{"id":6568,"date":"2007-01-10T22:05:53","date_gmt":"2007-01-10T22:05:53","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=568"},"modified":"2007-01-10T22:05:53","modified_gmt":"2007-01-10T22:05:53","slug":"fisking-jacques-sapir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/fisking-jacques-sapir\/","title":{"rendered":"Fisking Jacques Sapir"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"\/econoclaste\/wp-content\/uploads\/2004\/01\/ane.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/rebonds\/227612.FR.php\" hreflang=\"fr\">Jacques Sapir critique<\/a> aujourd&rsquo;hui la chronique <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/rebonds\/chroniques\/economiques\/227155.FR.php\" hreflang=\"fr\">\u00ab\u00a0Economiques\u00a0\u00bb de Philippe Martin de lundi dernier<\/a>, concernant le protectionnisme. Que l&rsquo;article de P. Martin ait \u00e9t\u00e9 un peu rapide, c&rsquo;est la loi du genre; mais on n&rsquo;y rel\u00e8ve rien de particuli\u00e8rement incorrect ou contestable. Sapir y voit de mauvais arguments; mais d\u00e9ploie pour se justifier une batterie d&rsquo;\u00e9normit\u00e9s tellement grossi\u00e8re que l&rsquo;on en reste pantois.<\/p>\n<p><em> (&#8230;) Une partie du malaise tient \u00e0 la forme m\u00eame de l&rsquo;argumentation. Martin r\u00e9cuse les arguments d&rsquo;Emmanuel Todd et de Hakim el-Karoui au nom de la science \u00e9conomique, tout en reconnaissant que les travaux actuels interdisent tout jugement normatif en faveur du libre-\u00e9change. Quand une discipline voit ainsi se d\u00e9liter une partie de son argumentaire, elle gagnerait sans doute \u00e0 \u00e9couter des auteurs venant d&rsquo;autres disciplines tout aussi l\u00e9gitimes comme la d\u00e9mographie (Todd) ou la g\u00e9ographie (El-Karoui).<\/em><\/p>\n<p>Cela commence fort, tr\u00e8s fort. ce que Martin explique, c&rsquo;est que l&rsquo;une des critiques r\u00e9currentes du libre-\u00e9change, c&rsquo;est que sa d\u00e9fense ne repose que sur un mod\u00e8le vieux de deux si\u00e8cles, l&rsquo;avantage comparatif Ricardien; Or, comme le montre Martin, la conception des \u00e9conomistes est aujourd&rsquo;hui infiniment plus riche sur le sujet, incluant des arguments favorables et oppos\u00e9s au libre-\u00e9change; cela signifie que si les \u00e9conomistes continuent de d\u00e9fendre celui-ci aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est sur la base d&rsquo;analyses plus solides que le seul argument Ricardien.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse de Sapir est la suivante&nbsp;: parce que les \u00e9conomistes disposent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;outils plus pr\u00e9cis en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9conomie internationale, qui leur permettent une connaissance plus riche et approfondie des \u00e9changes, ils doivent imp\u00e9rieusement faire appel \u00e0 des gens notoirement ignorants sur le sujet, comme un d\u00e9mographe qui se glorifie de ne rien conna\u00eetre \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie, (qui n&rsquo;est selon lui qu&rsquo;une \u00ab\u00a0illusion\u00a0\u00bb), ou un conseiller de premier ministre qui commet des contresens sur la notion basique d&rsquo;avantage comparatif.<\/p>\n<p>C&rsquo;est moi, ou cet argument est compl\u00e8tement cr\u00e9tin?<\/p>\n<p><em>Mais le malaise provient aussi du fond de l&rsquo;argumentation. On trouve dans le texte de Martin une v\u00e9rit\u00e9 et beaucoup de faux-semblants. La v\u00e9rit\u00e9, que nul ne conteste, est que tous les probl\u00e8mes de l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise ne sont pas r\u00e9ductibles aux seuls effets du libre-\u00e9change. Cependant, une fois que l&rsquo;on a dit cela, on n&rsquo;a nullement montr\u00e9 que le libre-\u00e9change n&rsquo;\u00e9tait pas un de ces probl\u00e8mes.<\/em><\/p>\n<p>Effectivement&nbsp;: P. Martin consacre un article \u00e0 expliquer que ceux qui pr\u00e9tendent que le principal probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise est la concurrence des pays \u00e0 bas salaires ont tort. Donc forc\u00e9ment, la place dans une chronique \u00e9tant limit\u00e9e, il ne peut pas d\u00e9ployer tout l&rsquo;argumentaire favorable au libre-\u00e9change. Lui reprocher de ne pas parler de ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas son sujet, quelle honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle.<\/p>\n<p><em>Les faux-semblants viennent ensuite. Martin pr\u00e9tend que l&rsquo;\u00e9conomie internationale a r\u00e9alis\u00e9 sa grande mutation avec l&rsquo;irruption de nouveaux paradigmes. Ces travaux existent, mais force est de contester qu&rsquo;ils sont absents des outils dont on se sert pour \u00abjustifier\u00bb les bienfaits du libre-\u00e9change. Les mod\u00e8les LINKAGE (Banque mondiale) et GTAP utilis\u00e9s pour \u00e9valuer ces effets sont ce que l&rsquo;on appelle des mod\u00e8les d&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral calculable. Ils ont donc recours aux hypoth\u00e8ses les plus anciennes et les plus invalid\u00e9es de la th\u00e9orie \u00e9conomique, si on en croit justement les travaux r\u00e9cents. Leurs r\u00e9sultats sont plus que sujets \u00e0 caution.<\/em> <em>Qu&rsquo;on en juge&nbsp;: En 2003, LINKAGE annon\u00e7ait que les gains du libre-\u00e9change s&rsquo;\u00e9tabliraient \u00e0 832 milliards de dollars pour l&rsquo;ensemble du monde et 539 milliards pour les pays en voie de d\u00e9veloppement. En 2005, l&rsquo;estimation \u00e9tait ramen\u00e9e \u00e0 respectivement 287 et 90 milliards de dollars. Le mod\u00e8le GTAP, dont les hypoth\u00e8ses sont nettement plus r\u00e9alistes, est quant \u00e0 lui pass\u00e9 d&rsquo;une estimation des gains totaux de 254 \u00e0 84 milliards de dollars, et en ce qui concerne les pays en voie de d\u00e9veloppement de 108 \u00e0 22 milliards. Un autre mod\u00e8le estimait, suite \u00e0 une nouvelle r\u00e9vision, que l&rsquo;application du \u00abcycle de Doha\u00bb se solderait par une perte nette pour les pays en voie de d\u00e9veloppement dans le domaine agricole.<\/em><\/p>\n<p>Ce point est exact&nbsp;: les mod\u00e8les de simulation de l&rsquo;effet de l&rsquo;ouverture, qui sont des mod\u00e8les de pr\u00e9vision, sont des simplifications importantes et ne sauraient donner autre chose que des ordres de grandeur. Pour sch\u00e9matiser, ces mod\u00e8les consid\u00e8rent des \u00e9conomies nationales en situation d&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral, et \u00e9tudient l&rsquo;impact des r\u00e9allocations de ressources (main d&rsquo;oeuvre, capital) cons\u00e9cutives \u00e0 l&rsquo;ouverture (la \u00ab\u00a0fermeture\u00a0\u00bb \u00e9tant limit\u00e9e dans les mod\u00e8les \u00e0 des droits de douane ou des quotas, ne prenant donc pas en compte l&rsquo;essentiel des barri\u00e8res \u00e0 l&rsquo;\u00e9change actuelles, qui sont non tarifaires) sur le PIB. L&rsquo;exercice est limit\u00e9, mais fournit des ordres de grandeur permettant des comparaisons. Ces mod\u00e8les ont des d\u00e9fauts, mais mieux vaut une mauvaise \u00e9valuation que pas d&rsquo;\u00e9valuation du tout; ou pire, une \u00e9valuation fond\u00e9e sur n&rsquo;importe quoi, dont Sapir va nous gratifier dans les lignes qui suivent.<\/p>\n<p>Surtout, un point fondamental&nbsp;: ces mod\u00e8les <strong>sous-estiment<\/strong> l&rsquo;ampleur des gains \u00e0 l&rsquo;\u00e9change. Une bonne partie des avanc\u00e9es r\u00e9centes en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9conomie internationale a \u00e9t\u00e9 de lier commerce et croissance, d&rsquo;expliquer que l&rsquo;essentiel des gains de l&rsquo;ouverture aux \u00e9changes sont des gains dynamiques (en plus des gains statiques issus de la sp\u00e9cialisation et des avantages comparatifs); le commerce est un \u00e9l\u00e9ment extr\u00eamement important de transmission et d&rsquo;adoption du progr\u00e8s technique, lui-m\u00eame facteur de croissance. La comptabilisation de tels effets dynamiques est bien entendu tr\u00e8s difficile, puisqu&rsquo;il est impossible de pr\u00e9voir \u00e0 l&rsquo;avance comment la productivit\u00e9 va augmenter sous l&rsquo;effet du progr\u00e8s technique. Mais cela signifie que ce que montre l&rsquo;analyse \u00e9conomique moderne, c&rsquo;est que les gains de l&rsquo;\u00e9change sont plus grands que ce que les mod\u00e8les traditionnels, d&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral calculable, d\u00e9terminent.<\/p>\n<p>Il est par ailleurs parfaitement malhonn\u00eate d&rsquo;expliquer que ces mod\u00e8les servent de base \u00e0 l&rsquo;argumentation favorable au libre-\u00e9change alors m\u00eame que Martin expliquait exactement l&rsquo;inverse&nbsp;: aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;argumentation \u00e9conomique hostile au protectionnisme est avant tout pragmatique et peu fond\u00e9e sur des mod\u00e8les th\u00e9oriques, pour reprendre ses propres termes.  <a href=\"http:\/\/bss.sfsu.edu\/jmoss\/resources\/Is%20Free%20Trade%20Passe.pdf\" hreflang=\"fr\">Krugman l&rsquo;avait d&rsquo;ailleurs bien expliqu\u00e9 il y a 20 ans<\/a>.<\/p>\n<p><em>Il y a beaucoup plus grave&nbsp;: les partisans du libre-\u00e9change nous pr\u00e9sentent des r\u00e9sultats qui omettent les \u00abco\u00fbts\u00bb de la lib\u00e9ralisation. En ce qui concerne les pays en voie de d\u00e9veloppement, on sait que l&rsquo;application des nouveaux accords co\u00fbtera 4,4 milliards de d\u00e9penses administratives suppl\u00e9mentaires et fera dispara\u00eetre pour 60 milliards de revenus fiscaux (donn\u00e9es de la CNUCED). On objectera que des revenus fiscaux sont un pr\u00e9l\u00e8vement et non une cr\u00e9ation de valeur. Ce \u00e0 quoi on peut r\u00e9pondre que ce pr\u00e9l\u00e8vement est d\u00e9pens\u00e9, et en g\u00e9n\u00e9ral dans des activit\u00e9s fortement cr\u00e9atrices de valeur (\u00e9ducation, recherche, sant\u00e9).<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir dit que les \u00e9valuations chiffr\u00e9es sont sujettes \u00e0 caution, Sapir encha\u00eene&#8230; Sur une \u00e9valuation chiffr\u00e9e. Coh\u00e9rence, quand tu nous tient. Quand les mauvais arguments vont dans notre sens, il est bon de les gober tout crus.<\/p>\n<p><em>Dans le cas de la France, une estimation du co\u00fbt de la lib\u00e9ralisation est aussi possible. Il faut ici ajouter que le probl\u00e8me ne vient pas seulement des pays \u00e0 bas salaires, mais de pays dont la productivit\u00e9 est aujourd&rsquo;hui proche de la n\u00f4tre mais qui jouent la carte de la pr\u00e9dation par un \u00abmoins disant moins co\u00fbtant\u00bb social et \u00e9cologique. Dans ce cadre, on peut inclure dans les co\u00fbts support\u00e9s par l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise les 25 milliards d&rsquo;euros de subventions aux bas salaires (32,5 milliards de dollars) ainsi que les co\u00fbts issus du d\u00e9veloppement des maladies induites par le stress, suite \u00e0 l&rsquo;accroissement de la concurrence et de la pr\u00e9carisation des emplois. Ce co\u00fbt est estim\u00e9 en France entre 24 et 76 milliards d&rsquo;euros. En admettant \u00ad par prudence \u00ad que les effets de la lib\u00e9ralisation n&rsquo;expliquent qu&rsquo;un tiers de ces co\u00fbts, nous serions entre 32 et 50 milliards d&rsquo;euros de co\u00fbts annuels.<\/em><\/p>\n<p>Et l\u00e0, il faut faire une pause et applaudir. Oui, le mod\u00e8le LINKAGE, c&rsquo;est vrai, c&rsquo;est pas terrible. Surtout quand on a beaucoup mieux&nbsp;: <strong>le doigt mouill\u00e9!<\/strong> En vertu de quoi Sapir d\u00e9cide-t-il que la baisse de charges sur les bas salaires est une politique de compensation du \u00ab\u00a0moins disant\u00a0\u00bb social et \u00e9cologique de pays \u00e9trangers? Un peu sottement, je m&rsquo;imaginais que le probl\u00e8me des bas salaires \u00e9tait un co\u00fbt du travail sup\u00e9rieur \u00e0 sa productivit\u00e9&nbsp;: bien peu d&#8217;employeurs (sauf peut-\u00eatre l&rsquo;EHESS, qui sait?) acceptent d&#8217;embaucher une personne qui rapporte moins qu&rsquo;elle ne co\u00fbte. Dans ce cas, r\u00e9duire le co\u00fbt des bas salaires est une fa\u00e7on de corriger ce probl\u00e8me. On atteint le d\u00e9lire le plus complet avec l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un tiers (pourquoi diable un tiers???) des maladies induites par le stress suite \u00e0 l&rsquo;accroissement de la concurrence et de la pr\u00e9carisation des emplois est li\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes? Ces maladies et l&#8217;emploi pr\u00e9caire se rencontrent le plus souvent dans des services (distribution, manutention, transport&#8230;) non soumis \u00e0 la concurrence internationale. On est l\u00e0 dans le n&rsquo;importe quoi le plus grotesque.<\/p>\n<p><em>Mais, cette \u00e9valuation n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9tape. Si ces sommes ne devaient pas \u00eatre d\u00e9pens\u00e9es pour compenser les effets de la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes, elles pourraient \u00eatre investies ailleurs, par exemple dans la recherche afin d&rsquo;accro\u00eetre la comp\u00e9titivit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise. La comparaison est ici accablante&nbsp;: le gouvernement engage aujourd&rsquo;hui 2 milliards d&rsquo;euros dans les p\u00f4les de comp\u00e9titivit\u00e9&#8230;<\/em><\/p>\n<p>Et avec quel succ\u00e8s&#8230;<\/p>\n<p><em>Ainsi, on consid\u00e9rerait avec plus de s\u00e9rieux le discours en faveur du libre-\u00e9change si les \u00e9conomistes qui le tiennent avaient l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 de le fonder sur des mod\u00e8les autres que ceux qu&rsquo;ils utilisent \u00ad et dont le biais implicite en faveur du libre-\u00e9change est flagrant \u00ad et s&rsquo;ils incluaient l&rsquo;ensemble des co\u00fbts (co\u00fbts directs et co\u00fbts d&rsquo;opportunit\u00e9) dans leurs calculs. Cela est parfaitement faisable&nbsp;: une premi\u00e8re estimation partielle sur l&rsquo;\u00e9conomie fran\u00e7aise, faite avec un mod\u00e8le dit \u00abde croissance endog\u00e8ne\u00bb sugg\u00e8re un co\u00fbt d&rsquo;opportunit\u00e9 compris entre 1,5 % et 2,5 % du PIB annuel par ann\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p>Cette \u00ab\u00a0estimation\u00a0\u00bb qui doit valoir son pesant de cacahu\u00e8tes, si l&rsquo;on en croit le calcul pr\u00e9c\u00e9dent, il serait int\u00e9ressant (enfin, au second degr\u00e9&#8230;) de pouvoir la consulter. Elle implique donc que si la France quittait l&rsquo;UE pour adopter une politique commerciale protectionniste (laquelle?) elle aurait une croissance sup\u00e9rieure de 1.5% \u00e0 2.5% par an. Alors moi je veux bien que les mod\u00e8les d&rsquo;EG calculables soient contestables. Mais si c&rsquo;est pour les remplacer par ce genre de foutaises&#8230; il n&rsquo;est pas la peine d&rsquo;encourager la d\u00e9forestation pour pondre des \u00e2neries pareilles dans un journal.<\/p>\n<p><em>La logique du libre-\u00e9change est celle de la concurrence \u00e9tablie comme paradigme central, justement ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cus\u00e9 par les travaux de Stiglitz et Akerlof. Qu&rsquo;ils n&rsquo;en tirent pas toutes les cons\u00e9quences politiques est leur probl\u00e8me. Les \u00e9conomistes savent, depuis les travaux de Mordecai Ezekiel (1922 et 1937), que si l&rsquo;ajustement de l&rsquo;offre et de la demande n&rsquo;est pas synchrone, alors la concurrence induit des d\u00e9s\u00e9quilibres croissants.<\/em><\/p>\n<p>Il arrive \u00e0 Stiglitz de s&rsquo;\u00e9loigner de la position dominante des \u00e9conomistes sur certains sujets; Akerlof est quant \u00e0 lui tellement h\u00e9t\u00e9rodoxe qu&rsquo;il est le pr\u00e9sident de l&rsquo;American Economic Association; il est vrai qu&rsquo;il y tient parfois des <a href=\"http:\/\/www.aeaweb.org\/annual_mtg_papers\/2007\/0106_1640_0101.pdf\" hreflang=\"fr\">propos dangereusement subversifs<\/a>. Mais chacun des deux serait fort surpris d&rsquo;apprendre qu&rsquo;ils ont r\u00e9cus\u00e9 la logique du libre-\u00e9change, fond\u00e9e sur la concurrence comme paradigme central (une phrase qui ne veut rien dire d&rsquo;ailleurs). Quant \u00e0 M. Ezekiel, il a peut-\u00eatre d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;ajustement de l&rsquo;offre et de la demande peut provoquer des d\u00e9s\u00e9quilibres; cela vaut mieux que de s&rsquo;extasier devant la grande qualit\u00e9 du fonctionnement des <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/L%C3%A9conomie-mobilisee-Sapir-J\/dp\/2707119091\/sr=8-1\/qid=1168462743\/ref=sr_1_1\/171-8307111-7902659?ie=UTF8&amp;s=books\" hreflang=\"fr\">\u00e9conomies de type sovi\u00e9tique<\/a> en 1990. On se demande bien comment Sapir a fait pour acheter un stylo pour pondre ses inepties si le march\u00e9 fonctionne si mal depuis les ann\u00e9es 20-30.<\/p>\n<p><em>Rejeter l&rsquo;option protectionniste au nom du \u00absavoir \u00e9conomique\u00bb t\u00e9moigne soit de l&rsquo;ignorance, soit de la volont\u00e9 de tenir un propos avant tout id\u00e9ologique. Si les partisans du libre-\u00e9change veulent convaincre de leur bonne foi, ils doivent d&rsquo;urgence changer de m\u00e9thodes et se livrer honn\u00eatement \u00e0 la prise en compte de tous les co\u00fbts, de la lib\u00e9ralisation. L&rsquo;article de Philippe Martin, comme ceux qui dans d&rsquo;autres journaux l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 montre que nous en sommes h\u00e9las encore loin.<\/em><\/p>\n<p>Pitoyable Jacques Sapir. Il pourrait essayer de faire une vraie d\u00e9monstration, par exemple en attaquant des <a href=\"http:\/\/www.cfr.org\/publication\/12337\/technology_not_globalization_driving_wages_down.html?breadcrumb=%2Fissue%2F4%2Fbusiness_foreign_policy\" hreflang=\"fr\">arguments un peu plus d\u00e9velopp\u00e9s<\/a>; mais tout ce qu&rsquo;il peut se mettre sous la dent, c&rsquo;est un \u00e9ditorial mineur de P. Martin auquel il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre \u00e0 reprocher que de manquer de place pour d\u00e9velopper son argumentation. Il lui reproche d&rsquo;\u00eatre un id\u00e9ologue, alors que Martin expose des arguments volontairement pragmatiques et peu th\u00e9oriques; Sapir l&rsquo;attaque sur des donn\u00e9es que Martin n&rsquo;utilisait pas, et pour cela se livre \u00e0 des \u00ab\u00a0calculs\u00a0\u00bb tellement navrants qu&rsquo;ils ne m\u00e9riteraient m\u00eame pas qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate et utilise des sophismes tellement \u00e9normes qu&rsquo;on se demande s&rsquo;il les prend lui-m\u00eame au s\u00e9rieux (c&rsquo;est sans doute le cas).<\/p>\n<p>Mais nous sommes dans un temps ou ce genre de pantalonnade ne fait plus rire. La tendance protectionniste actuelle ne se limite pas \u00e0 la France; on la rencontre aussi de fa\u00e7on virulente aux USA. Si l&rsquo;on n&rsquo;y prend pas garde, elle pourrait au minimum renforcer l&rsquo;impact de la prochaine r\u00e9cession, en d\u00e9clenchant des batailles commerciales; surtout, et c&rsquo;est infiniment plus grave, elle sape la source m\u00eame de la prosp\u00e9rit\u00e9 et de la coop\u00e9ration internationale depuis 1945, qui est l&rsquo;ouverture des \u00e9conomies et l&rsquo;essor des mouvements de capitaux, peut-\u00eatre de fa\u00e7on irr\u00e9versible. Dans ces conditions, l&rsquo;ignorance et l&rsquo;id\u00e9ologie des promoteurs du protectionnisme cesse d&rsquo;\u00eatre une pittoresque bouffonnerie pour devenir dangereusement nocive.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Jacques Sapir critique aujourd&rsquo;hui la chronique \u00ab\u00a0Economiques\u00a0\u00bb de Philippe Martin de lundi dernier, concernant le protectionnisme. Que l&rsquo;article de P. 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