{"id":6678,"date":"2007-03-08T10:25:25","date_gmt":"2007-03-08T10:25:25","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=678"},"modified":"2018-10-12T21:00:11","modified_gmt":"2018-10-12T20:00:11","slug":"comment-qu-on-a-lu-le-livre-de-landier-et-thesmard-ou-pourquoi-jojo-peut-devenir-actionnaire-de-pernod-ricard-sans-verser-dans-l-actionnariat-salarie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/comment-qu-on-a-lu-le-livre-de-landier-et-thesmard-ou-pourquoi-jojo-peut-devenir-actionnaire-de-pernod-ricard-sans-verser-dans-l-actionnariat-salarie\/","title":{"rendered":"Comment qu&rsquo;on a lu le livre de Landier et Thesmard"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"\/econoclaste\/wp-content\/uploads\/2007\/01\/m\u00e9chant.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>(Ou pourquoi Jojo peut devenir actionnaire de Pernod Ricard sans verser dans l&rsquo;actionnariat salari\u00e9.)<\/p>\n<p><i>Nous avons lu <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=166\"><i>Le grand m\u00e9chant march\u00e9<\/i><\/a> d&rsquo;Augustin Landier et David Thesmard. Et voil\u00e0 ce qu&rsquo;on en a dit, accroch\u00e9s au comptoir de Jojo comme un retrait\u00e9 californien est cal\u00e9 au fond de son canap\u00e9 de pension.<\/i><\/p>\n<p><strong>AD : <\/strong><a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=166\"><i>Le grand m\u00e9chant march\u00e9<\/i><\/a> peut se d\u00e9composer en deux parties principales, toutes deux consacr\u00e9es \u00e0 la finance (le fameux \u00ab\u00a0m\u00e9chant march\u00e9\u00a0\u00bb du titre, ce sont les march\u00e9s financiers).<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> Oui, bon, t&rsquo;es gentil, mais la chronique du bouquin, je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crite <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=166\">ici<\/a>, tu vas pas nous la refaire ?<\/p>\n<p><strong>AD :<\/strong> Non, mais c&rsquo;est juste pour recadrer&#8230; Donc, la premi\u00e8re partie (je te propose de commencer par l\u00e0, on verra la seconde apr\u00e8s)&#8230;<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> Oula&#8230; Je vois que tu as m\u00e9chamment r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la structure du livre et du d\u00e9bat toi, non ?<\/p>\n<p><strong>AD :<\/strong> OK&#8230; Pas simple aujourd&rsquo;hui&#8230; Bref, la premi\u00e8re partie est une op\u00e9ration de lutte contre les mythes n\u00e9gatifs attach\u00e9s aux march\u00e9s, notamment en France (les auteurs se centrent sur la France, mais l&rsquo;hostilit\u00e9 aux march\u00e9s financiers est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&#8230; il faudra y revenir). A l&rsquo;encontre des id\u00e9es re\u00e7ues, les auteurs d\u00e9montrent que les <a href=\"http:\/\/www.telos-eu.com\/2007\/03\/et_si_les_marches_financiers_n.php\">march\u00e9s ne sont pas myopes et court-termistes<\/a>, mais traduisent l&rsquo;intelligence des foules, souvent sup\u00e9rieure \u00e0 celle des dirigeants d&rsquo;entreprises attir\u00e9s beaucoup plus par les op\u00e9rations de prestige qui leur b\u00e9n\u00e9ficient qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration de l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;entreprise qu&rsquo;ils dirigent. Ils montrent que l&rsquo;id\u00e9e de licenciements boursiers ne tient pas la route (les entreprises qui licencient sont moins rentables que celles qui embauchent et leur cours boursier traduit cette pi\u00e8tre performance), que la v\u00e9ritable pression qui s&rsquo;exerce sur les salari\u00e9s vient des consommateurs, pas de la finance, notant que la part des revenus du capital dans le PIB reste remarquablement stable (et que cette stabilit\u00e9 condamne \u00e0 l&rsquo;inefficacit\u00e9 toutes les politiques visant \u00e0 avantager un c\u00f4t\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;autre). Ils montrent que <a href=\"http:\/\/www.telos-eu.com\/2006\/07\/et_si_les_opas_etaient_utiles.php\">les OPA sont b\u00e9n\u00e9fiques<\/a>, paradoxalement surtout les OPA hostiles. Bref, ils lancent une d\u00e9fense argument\u00e9e du r\u00f4le des march\u00e9s financiers sur l&rsquo;\u00e9conomie, \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;une opinion g\u00e9n\u00e9rale tr\u00e8s largement partag\u00e9e (y compris chez les \u00e9conomistes) par une population qui ne comprend gu\u00e8re le r\u00f4le des \u00ab\u00a0venture capitalists\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0private equity\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0fonds de pension\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0hedge funds\u00a0\u00bb que l&rsquo;imagerie populaire pr\u00e9sente comme des puissances financi\u00e8res myst\u00e9rieuses qui r\u00e9alisent des profits consid\u00e9rables sur le dos des salari\u00e9s. La r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est d&rsquo;une part que ces profits ne sont pas si consid\u00e9rables (et ne se font pas sur le dos des salari\u00e9s pour l&rsquo;essentiel) et d&rsquo;autre part, la finance contribue largement \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9conomique.<br \/>\nLe paradoxe de cette premi\u00e8re partie, c&rsquo;est qu&rsquo;alors que c&rsquo;est celle qui est assise sur les arguments les plus solides &#8211; une recherche abondante, et pr\u00e9sent\u00e9e de fa\u00e7on exhaustive &#8211; l&rsquo;argument a du mal \u00e0 passer. C&rsquo;est un peu rapide, et m\u00eame si on apprend beaucoup, il est h\u00e9las probable que ce d\u00e9but de livre n&rsquo;accomplisse pas son objectif de convaincre les lecteurs (du moins ceux qui ne sont pas d\u00e9j\u00e0 inform\u00e9s) du r\u00f4le et du fonctionnement utile de la finance. Le fond ne p\u00e9che pas, c&rsquo;est la forme qui fait un peu d\u00e9faut.<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> C&rsquo;est frappant. J&rsquo;y vois plusieurs causes, mais contrairement \u00e0 toi, j&rsquo;y ajouterais du fond. En premier lieu, sur la forme, je trouve le style empreint d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 boy scout qui, malgr\u00e9 les excuses implicites des auteurs \u00e0 la fin du livre, fait militant. Il faut passer outre, mais c&rsquo;est ennuyeux. Ensuite, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 amus\u00e9 de constater que je pouvais reprocher au livre exactement la m\u00eame chose qu&rsquo;\u00e0 celui d&rsquo;Olivier Bouba-Olga, que <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=164\">j&rsquo;ai comment\u00e9 r\u00e9cemment<\/a> (il se pourrait d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il passe faire un tour un des ces quatre pour dire deux mots \u00e0 ce sujet). La m\u00eame chose, mais \u00e0 l&rsquo;envers ! Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un mod\u00e8le valable en finance, c&rsquo;est celui de l&rsquo;efficience (Bouba-Olga mettait au centre de son raisonnement les conventions et axait donc son raisonnement sur les dysfonctionnements du march\u00e9). Petit coquetterie de ma part, j&rsquo;aurais bien aim\u00e9 d&rsquo;ailleurs que la th\u00e9orie soit pr\u00e9sent\u00e9e en tant que telle, ne serait-ce que pour enrichir le vocabulaire du n\u00e9ophyte. J&rsquo;imagine que c&rsquo;est un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 pour all\u00e9ger. Or, si tu veux convaincre sur un sujet pareil, il faut bien mettre en balance les ph\u00e9nom\u00e8nes de bulles et ne pas se contenter de les traiter comme des accidents passagers, absolument n\u00e9gligeables, exp\u00e9di\u00e9s en quelques lignes (c&rsquo;est, si je me souviens bien, le traitement qui leur est r\u00e9serv\u00e9).<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">AD<\/span> : leur argument, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 long terme, elles finissent par s&rsquo;autocorriger, que le seul probl\u00e8me, ce sont les bulles g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es; mais que m\u00eame dans celles-l\u00e0 les cours relatifs des titres restent bons.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">SM<\/span> : Oui, voil\u00e0. Proc\u00e9der de la sorte, c&rsquo;est manquer un objectif du livre : sortir le lecteur de r\u00e9f\u00e9rences exclusives et parfaitement discutables. C&rsquo;est, du reste, me semble-t-il, faire l&rsquo;impasse sur un d\u00e9bat acad\u00e9mique qui, je dirais presque <em>\u00ab\u00a0pour une fois\u00a0\u00bb,<\/em> est loin d&rsquo;\u00eatre limit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hexagone (voir le renom de <a href=\"http:\/\/www.econ.yale.edu\/~shiller\/\">Shiller<\/a> et je n&rsquo;appelle m\u00eame pas Keynes \u00e0 la barre pour t\u00e9moigner). C&rsquo;est donc un choix maladroit, car rien n&#8217;emp\u00eachait les auteurs de d\u00e9molir ensuite la th\u00e8se qu&rsquo;ils ne prennent pas au s\u00e9rieux. Je serais tent\u00e9 de ranger cette critique parmi celles qui touchent au fond. Sur le fond encore, le grand absent du livre, ce sont les r\u00e8gles de corporate governance. Entre les actionnaires et l&rsquo;entreprise, il y a pourtant des r\u00e8gles d&rsquo;organisation du pouvoir. Et de quoi parlent-ils \u00e0 ce sujet ? Des d\u00e9fenses anti-OPA \u00e9rig\u00e9es &#8211; et c&rsquo;est vrai &#8211; par les dirigeants ! Quand je lis que les fonds de pension votent avec les pieds et qu&rsquo;ils ne sont donc pas responsables des d\u00e9cisions des dirigeants, qui recherchent la rentabilit\u00e9 \u00e0 court terme, je me mets dans la peau d&rsquo;un <em>altermondialiste<\/em> et je fulmine. Je ressors par exemple <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=71\">ce <em>vieux<\/em> bouquin de Pierre-Yves Gomez<\/a> et j&rsquo;y lis exactement le contraire : les fonds sont gros et, m\u00eame s&rsquo;ils ne d\u00e9tiennent pas des pourcentages de contr\u00f4le \u00e9normes, les quelques pourcents d\u00e9tenus ne sont pas liquidables aussi simplement. En cons\u00e9quence, ils seraient <em>scotch\u00e9s<\/em> \u00e0 moyen terme aux entreprises dans lesquelles ils investissent. Ils font naturellement entendre leur voix dans les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, ils ne sont pas si passifs que cela. Le livre cite un patron de fonds de pension am\u00e9ricain sur ce point. On a aussi accus\u00e9 les zinzins de publier des guides \u00e0 l&rsquo;intention des petits porteurs afin de s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils votent comme eux et accroissent ainsi leur poids dans le vote par une simple coordination informationnelle (jolie formule pour <em>lobbying<\/em>, non ?). Cela a-t-il pu changer depuis 2001 (date de publication du livre). Honn\u00eatement, je ne sais pas. Et je reste assez interdit. N&rsquo;ai-je pas eu dans ma jeunesse de mauvaises lectures ? Alors, oui, moi, je m&rsquo;interroge. Mais je ne suis pas altermondialiste&#8230; Plus s\u00e9rieusement, faire porter aux dirigeants seuls le poids des comportements myopes, c&rsquo;est un peu gros. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;on les avait trop vite enterr\u00e9s les dirigeants. Il est tout \u00e0 fait l\u00e9gitime de montrer qu&rsquo;ils ont r\u00e9agi \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du concept de <em>corporate governance<\/em> et ont mis un bazar monstre dans certains cas. Mais la gouvernance bas\u00e9e sur la th\u00e9orie de l&rsquo;agene est-elle si parfaite ? Au fond, aucune analyse co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice n&rsquo;est \u00e9tablie par les auteurs pour comparer les co\u00fbts respectifs imputables aux deux acteurs que sont l&rsquo;actionnaire et le dirigeant. Je comprends bien que le propos est de montrer que les march\u00e9s et les actionnaires ne sont pas les vilains qu&rsquo;on veut pr\u00e9senter. Mais les parer de toutes les vertus est un peu limite. En r\u00e9alit\u00e9, ce que les opposants \u00e0 l&rsquo;approche <em>shareholder<\/em> mettent en avant, c&rsquo;est qu&rsquo;il existe des modes de gouvernance o\u00f9 l&rsquo;actionnaire est moins pr\u00e9gnant et que cela marche. Le livre a du mal \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cela. Reste, comme tu le soulignes, que les \u00e9tudes pr\u00e9sent\u00e9es concernant le partage de la valeur ajout\u00e9e et l&rsquo;influence sur l&#8217;emploi des mouvements induits par les march\u00e9s ne sont pas si terribles et que la mis en exergue des plans de restructuration les plus spectaculaires n&rsquo;est que l&rsquo;arbre qui cache la for\u00eat.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">AD : <\/span>Je ne suis pas s\u00fbr que leur argumentation soit d&rsquo;expliquer que la gouvernance fond\u00e9e sur la th\u00e9orie de l&rsquo;agence est parfaite.<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> Oui, et sur ce point, c&rsquo;est la forme qui peut pr\u00eater \u00e0 confusion.<\/p>\n<p><strong>AD :<\/strong> La le\u00e7on qu&rsquo;on re\u00e7oit de leur livre, c&rsquo;est que cette gouvernance fonctionne mieux qu&rsquo;on ne le croit, et que la logique \u00ab\u00a0dirigiste\u00a0\u00bb &#8211; faire confiance aux dirigeants d&rsquo;entreprise, \u00e0 la \u00ab\u00a0politique industrielle\u00a0\u00bb publique, qui b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un a priori favorable &#8211; \u00e0 cause de la croyance selon laquelle quelques individus bien choisis doivent, par nature, diriger &#8211; fonctionne beaucoup plus mal qu&rsquo;on ne le croit. C&rsquo;est un argument qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre fait. Quand je vois un Lordon expliquer qu&rsquo;il faut <a href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2007\/02\/LORDON\/14458?var_recherche=lordon\">lib\u00e9rer les patrons d&rsquo;entreprise de la tyrannie de la finance<\/a> je me dis que leur message est indispensable. Il y a vraiment des id\u00e9es re\u00e7ues tr\u00e8s enracin\u00e9es, y compris chez des gens intelligents par ailleurs, et taper fort est parfois indispensable. Mais c&rsquo;est clair : cette partie du livre exigerait une r\u00e9flexion sophistiqu\u00e9e sur la finance, ses atouts et ses limites, qui finalement arriverait \u00e0 la m\u00eame conclusion mais serait plus convaincante.<br \/>\nIls ont fait un autre choix : celui de traiter le th\u00e8me de fa\u00e7on grand public et probablement un peu rentre-dedans. Je ne sais pas si la tactique fonctionnera; mais peut-\u00eatre qu&rsquo;il faut d&rsquo;abord subir le \u00ab\u00a0choc\u00a0\u00bb avant de pouvoir avoir une vision nuanc\u00e9e. Donc m\u00eame si leur d\u00e9marche est limit\u00e9e, elle est peut-\u00eatre <span style=\"font-style: italic;\">in fine<\/span> p\u00e9dagogique. Bon, sinon, il y a quand m\u00eame des choses que tu a appr\u00e9ci\u00e9es dans cette premi\u00e8re partie du livre, non?<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">SM<\/span> : L\u00e0 o\u00f9 je souscris totalement \u00e0 l&rsquo;analyse de Landier et Thesmard, c&rsquo;est bien sur la question de la myopie suppos\u00e9e des march\u00e9s financiers (on peut d&rsquo;ailleurs lire des auteurs <a href=\"http:\/\/www.telos-eu.com\/2007\/03\/et_si_les_marches_financiers_n.php\">cet article de circonstance<\/a> sur Telos). Il n&rsquo;y a en effet qu&rsquo;\u00e0 observer le syst\u00e8me de financement de l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine pour en \u00eatre convaincu (\u00e0 ce sujet, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 un peu surpris qu&rsquo;Aglietta soit convoqu\u00e9 en t\u00e9moin \u00e0 charge du capitalisme patrimonial &#8211; je ne sais plus parfaitement sur quel point &#8211; lui qui dans ses <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=56\">deux petits livres<\/a> montre l&rsquo;efficacit\u00e9 du syst\u00e8me US). Oui, les march\u00e9s peuvent prendre des risques \u00e0 long terme. Et oui, il est \u00e9tonnant qu&rsquo;on vienne ensuite leur reprocher leurs \u00e9checs. Si l&rsquo;on suit <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=144\">Hal Varian<\/a> au sujet de la bulle des dot.com par exemple, alors on affirmera que m\u00eame si beaucoup de firmes ont \u00e9chou\u00e9 et bon nombre d&rsquo;investissements n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 rentables sur la p\u00e9riode, il est absolument faux de r\u00e9duire celle-ci \u00e0 un gaspillage de ressources net. Les innovations ont profit\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, la concurrence a fonctionn\u00e9 pour apporter aux consommateurs des produits, services et usages innovants dont nous b\u00e9n\u00e9ficierons sur le long terme. C&rsquo;est encore plus parlant que l&rsquo;exemple &#8211; non moins pertinent &#8211; des biotechs retenu dans le livre. Et ce n&rsquo;est pas une nouveaut\u00e9. Les march\u00e9s financiers savent g\u00e9rer des risques \u00e0 long terme. L\u00e0 o\u00f9 le propos des auteurs est, \u00e0 mon avis incomplet, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ne d\u00e9finissent pas le march\u00e9 comme autre chose que la bourse. Or, si on reprend encore le cas du syst\u00e8me financier am\u00e9ricain, on se rend compte qu&rsquo;il ne faut pas confondre \u00e9conomie financ\u00e9e par les march\u00e9s financiers et \u00e9conomie o\u00f9 les march\u00e9s financiers sont des catalyseurs de mode de financement vari\u00e9s. Que ce soit le capital-risque ou la banque, tous les yeux sont tourn\u00e9s vers les march\u00e9s fnanciers qui, in fine, par la valorisation des firmes, donnent le tempo. Tout cela, Thesmard et Landier le savent mieux que moi. Mais o\u00f9 l&rsquo;expliquent-ils ? Derni\u00e8re nuance, enfin, si les march\u00e9s sont capables de financer le long terme, est-ce que cela signifie qu&rsquo;ils le font tout le temps de fa\u00e7on optimale ?<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">AD<\/span> : Je ne suis pas certain que cette question de l&rsquo;optimalit\u00e9 soit si importante. Leur argument est toujours de dire que cela fonctionne, et mieux qu&rsquo;on a tendance \u00e0 le croire. Ce qui n&rsquo;exclut pas les nuances, la question des institutions et des pratiques nationales, etc (cette partie, apr\u00e8s tout, consiste \u00e0 d\u00e9fendre selon leurs termes le \u00ab\u00a0capitalisme financier\u00a0\u00bb ce qui est un terme g\u00e9n\u00e9ral). J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 aussi surpris des remarques sur Aglietta mais il est vrai qu&rsquo;il s&rsquo;est parfois fendu de choses sur le court-termisme du march\u00e9. Je pense aussi qu&rsquo;ils font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la finance de march\u00e9, pas uniquement au march\u00e9 boursier; c&rsquo;est sous-entendu (du moins je le vois comme tel).<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> Absolument. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il faut comprendre le livre. Disons que c&rsquo;est en me mettant \u00e0 la place du lecteur critique de la finance que je me suis fait la remarque.<\/p>\n<p><strong>AD :<\/strong> Enfin je crois que nous sommes d&rsquo;accord sur cette premi\u00e8re partie et ses limites. Je te propose de passer \u00e0 la suite, OK?<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">SM<\/span> : Je t&rsquo;\u00e9coute, je commande deux autres bi\u00e8res \u00e0 Jojo, \u00e7a te va?<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">AD<\/span> : Oui, oui, pour moi aussi, deux bi\u00e8res. La seconde partie du livre vise \u00e0 aller \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;une id\u00e9e re\u00e7ue : celle d&rsquo;une France irr\u00e9m\u00e9diablement r\u00e9fractaire au march\u00e9. La perspective se fait plus historique, pour montrer une france traditionnellement tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et dans laquelle la d\u00e9tention de titres est largement r\u00e9pandue jusqu&rsquo;\u00e0 la premi\u00e8re guerre mondiale. Les auteurs parlent de la d\u00e9tention d&rsquo;actions d&rsquo;entreprises, mais on pourrait y ajouter le r\u00f4le jou\u00e9 par la d\u00e9tention de dette publique et la classe des rentiers, telle que d\u00e9crite par<a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=161\"> James MacDonald<\/a> : le fait qu&rsquo;une fraction tr\u00e8s significative de la population (pratiquement la moiti\u00e9) d\u00e9tienne des titres joue alors un profond r\u00f4le de stabilisation de la soci\u00e9t\u00e9 et permet, \u00e0 une \u00e9poque par ailleurs tr\u00e8s troubl\u00e9e, de cr\u00e9er un \u00e9lecteur m\u00e9dian favorable \u00e0 la stabilit\u00e9 politique, donc au maintien de la d\u00e9mocratie.<br \/>\nIl me semble de ce point de vue que les auteurs auraient d\u00fb insister sur le probl\u00e8me pos\u00e9 par les dettes de guerre apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre mondiale comme premier facteur allant \u00e0 l&rsquo;encontre du r\u00f4le de la finance dans la soci\u00e9t\u00e9. Ils pr\u00e9sentent l&rsquo;abandon de la finance comme le fruit d&rsquo;un accident historique &#8211; la seconde guerre mondiale, la crise de 29, mais auraient pu insister sur le fait que le mouvement d&rsquo;hostilit\u00e9 au march\u00e9 est \u00e0 cette \u00e9poque g\u00e9n\u00e9ral, et que ce qui se passe en 1945 ne constitue pas une exception fran\u00e7aise ou un accident historique. Par contre ils ont enti\u00e8rement raison de montrer que le go\u00fbt pour l&rsquo;interventionnisme issu de la p\u00e9riode des \u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb est d\u00e9plac\u00e9. A ce titre on pourrait noter un \u00e9l\u00e9ment tr\u00e8s important : le plan Marshall exigeait des pays europ\u00e9ens, pour l&rsquo;obtenir, de rester des \u00e9conomies de march\u00e9. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du rideau de fer, les pays de l&rsquo;Est europ\u00e9en ont connu aussi la planification et un degr\u00e9 d&rsquo;interventionnisme largement sup\u00e9rieur \u00e0 celui qui pr\u00e9valait \u00e0 l&rsquo;ouest : cette seule exp\u00e9rience conduit \u00e0 douter de l&rsquo;id\u00e9e que c&rsquo;est l&rsquo;interventionnisme qui a fait la diff\u00e9rence pendant les trente glorieuses.<br \/>\nJ&rsquo;ai beaucoup aussi appr\u00e9ci\u00e9 la partie sur la p\u00e9riode de r\u00e9formes Beregovoy-Delors des ann\u00e9es 80. Je pense que c&rsquo;est l&rsquo;un des meilleurs morceaux du livre parce que c&rsquo;est une p\u00e9riode injustement oubli\u00e9e alors qu&rsquo;elle est fondamentale. Tout le monde dit que la France, et tout particuli\u00e8rement les socialistes, sont d&rsquo;incorrigibles conservateurs hostiles \u00e0 toute r\u00e9forme; pourtant, cette p\u00e9riode durant laquelle on a d\u00e9r\u00e9glement\u00e9 drastiquement les march\u00e9s financiers en France a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;exact contre-exemple. Tout le monde consid\u00e8re que les \u00ab\u00a0r\u00e9formes\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 faites par la droite entre 1986 et 1988, mais c&rsquo;est largement faux. Les privatisations avaient commenc\u00e9 avant 86.<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> La loi bancaire est effectivement de 1984. Or, elle marque bien le d\u00e9but du mouvement.<\/p>\n<p><strong>AD :<\/strong> Oui, et les privatisations de la droite consistaient \u00e0 cr\u00e9er des \u00ab\u00a0noyaux durs\u00a0\u00bb d&rsquo;actionnaires visant \u00e0 fabriquer une France forteresse inaccessible aux investisseurs \u00e9trangers; la suppression de l&rsquo;autorisation administrative de licenciement a donn\u00e9 lieu \u00e0 une judiciarisation tr\u00e8s malsaine de la question des licenciements, rendant les choses pires qu&rsquo;avant. Quant \u00e0 la suppression de l&rsquo;ISF, c&rsquo;\u00e9tait largement symbolique et sans grand int\u00e9r\u00eat.<br \/>\nAlors que les r\u00e9formes de la p\u00e9riode 83-86, qui ont ouvert le march\u00e9 des capitaux (et ouvert la voie, des ann\u00e9es plus tard, \u00e0 la destruction des noyaux durs) ont v\u00e9ritablement permis des \u00e9volutions consid\u00e9rables, une r\u00e9allocation plus efficace de la propri\u00e9t\u00e9 des entreprises (avec la constitution de grands groupes, comme Pinault ou Arnault, qui n&rsquo;aurait pas r\u00e9ussi sans ces changements).<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> Je partage ton \u00e9tonnement sur le c\u00f4t\u00e9 oubli\u00e9 de la lib\u00e9ralisation financi\u00e8re. L&rsquo;opinion en a seulement retenu les privatisations de 86-88. Dans les manuels, les autres r\u00e9formes \u00e9taient quasiment pr\u00e9sent\u00e9es comme de purs \u00e9l\u00e9ments techniques, alors que c&rsquo;\u00e9tait bien plus profond. En tout cas, je n&rsquo;ai pas le souvenir qu&rsquo;on m&rsquo;ait pr\u00e9sent\u00e9 les choses clairement.<\/p>\n<p><strong>AD :<\/strong> Les auteurs d\u00e9plorent que parce que ces r\u00e9formes ne soient pas all\u00e9es jusqu&rsquo;au bout, la finance est devenue impopulaire. Parce que le capital des entreprises est d\u00e9sormais largement hors de contr\u00f4le des fran\u00e7ais, ceux-ci seraient globalement hostiles \u00e0 la finance, il faudrait donc trouver le moyen &#8211; par exemple en cr\u00e9ant des fonds de pension &#8211; de redonner aux fran\u00e7ais la possibilit\u00e9 de contr\u00f4ler leurs entreprises.<br \/>\nCette id\u00e9e me semble \u00e0 la fois int\u00e9ressante et contestable. Int\u00e9ressante parce qu&rsquo;elle touche un point fondamental de l&rsquo;institution de la finance, un point auquel les fran\u00e7ais sont tr\u00e8s attach\u00e9s : le pouvoir. La question de la d\u00e9tention et de l&rsquo;exercice du pouvoir est tr\u00e8s importante en France, sans doute plus qu&rsquo;ailleurs, plus que la question d&rsquo;argent. A mon avis d&rsquo;ailleurs Thesmar et Landier n&rsquo;insistent pas assez sur ce point. Dans <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Saving-Capitalism-Capitalists-Unleashing-Opportunity\/dp\/0691121281\/ref=sr_1_1\/403-9884608-3398863?ie=UTF8&amp;s=english-books&amp;qid=1172874826&amp;sr=8-1\">Saving capitalism from the capitalists<\/a>, Zingales et Rajan montrent bien que la finance est un moyen de r\u00e9partir le pouvoir et les opportunit\u00e9s \u00e9conomiques que spontan\u00e9ment, les dirigeants d&rsquo;entreprise en place n&rsquo;aiment pas parce que cela menace les places qu&rsquo;ils ont acquises. En ce sens la finance est profond\u00e9ment d\u00e9mocratique, bien plus que le corporatisme.\u00a0 De ce point de vue permettre aux fran\u00e7ais de d\u00e9tenir ce pouvoir, de fa\u00e7on directe ou indirecte, est un objectif louable &#8211; c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs celui du programme de Beregovoy, comme le montrent les auteurs &#8211; visant \u00e0 mettre le march\u00e9 au service de la population et contre les pouvoirs en place.<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 B\u00e9r\u00e9govoy et \u00e0 son projet de gauche est int\u00e9ressante. Elle ne conviendra pas \u00e0 tout le monde. Politiquement, elle est port\u00e9e en France par une faction de la gauche qui se veut lib\u00e9rale. En philosophie, on retrouve cette id\u00e9e de lutte contre le monopole chez <a href=\"http:\/\/en.temps.reel.free.fr\/Cahier7.pdf\">Canto-Sperber<\/a>. En \u00e9conomie, les jeunes \u00e9conomistes de <a href=\"http:\/\/www.pse.ens.fr\/\">PSE<\/a>, dont on sait qu&rsquo;ils se revendiquent de gauche pour nombre d&rsquo;entre eux, d\u00e9noncent r\u00e9guli\u00e8rement les obstacles \u00e0 la concurrence. L&rsquo;id\u00e9e que le monopole n&rsquo;est pas une id\u00e9e de gauche est peu d\u00e9fendue. M\u00eame au niveau du ch\u00f4mage, les cons\u00e9quences du manque de concurrence sur le march\u00e9 des biens a du mal \u00e0 prendre. En m\u00eame temps, on sait d&rsquo;o\u00f9 cela vient. La firme qui dispose d&rsquo;un pouvoir de march\u00e9 poss\u00e8de une rente dont elle r\u00e9troc\u00e8de une part \u00e0 ses salari\u00e9s, les <em>insiders<\/em> de la th\u00e9orie. La cons\u00e9quence est un niveau d&#8217;emploi moindre sur le march\u00e9 du travail et des salaires plus \u00e9lev\u00e9s pour les <em>insiders<\/em>. Ainsi que des prix plus \u00e9lev\u00e9s sur le march\u00e9 des biens. Ce n&rsquo;est pas trop de gauche, <em>a priori<\/em> ! Et pourtant, comme on fonctionne largement en France sur l&rsquo;espoir individuel de devenir un insider, bon nombre de gens de gauche trouveront des explications invraisemblables pour justifier de maintenir syst\u00e9matiquement les situations de non-concurrence. La question des services publics parasite largement les d\u00e9bats sur ce point. Car, qui illustre mieux la position d&rsquo;insider vis-\u00e0-vis de l&#8217;emploi qu&rsquo;un fonctionnaire ? Les grandes entreprises ne sont pas en reste. Sur la question du commerce de d\u00e9tail, je lisais tout r\u00e9cemment, chez <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/fin-privil\u00e8ges-Payer-pour-r\u00e9former\/dp\/2012372686\/ref=sr_1_1\/171-0510048-5322665?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1173343657&amp;sr=8-1\">Delpla &amp; Wyplosz<\/a>, que les lois Royer + Raffarin + Galland, c&rsquo;\u00e9tait 1 milllion d&#8217;emplois perdus. Franchement, un tel ordre de grandeur m&rsquo;avait \u00e9chapp\u00e9 ! J&rsquo;aurais dit un tiers de ce chiffre&#8230;<br \/>\nAlors, oui, il y a probablement un juste retour des choses \u00e0 rendre \u00e0 Pierre B\u00e9r\u00e9govoy cette ambition avort\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>AD :<\/strong> Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que la solution qu&rsquo;ils proposent pour revenir \u00e0 cette ambition &#8211; des fonds de pension &#8211; me semble \u00e0 la fois irr\u00e9aliste et peu souhaitable. Qu&rsquo;il puisse \u00eatre souhaitable de revoir la fiscalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9pargne, tr\u00e8s favorable \u00e0 des placements g\u00e9r\u00e9s type assurance-vie, ou \u00e0 l&rsquo;immobilier, pour favoriser la d\u00e9tention de titres serait une bonne chose : mais se fonder l\u00e0-dessus pour les r\u00e9gimes de retraite pose une masse de probl\u00e8mes de transition, de ce que les gens n&rsquo;en veulent pas etc.<br \/>\nEt je me suis demand\u00e9 si l&rsquo;id\u00e9e de <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=37\">Philippe Mani\u00e8re<\/a> (ouais, ouais, je sais&#8230;) de se servir des march\u00e9s pour cr\u00e9er un syst\u00e8me d&rsquo;allocation universelle, sous forme d&rsquo;un fond abond\u00e9 par l&rsquo;Etat de fa\u00e7on progressive \u00e0 la naissance d&rsquo;une personne, et qui rapporte une rente viag\u00e8re \u00e0 la majorit\u00e9 du d\u00e9tenteur, identique pour tout le monde.<\/p>\n<p><strong>SM : <\/strong>Oula&#8230; Si tu commences \u00e0 me brancher fonds de pension \u00e0 cette heure-ci&#8230; On conna\u00eet effectivement tous les probl\u00e8mes li\u00e9s aux fonds de pension. Le premier, le plus connu, c&rsquo;est bel et bien qu&rsquo;ils ne solutionnent pas les probl\u00e8mes de retraite et pose des difficult\u00e9s techniques li\u00e9es \u00e0 la transition. Tu me diras, ce n&rsquo;est pas le propos des auteurs que de sauver les retraites. Mais m\u00eame dans leur logique de r\u00e9concilier les fran\u00e7ais avec la finance, je suis sceptique. Tant que les gens percevront les fonds de pension comme plus risqu\u00e9s que la r\u00e9partition &#8211; ce qui est le cas, je pense &#8211; ils n&rsquo;en voudront pas, tu as raison. Or, cet argument d\u00e9consid\u00e8re radicalement l&rsquo;analyse de Thesmard et Landier. Au fond, peut-\u00eatre bien, en effet, que la r\u00e9partition est vue comme un actif risqu\u00e9. Mais si les placements financiers ne sont pas per\u00e7us comme \u00e9quivalents au niveau du risque, pourquoi passer de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Mais je dois reconna\u00eetre que l&rsquo;argument est s\u00e9duisant. Apr\u00e8s tout, on peut quand m\u00eame supposer que peu de gens se posent la question en termes de risque relatif. Est-ce qu&rsquo;une hypoth\u00e8se viable n&rsquo;est pas que les gens dissocient purement et simplement les deux logiques, la capitalisation relevant de l&rsquo;investissement alors que la r\u00e9partition est dans une autre sph\u00e8re, incommensurable ? Autre point sur lequel ils ont amplement raison, la question de l&rsquo;\u00e9pargne salariale qui, pour le coup, me fait spontan\u00e9ment penser \u00e0 Enron, toutes proportions gard\u00e9es dans le cas de sa mise en oeuvre en France.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">AD<\/span> : C&rsquo;est pour cela que le livre a le grand int\u00e9r\u00eat de sortir de cette probl\u00e9matique du gain et du risque pour entrer dans la logique de la redistribution du pouvoir. L\u00e0 aussi c&rsquo;est un \u00e9l\u00e9ment important du d\u00e9bat sur la finance : l&rsquo;\u00e9pargne salariale, c&rsquo;est une fa\u00e7on de soumettre un peu plus le salari\u00e9 \u00e0 la logique de son entreprise, c&rsquo;est une forme de corporatisme. La vraie \u00e9mancipation passe par la logique financi\u00e8re qui permet \u00e0 l&rsquo;individu de voter avec ses pieds sur un march\u00e9 moins r\u00e9glement\u00e9 que celui du travail. Et je ne partage pas ton avis selon lequel \u00ab\u00a0la capitalisation c&rsquo;est moins risqu\u00e9 que la r\u00e9partition\u00a0\u00bb. Si l&rsquo;Etat a des difficult\u00e9s financi\u00e8res, quelles seront les cr\u00e9ances sur lesquelles il sera amen\u00e9 \u00e0 faire d\u00e9faut? Va-t-il annoncer qu&rsquo;il ne rembourse pas les OAT, ou va-t-il lancer une r\u00e9forme des retraites?<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: bold;\">\u00a0SM<\/span> : L&rsquo;autre point qu&rsquo;il n&rsquo;est pas idiot d&rsquo;aborder, c&rsquo;est le manque de culture \u00e9conomique et financi\u00e8re. S&rsquo;approprier un syst\u00e8me comme celui de la capitalisation n\u00e9cessite un minimum de compr\u00e9hension. Or, comme le signale Bernard Salani\u00e9, dans <a href=\"http:\/\/bsalanie.blogs.com\/economie_sans_tabou\/2007\/03\/financial_liter.html\">un billet r\u00e9cent <\/a>, c&rsquo;est pas forc\u00e9ment du tout cuit&#8230; Ah, tiens, \u00e7a me fait penser&#8230; Jojo, t&rsquo;as revendu tes eurotunnels finalement ? Et attend un peu pour acheter de l&rsquo;OL&#8230; Nan, \u00e9coute pas Alexandre&#8230;<\/p>\n<p><strong> AD :<\/strong> J&rsquo;allais lui conseiller d&rsquo;acheter de l&rsquo;action Pernod-Ricard! d&rsquo;ailleurs \u00e7a me fait penser&#8230; On cause, on cause, mais l&rsquo;heure de l&rsquo;ap\u00e9ro se rapproche !<\/p>\n<p><strong>SM :<\/strong> Jojo, avant d&rsquo;appeler ta banque, tu passes \u00e0 l&rsquo;\u00e9tape suivante ? Deux jaunes !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>(Ou pourquoi Jojo peut devenir actionnaire de Pernod Ricard sans verser dans l&rsquo;actionnariat salari\u00e9.) Nous avons lu Le grand m\u00e9chant march\u00e9 d&rsquo;Augustin Landier et David Thesmard. Et voil\u00e0 ce qu&rsquo;on en a dit, accroch\u00e9s au comptoir de Jojo comme un retrait\u00e9 californien est cal\u00e9 au fond de son canap\u00e9 de <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/comment-qu-on-a-lu-le-livre-de-landier-et-thesmard-ou-pourquoi-jojo-peut-devenir-actionnaire-de-pernod-ricard-sans-verser-dans-l-actionnariat-salarie\/\" title=\"Comment qu&rsquo;on a lu le livre de Landier et Thesmard\">(Lire la suite&#8230;)<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":5,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-6678","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-debatblabla"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6678","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6678"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6678\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19380,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6678\/revisions\/19380"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6678"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6678"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6678"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}