisies immobili&egrave;res. Comme souvent, les arguments spontan&eacute;ment avanc&eacute;s font une &nbsp;large place &agrave; l&rsquo;&eacute;motion ou &agrave; la morale. On dira d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; qu&rsquo;on ne peut pas mettre des familles &agrave; la rue, que si l&rsquo;on aide les banquiers, on peut bien aider leurs clients ou, &agrave; l&rsquo;oppos&eacute;, que si la fi&egrave;vre immobili&egrave;re a pris certains propri&eacute;taires, c&rsquo;est leur probl&egrave;me, ils n&rsquo;ont qu&rsquo;&agrave; assumer. En r&eacute;alit&eacute;, deux points sont essentiels : en p&eacute;riode stable ou de croissance de l&rsquo;immobilier, deux ans pour vendre son bien sont suffisants. Dans une p&eacute;riode plus troubl&eacute;e, la barri&egrave;re de deux ann&eacute;es &#8211; 24 mois &#8211; devient arbitraire. Pourquoi pas deux ans et un mois ? Pourquoi pas deux ans et trois mois ? Pourquoi pas 3 ans m&ecirc;me ? A partir de l&agrave;, on peut comparer le souscripteur d&rsquo;un pr&ecirc;t relai &agrave; une entreprise illiquide mais solvable. En quelques semaines, il se peut qu&rsquo;il puisse liquider son bien. Pourquoi, ne pas les lui accorder ? L&rsquo;inconv&eacute;nient, c&rsquo;est que ce qui, a posteriori, sera une r&eacute;lle chance pour certains, sera calamiteux pour d&rsquo;autres. Dans le cas d&rsquo;un prolongement de la p&eacute;riode, les int&eacute;r&ecirc;ts courent toujours. Les charges de l&rsquo;op&eacute;ration sont donc accrues et il n&rsquo;est pas certain, in fine, que la vente du bien &agrave; un prix tr&egrave;s d&eacute;pr&eacute;ci&eacute; ou sa saisie au bout de 3 ans soit une bonne affaire, compar&eacute; &agrave; un <span style=\"font-style: italic;\">stop loss<\/span> au bout de deux ans. Se pose ensuite un autre probl&egrave;me : si l&rsquo;on donne 2 mois, ce sera peut-&ecirc;tre insuffisant. Si l&rsquo;on donne 1 an, ce sera peut-&ecirc;tre trop, car l&rsquo;incitation &agrave; attendre et ne pas baisser suffisamment le prix existe aors. De ce point de vue, l&rsquo;AFUB assure que les gens qui la contacte ont d&eacute;j&agrave; r&eacute;duit leurs prix de vente significativement. Suffisamment pour qu&rsquo;une vente s&rsquo;op&egrave;re ? Et en l&rsquo;admettant, la baisse du prix de vente pour des biens immobiliers expos&eacute;s depuis longtemps n&rsquo;est pas forc&eacute;ment une bonne chose. Les acheteurs potentiels qui scrutent les biens disponibles sur un secteur le voient et peuvent &ecirc;tre tent&eacute;s d&rsquo;attendre encore. Si cela a baiss&eacute; progressivement depuis un an, pourquoi pas encore ? Bref, m&ecirc;me si on a du mal &agrave; l&rsquo;accepter, dans certains cas, une saisie relativement &quot;rapide&quot; peut &ecirc;tre une&nbsp;issue pr&eacute;f&eacute;rable. On notera que, quoi qu&rsquo;il en soit, la loi pr&eacute;voit une <a href=\"http:\/\/www.capital.fr\/actualite\/Default.asp?source=FI&amp;numero=70796&amp;Cat=IMM&amp;numpage=1\">proc&eacute;dure<\/a> devant le juge pour demander un d&eacute;lai de gr&acirc;ce. <\/p>\n<p> <span style=\"font-weight: bold;\">Les traders menacent-ils l&rsquo;&eacute;conomie ?<\/span><\/p>\n<p> La question &eacute;tait de savoir ce qu&rsquo;il y avait dans la t&ecirc;te de ces gens. Interrog&eacute; sur ce point, je n&rsquo;ai abord&eacute; qu&rsquo;un aspect, au milieu de beaucoup d&rsquo;autres points d&rsquo;entr&eacute;e possibles. Comme Alexandre l&rsquo;a rapport&eacute; ici, un aspect important de la crise est de savoir comment les banques fonctionnent en interne. On est dans&nbsp;un domaine plus proche de la sociologie des organisations que de l&rsquo;&eacute;conomie. En France, <a href=\"http:\/\/olivier.godechot.free.fr\/hoprubrique.php?id_rub=0\">Olivier Godechot<\/a> travaille depuis pas mal de temps sur la sociologie des structures de trading. Il met en &eacute;vidence des &eacute;l&eacute;ments qui me semblent&nbsp;int&eacute;ressants.&nbsp;Les traders sont des salari&eacute;s dot&eacute;s d&rsquo;un niveau de technicit&eacute;, un capital humain important, largement sp&eacute;cifique (par opposition avec un capital humain g&eacute;n&eacute;rique, port&eacute; par de nombreux postulants ou rempla&ccedil;ants potentiels). Ils sont consid&eacute;r&eacute;s dans leur organisation comme la source du profit. Cette double appr&eacute;ciation leur donne un poids consid&eacute;rable dans le marchandage interne &agrave; l&rsquo;organisation. Ils ont donc les r&eacute;mun&eacute;rations les plus &eacute;lev&eacute;es, voire astronomiquement plus &eacute;lev&eacute;es quand on les compare aux autres personnels, ceux du support. Parmi ce personnel, on trouve les contr&ocirc;leurs. Or, d&rsquo;une part, en raison du poids &eacute;conomique suppos&eacute; des traders, les contr&ocirc;leurs ne sont pas naturellement favoris&eacute;s par la direction g&eacute;n&eacute;rale, s&rsquo;ils se mettent en t&ecirc;te d&rsquo;exercer leur mission avec z&egrave;le. D&rsquo;autre part, ils n&rsquo;y ont aucun int&eacute;r&ecirc;t financier. Ni &agrave; court terme, o&ugrave; leur r&eacute;mun&eacute;ration est plus ou moins index&eacute;e sur les performances des traders (les bonus, m&ecirc;me s&rsquo;ils ne sont pas aussi mirobolants peuvent tout de m&ecirc;me repr&eacute;senter 40%, 50% de leur r&eacute;mun&eacute;ration de base, voire plus). Ni, surtout, &agrave; long terme. Le r&ecirc;ve de nombreux op&eacute;rateurs de support est de passer de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; du miroir, comme Kerviel l&rsquo;a fait. L&rsquo;appui des traders est alors important. Autant ne pas se brouiller avec eux.<br \/> Ce qui fait, au passage, relativiser l&rsquo;importance de l&quot;id&eacute;e d&rsquo;accorder des moyens importants aux structures de contr&ocirc;le : multiplier le nombre de contr&ocirc;leurs par deux peut aussi bien de r&eacute;duire les risques pris et les fraudes que de multiplier par deux le nombre d&rsquo;aspirants traders, cal&eacute;s en <span style=\"font-style: italic;\">back<\/span> ou <span style=\"font-style: italic;\">middle office<\/span>.<\/p>\n<p> Outre ce point, j&rsquo;aurais aimer avoir le temps d&rsquo;&eacute;voquer la question des r&eacute;mun&eacute;rations non lin&eacute;aires des traders. Le principe est simple : le bonus d&rsquo;un trader est soit positif (quand la structure d&eacute;gage un b&eacute;n&eacute;fice), soit nul (m&ecirc;me en cas de perte). De sorte que quand on est proche de z&eacute;ro, en n&eacute;gatif, on a tout int&eacute;r&ecirc;t &agrave; tenter le coup pour passer de &#8211; <span style=\"font-style: italic;\">delta<\/span> &agrave; plus quelque chose. Tant pis si on finit par perdre encore plus, &ccedil;a ne co&ucirc;tera gu&egrave;re plus. A la limite, un licenciement. Mais, au moins jusqu&rsquo;&agrave; r&eacute;cemment, la peur du ch&ocirc;mage n&rsquo;&eacute;tait gu&egrave;re une pr&eacute;occupation de trader. C&rsquo;est que, comme je le soulignais au dessus, &agrave; la suite de Godechot, un trader est capable de&nbsp;partir &agrave; la concurrence avec le &quot;matos&quot;, sa connaissance des produits. On notera cependant que les bonus &eacute;tant souvent calcul&eacute;s sur une base mod&eacute;r&eacute;ment individuelle (c&rsquo;est au niveau de l&rsquo;&eacute;quipe ou plus largement, que la base principale est retenue), l&rsquo;incitation &agrave; doper le profit individuel est elle aussi mod&eacute;r&eacute;e. <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/x6bm77_frederic-lordon-les-traders_news\">Fr&eacute;d&eacute;ric Lordon<\/a> propose de lin&eacute;ariser la r&eacute;mun&eacute;ration. Les traders pourraient r&eacute;aliser un bonus n&eacute;gatif (d&eacute;cid&eacute;mment, le bonus-malus a du succ&egrave;s ces temps-ci). L&rsquo;id&eacute;e est simple et, sur le principe, atteint un objectif : limiter le biais en faveur d&rsquo;une prise de risque &eacute;lev&eacute;e. Une premi&egrave;re remarque qu&rsquo;on pourrait faire est que si les traders sont aussi funambules qu&rsquo;on le dit, l&rsquo;effet pourrait &ecirc;tre insuffisant. N&eacute;anmoins, dire que l&rsquo;aversion aux risques des traders est en moyenne incroyablement plus &eacute;lev&eacute;e que &nbsp;celle des autres salari&eacute;s est exag&eacute;r&eacute; (je n&rsquo;ai pas de preuves formelles de ce que j&rsquo;avance, cela dit). En ce sens, les risques pris pourraient en effet diminuer globalement. On peut aussi lui reprocher d&rsquo;&ecirc;tre tout aussi court-termiste que le dispositif actuel. L&rsquo;autre mesure couramment cit&eacute;e (par Stiglitz, notamment) est de calculer le bonus sur plusieurs ann&eacute;es en int&eacute;grant les pertes et les gains de la structure. L&rsquo;id&eacute;e est s&eacute;duisante sous l&rsquo;angle de l&rsquo;optimisation des comportements dans le temps. Olivier Godechot fait cependant remarquer que l&rsquo;instaurer n&rsquo;est pas gagn&eacute;, compte tenu des rapports de n&eacute;gociation favorables aux traders.<\/p>\n<p> A l&rsquo;int&eacute;rieur de cette probl&eacute;matique des bonus, une autre &#8211; effleur&eacute;e un peu plus haut &#8211; se greffe : les bonus des salari&eacute;s du support sont calcul&eacute;s plus ou moins &eacute;troitement sur la base des chiffres du <span style=\"font-style: italic;\">front office<\/span> (un ami trader m&rsquo;a cependant dit ne jamais avoir entendu parler d&rsquo;une formule de calcul officielle dans les banques qu&rsquo;il conna&icirc;t ; le lien entre les deux est donc officieux. Vos t&eacute;moignages sont les bienvenus). En d&rsquo;autres termes, la prise de risque des traders est potentiellement r&eacute;mun&eacute;ratrice pour les gens du <span style=\"font-style: italic;\">back<\/span> ou du <span style=\"font-style: italic;\">middle<\/span>. Contr&ocirc;ler mod&eacute;r&eacute;ment est alors une option &agrave; m&eacute;diter.<\/p>\n<p> Enfin, un dernier aspect sur lequel les traders peuvent &ecirc;tre cit&eacute;s rel&egrave;ve de la psycho&eacute;conomie. Il y a sans aucun doute chez les traders des gens compl&egrave;tement m&eacute;galo ou qui cherchent &agrave; soigner leurs n&eacute;vroses dans leur boulot. N&eacute;anmoins, hors de ces cas extr&ecirc;mes, il ne semble pas absurde de dire que tous peuvent &ecirc;tre victimes &agrave; un moment ou &agrave; un autre, &agrave; des degr&eacute;s tr&egrave;s divers, d&rsquo;exc&egrave;s de confiance ou de l&rsquo;illusion du contr&ocirc;le.<\/p>\n<p> La discussion a ensuite port&eacute; sur les cons&eacute;quences de la crise sur l&rsquo;&eacute;conomie r&eacute;elle. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; particuli&egrave;rement brillant dans ma capacit&eacute; &agrave; raconter des choses d&eacute;cousues et incompr&eacute;hensibles. Mais ce n&rsquo;est pas grave, on aura s&ucirc;rement compris le sens g&eacute;n&eacute;ral. Nos &eacute;conomies fonctionnent sur le cr&eacute;dit, mais sans que cela puisse se r&eacute;sumer &agrave; &quot;nous vivons &agrave; cr&eacute;dit&quot;. La formule est fondamentalement vraie. Mais elle peut &ecirc;tre interpr&eacute;t&eacute;e avec exag&eacute;ration. Ce n&rsquo;est pas parce que nous utilisons le cr&eacute;dit que nous vivons au dessus de nos moyens. A court terme, le cr&eacute;dit est indispensable pour faire le lien entre des centaines de milliers de transactions. Ne serait-ce que pour des raisons pratiques et quotidiennes. La s&eacute;quence livraison d&rsquo;un bien &#8211; envoi d&rsquo;une facture &#8211; r&eacute;glement &agrave; r&eacute;ception est d&eacute;j&agrave; un cr&eacute;dit de quelques heures ou quelques jours (le temps de faire un virement ou poster un ch&egrave;que). Au del&agrave; de quelques jours, ce d&eacute;calage&nbsp;reste une habitude qu&rsquo;il ne semble gu&egrave;re pertinent de condamner, hormis dans certains cas o&ugrave; le d&eacute;s&eacute;quilibre entre d&eacute;biteurs et cr&eacute;anciers est flagrant &#8211; pensons aux grandes surfaces. Mais m&ecirc;me dans ces cas, le d&eacute;biteur sait &agrave; quoi s&rsquo;en tenir. Surtout, c&rsquo;est un &eacute;l&eacute;ment indispensable pour engager le cycle de production des entreprises. Si l&rsquo;on veut r&eacute;sumer, c&rsquo;est l&agrave; que se situe la diff&eacute;rence entre liquidit&eacute; et solvabilit&eacute;, que ce soit pour une banque ou n&rsquo;importe quel type d&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p> C&rsquo;est le b-a-ba de la gestion de tr&eacute;sorerie : il existe pour beaucoup d&rsquo;activit&eacute;s un d&eacute;calage entre les d&eacute;caissements et les encaissements. Par exemple, dans une entreprise industrielle, il faut acheter les mati&egrave;res, produire, payer les salaires avant de vendre. M&ecirc;me si la vente se fait au comptant, il se cr&eacute;e potentiellement un besoin temporaire de cr&eacute;dit pour payer les mati&egrave;res et les salaires avant de vendre. Ce besoin se remanifeste r&eacute;guli&egrave;rement &agrave; chaque d&eacute;marrage d&rsquo;un cycle de production. En r&eacute;alit&eacute;, l&rsquo;imbrication permanente des cycles&nbsp; fait que ce besoin est permanent. On parle de BFR, besoin en fonds de roulement. Certaines entreprises n&rsquo;&eacute;prouvent pas forc&eacute;ment le besoin de recourir au cr&eacute;dit pour financer leur BFR. C&rsquo;est qu&rsquo;elles disposent a priori de ressources durables permettant de le financer (capitaux propres ou dettes &agrave; long terme). Mais beaucoup d&rsquo;entreprises, soit qu&rsquo;elles sont petites, soit qu&rsquo;elles croissent vite, ont des besoins de financement de la tr&eacute;sorerie qui reposent sur des cr&eacute;dits &agrave; plus court terme. En tant normal, les banques fournissent ce cr&eacute;dit, sous forme de d&eacute;couvert, concours bancaires courants et autres facilit&eacute;s de caisse. Quand ce m&eacute;canisme se grippe au niveau d&rsquo;une entreprise, ce sont toutes celles qui d&eacute;pendent de ses paiements qui tirent la langue. Du c&ocirc;t&eacute; des consommateurs, une incertitude sur l&rsquo;avenir se traduit par non seulement un acc&egrave;s au cr&eacute;dit &agrave; la consommation plus limit&eacute; mais, de surcro&icirc;t, par un comportement plut&ocirc;t tourn&eacute; vers l&rsquo;&eacute;pargne, donc vers moins de consommation. Ce qui vient s&rsquo;ajouter aux difficult&eacute;s des entreprises. De ce point de vue, la confiance dans la possibilit&eacute; d&rsquo;acc&eacute;der au cr&eacute;dit est pr&eacute;judiciable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>J&rsquo;&eacute;tais, comme pr&eacute;vu, invit&eacute; de l&rsquo;&eacute;mission conso de Direct 8 Avant d&rsquo;acheter, entour&eacute; de trois autres invit&eacute;s (Axel de Tarl&eacute; d&rsquo;Europe 1 et Paris Match, entre autres, Serge Ma&icirc;tre de l&rsquo;AFUB et Myriam Simon du magazine Le Revenu). Plateau bien pens&eacute; dans l&rsquo;optique du th&egrave;me du dossier. Tellement bien pens&eacute; <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/apres-avant-d-acheter\/\" title=\"Apr\u00e8s &quot;Avant d&rsquo;acheter&quot;\">(Lire la suite&#8230;)<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":2,"featured_media":59424,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-7279","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecoblabla"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7279","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7279"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7279\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/59424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7279"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7279"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7279"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}