{"id":6555,"date":"2006-12-13T23:51:39","date_gmt":"2006-12-13T23:51:39","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=555"},"modified":"2006-12-13T23:51:39","modified_gmt":"2006-12-13T23:51:39","slug":"la-question-de-la-croissance-en-europe-seconde-partie-la-productivite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/la-question-de-la-croissance-en-europe-seconde-partie-la-productivite\/","title":{"rendered":"La question de la croissance en Europe : Seconde partie, la productivit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"\/econoclaste\/wp-content\/uploads\/2006\/09\/productivit\u00e9.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Voici le second volet de l&rsquo;analyse du ralentissement de la croissance en Europe. Rappelons, pour r\u00e9sumer, que la croissance r\u00e9sulte de trois facteurs&nbsp;: la quantit\u00e9 de travail, l&rsquo;accumulation de capital, et la croissance de la productivit\u00e9. La <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2006\/12\/04\/682-la-question-de-la-croissance-en-europe-premiere-partie-le-temps-de-travail\" hreflang=\"fr\">premi\u00e8re partie de l&rsquo;analyse<\/a> \u00e9tait consacr\u00e9e au travail. On y avait constat\u00e9 qu&rsquo;une partie significative de l&rsquo;\u00e9cart de croissance et de PIB entre USA et Europe r\u00e9sulte de la diff\u00e9rence de quantit\u00e9 de travail entre les deux zones, et pr\u00e9sent\u00e9 diverses explications des causes et des cons\u00e9quences de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Reste ensuite la question de l&rsquo;investissement, qui peut \u00eatre vite r\u00e9gl\u00e9e&nbsp;: il n&rsquo;y a pas de retard particulier en mati\u00e8re d&rsquo;investissement en Europe par rapport aux USA. Au contraire, les taux d&rsquo;investissement europ\u00e9ens ont \u00e9t\u00e9 sup\u00e9rieurs aux taux am\u00e9ricains depuis la seconde guerre mondiale (ce qui s&rsquo;explique ais\u00e9ment par la n\u00e9cessit\u00e9 de reconstruction d&rsquo;apr\u00e8s-guerre). A partir des ann\u00e9es 90, les USA ont rattrap\u00e9 leur retard pour atteindre des taux d&rsquo;investissement voisins de ceux de l&rsquo;Europe; en tous les cas, il n&rsquo;y a  dans ce domaine aucune trace d&rsquo;un probl\u00e8me europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Il ne reste donc plus que la question de la productivit\u00e9, ce que les \u00e9conomistes appellent <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Total_factor_productivity\" hreflang=\"fr\">productivit\u00e9 totale des facteurs<\/a> et qui correspond aux am\u00e9liorations techniques ou institutionnelles qui rendent le capital et le travail d&rsquo;un pays plus productifs. Rappelons que sur le long terme, c&rsquo;est cette productivit\u00e9 totale des facteurs qui d\u00e9termine l&rsquo;essentiel (environ 80% d&rsquo;apr\u00e8s Solow) de la croissance \u00e9conomique d&rsquo;un pays. Qu&rsquo;en est-il, de ce point de vue, de la croissance europ\u00e9enne?<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.bruegel.org\/Files\/media\/PDF\/Publications\/Policy%20Briefs\/PB8_Final_to_Printer_Thurs.pdf\" hreflang=\"fr\">Ce document de P. Aghion d\u00e9crit la fa\u00e7on standard de consid\u00e9rer l&rsquo;\u00e9volution de la productivit\u00e9 europ\u00e9enne depuis 1945<\/a>. En 1945, l&rsquo;Europe est d\u00e9truite; Par ailleurs, l&rsquo;Europe est en retard technologiquement sur les USA. La croissance passe donc par le rattrapage; sont mises en places des institutions visant \u00e0 permettre celui-ci. Concurrence mod\u00e9r\u00e9e, grandes entreprises, march\u00e9s du travail tr\u00e8s r\u00e9glement\u00e9s, accent mis sur la formation primaire visent \u00e0 favoriser la reproduction des comp\u00e9tences, l&rsquo;investissement dans des secteurs bien identifi\u00e9s, atteignent cet objectif&nbsp;: jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 90, la croissance du PIB par habitant est plus rapide en Europe qu&rsquo;aux USA, traduisant la convergence des \u00e9conomies europ\u00e9ennes vers la fronti\u00e8re technologique.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les USA vont au bout de ce que cet ensemble de techniques d&rsquo;apr\u00e8s-guerre permettait d&rsquo;atteindre et touchent la limite durant les ann\u00e9es 70; \u00e0 partir de celles-ci, la croissance de la productivit\u00e9 ralentit brutalement aux USA. Elle ne repart qu&rsquo;au milieu des ann\u00e9es 90 et est depuis forte \u00e0 nouveau. L&rsquo;Europe a pour sa part atteint cette limite vers la fin des ann\u00e9es 80; depuis, la productivit\u00e9 y cro\u00eet moins vite; en cumulant ce ph\u00e9nom\u00e8ne avec la croissance am\u00e9ricaine, il en r\u00e9sulte depuis  une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es un d\u00e9clin relatif de l&rsquo;Europe par rapport aux USA. Celui-ci pour \u00eatre combl\u00e9 n\u00e9cessite un ensemble de changements en Europe, pour passer d&rsquo;un syst\u00e8me institutionnel et productif adapt\u00e9 au contexte de la reconstruction et du rattrapage \u00e0 un syst\u00e8me fond\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9conomie de la connaissance. Ces changements <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2006\/10\/19\/647-un-modele-economique-et-social-europeen-viable\" hreflang=\"fr\">ne sont pas incompatibles<\/a> avec le \u00ab\u00a0mod\u00e8le social\u00a0\u00bb europ\u00e9en.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc la th\u00e8se standard. Cependant, lorsqu&rsquo;on cherche \u00e0 la v\u00e9rifier dans les faits, tout devient plus confus. Il y a effectivement un \u00e9cart de croissance et de PIB par habitant entre USA et Europe; mais lorsqu&rsquo;on enl\u00e8ve de celui-ci l&rsquo;effet du moindre travail en Europe, l&rsquo;\u00e9cart mesur\u00e9 devient tellement faible qu&rsquo;on peut \u00eatre fond\u00e9 \u00e0 se demander s&rsquo;il y a vraiment un retard de croissance de productivit\u00e9 totale des facteurs en Europe. Un exemple permettra de le comprendre. Une fraction significative de la croissance am\u00e9ricaine des 10 derni\u00e8res ann\u00e9es (<a href=\"http:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/rogoff15\/French\" hreflang=\"fr\">pr\u00e8s des trois quarts<\/a>) s&rsquo;explique par un seul ph\u00e9nom\u00e8ne&nbsp;: le d\u00e9veloppement du secteur de la distribution, l&rsquo;essor des hypermarch\u00e9s, <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=EGzHBtoVvpc&amp;eurl=\" hreflang=\"fr\">tout particuli\u00e8rement Wal Mart<\/a>. Or le <a href=\"http:\/\/www.economicprincipals.com\/issues\/06.12.03.html\" hreflang=\"fr\">mod\u00e8le Wal Mart<\/a>, s&rsquo;il constitue un \u00e9norme succ\u00e8s dans son pays d&rsquo;origine, peine \u00e0 s&rsquo;exporter (Carrefour r\u00e9ussit mieux que Wal Mart hors de ses fronti\u00e8res), tout particuli\u00e8rement en Europe. On peut expliquer ces difficult\u00e9s de trois fa\u00e7ons diff\u00e9rentes&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;existence de barri\u00e8res \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e r\u00e9glementaires emp\u00eachant l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un concurrent dans le secteur de la distribution en Europe. Restrictions \u00e0 la construction de nouveaux hypermarch\u00e9s, barri\u00e8res aux investissements, etc. En France, on ne manque pas d&rsquo;exemples de tels obstacles avec les lois Royer, ou Galland-Raffarin. A ces restrictions s&rsquo;ajoutent des barri\u00e8res aux importations plus importantes.<\/p>\n<p>&#8211; Des obstacles physiques ou naturels \u00e0 l&rsquo;implantation de nouveaux hypermarch\u00e9s. la g\u00e9ographie urbaine europ\u00e9enne est diff\u00e9rente de celle des USA, la plus forte densit\u00e9 de population fait que les meilleurs emplacements d&rsquo;hypermarch\u00e9s en p\u00e9riph\u00e9rie des villes sont d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9s. Ce genre de sp\u00e9cificit\u00e9s techniques emp\u00eache la diffusion du syst\u00e8me Wal Mart en Europe.<\/p>\n<p>&#8211; Enfin, cela peut s&rsquo;expliquer par le fait que le secteur de la grande distribution, en Europe, n&rsquo;a pas \u00e0 rougir de sa performance vis \u00e0 vis de Wal Mart. Le \u00ab\u00a0hard discount\u00a0\u00bb s&rsquo;y est vite r\u00e9pandu; les cha\u00eenes logistiques efficaces, le marketing agressif, les capacit\u00e9s \u00e0 exercer une pression sur les prix aupr\u00e8s des producteurs et \u00e0 les r\u00e9percuter vers les consommateurs, la multiplication d&rsquo;enseignes sp\u00e9cialis\u00e9es \u00e0 faible prix ne sont pas des id\u00e9es inconnues pour les grandes soci\u00e9t\u00e9s de distribution europ\u00e9ennes. L&rsquo;avantage sp\u00e9cifique de Wal Mart ne tient dans cette perspective qu&rsquo;\u00e0 son recours \u00e0 une main d&rsquo;oeuvre \u00e0 bon march\u00e9 et aux conditions particuli\u00e8res de l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine (cela rejoint la seconde explication); lorsque cels caract\u00e9ristiques ne sont plus pr\u00e9sentes, Wal Mart n&rsquo;est qu&rsquo;un grand distributeur peu diff\u00e9rent des autres. On peut m\u00eame imaginer, dans cette perspective, que la g\u00e9n\u00e9ralisation de Wal Mart aux USA constitue un rattrapage des USA des techniques europ\u00e9ennes de distribution.<\/p>\n<p>Il convient de noter que ces explications ne sont pas mutuellement incompatibles; il est par exemple possible que les distributeurs europ\u00e9ens soient tr\u00e8s performants \u00e9tant donn\u00e9 le contexte r\u00e9glementaire qu&rsquo;ils rencontrent en Europe; dans ce cas, on constaterait que Carrefour n&rsquo;est pas aussi performant que Wal Mart sur son march\u00e9 national, tout en \u00e9tant \u00e0 la hauteur de celui-ci sur d&rsquo;autres march\u00e9s nationaux. Par ailleurs, on a cit\u00e9 ici le secteur de la distribution, mais il y a d&rsquo;autres secteurs d&rsquo;activit\u00e9 dans lesquels on peut penser que la performance des entreprises europ\u00e9enne est \u00e9quivalente ou sup\u00e9rieure \u00e0 celle des entreprises am\u00e9ricaines (automobile, traitement de l&rsquo;eau, finance londonienne&#8230;).<\/p>\n<p>Pour en avoir le coeur net, il conviendrait d&rsquo;effectuer des comparaisons internationales, en mesurant le PIB par heure travaill\u00e9e en Europe et aux USA. Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que ces comparaisons se heurtent assez rapidement \u00e0 des obstacles. Que doit-on compter pour les pays d&rsquo;Europe? Faut-il compter la Norv\u00e8ge, un pays p\u00e9trolier, dont la productivit\u00e9 mesur\u00e9e r\u00e9sultera directement de l&rsquo;\u00e9volution des prix du p\u00e9trole? Faut-il, de la m\u00eame fa\u00e7on, compter la Suisse? Faut-il se limiter aux pays de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne? Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que celle-ci inclut des situations tr\u00e8s diff\u00e9rentes, et des politiques \u00e9conomiques nationales tr\u00e8s diff\u00e9rentes (beaucoup de pays en situation de rattrapage, qui connaissent donc naturellement une croissance plus rapide, accompagn\u00e9s d&rsquo;autres pays proches de la fronti\u00e8re technologique, avec donc une croissance naturellement plus lente). Ou alors, faut-il se limiter \u00e0 la zone euro? Mais outre qu&rsquo;il n&rsquo;y a gu\u00e8re de points communs entre par exemple la situation de l&rsquo;Irlande et celle des grands pays d&rsquo;Europe continentale, pourquoi exclure un pays comme la Su\u00e8de (le parangon de la social-d\u00e9mocratie \u00e0 l&rsquo;Europ\u00e9enne) d&rsquo;une comparaison? Le r\u00e9sultat de la comparaison sera variable selon le choix effectu\u00e9. Notons d&rsquo;ailleurs que de telles diff\u00e9rences g\u00e9ographiques existent aussi aux USA; la croissance \u00e9conomique y est concentr\u00e9e dans quelques zones bien d\u00e9limit\u00e9es (Nord-Est, Californie, zones c\u00f4ti\u00e8res et du sud&#8230;). Comparer la France \u00e0 la Californie donnera une impression de croissance plus faible en France; mais cet effet appara\u00eetra moins grand si l&rsquo;on compare l&rsquo;Ile de France avec la Californie. Pour pousser le raisonnement \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, une comparaison entre le Luxembourg et le Dakota du Nord donnerait un sentiment de large et d\u00e9finitive sup\u00e9riorit\u00e9 de la croissance et de la prosp\u00e9rit\u00e9 en Europe.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9serves \u00e9tant faites, ce genre de comparaison ne permet que difficilement de visualiser un \u00e9cart important de croissance de productivit\u00e9 entre USA et Europe depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es. Un \u00e9cart existe (voir le <a href=\"http:\/\/www.oecd.org\/topicstatsportal\/0,2647,en_2825_30453906_1_1_1_1_1,00.html#30453948\" hreflang=\"fr\">premier tableau de cette page<\/a>, pour le PIB par heure de travail). Il y a peut-\u00eatre d\u00e9clin relatif de la productivit\u00e9 europ\u00e9enne par rapport \u00e0 la situation am\u00e9ricaine, mais ce d\u00e9clin n&rsquo;appara\u00eet pas comme \u00e9norme dans les statistiques macro\u00e9conomiques, une fois que l&rsquo;on a d\u00e9duit les diff\u00e9rences de croissance de la population et d&rsquo;heures travaill\u00e9es au total. Il y a n\u00e9anmoins quelques raisons de penser que ces statistiques macro\u00e9conomiques <a href=\"http:\/\/www.marginalrevolution.com\/marginalrevolution\/2006\/11\/response_to_joh.html\" hreflang=\"fr\">embellissent<\/a> la situation europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>&#8211; Tout d&rsquo;abord, le plus fort ch\u00f4mage, et le plus faible taux d&rsquo;activit\u00e9 en Europe, font monter artificiellement la productivit\u00e9 du travail. En effet, ce sont les individus les moins productifs (parce qu&rsquo;\u00e2g\u00e9s ou jeunes, ou parce que peu qualifi\u00e9s) qui sont exclus de fait du march\u00e9 du travail dans les pays europ\u00e9ens \u00e0 fort ch\u00f4mage. Si l&rsquo;Europe avait le taux d&rsquo;activit\u00e9 am\u00e9ricain, sa productivit\u00e9 totale baisserait. On peut d&rsquo;ailleurs noter le paradoxe suivant&nbsp;: <a href=\"http:\/\/faculty-web.at.northwestern.edu\/economics\/gordon\/nber_SI_percapita_060803.pdf\" hreflang=\"fr\">le ralentissement de la productivit\u00e9 en Europe depuis 1995 n&rsquo;est pas totalement une mauvaise nouvelle<\/a>. Il correspond pour moiti\u00e9 \u00e0 un changement de politiques, men\u00e9 dans certains pays, pour r\u00e9duire les taxes sur le travail et \u00e9lever le taux d&rsquo;activit\u00e9. En somme, une part significative du ralentissement de la productivit\u00e9 en Europe est la cons\u00e9quence heureuse d&rsquo;une diminution du ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>&#8211; Ensuite, la plus forte proportion d&#8217;emploi public dans de nombreux pays europ\u00e9ens tend \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/sinn11\/French\" hreflang=\"fr\">sur\u00e9valuer la productivit\u00e9 dans les pays consid\u00e9r\u00e9s<\/a>. Attention, cet argument ne signifie pas que la <a href=\"http:\/\/leconomiste.free.fr\/notes\/index.php?2006\/11\/02\/33-gaspillages-publics-et-incurie-privee\" hreflang=\"fr\">productivit\u00e9 publique est faible<\/a>, contrairement \u00e0 la productivit\u00e9 priv\u00e9e. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;un probl\u00e8me de mesure statistique. Supposons un pays dans lequel il y a un fort ch\u00f4mage&nbsp;: si le gouvernement verse aux ch\u00f4meurs une indemnit\u00e9, celle-ci appara\u00eet comme un co\u00fbt. Mais si le gouvernement leur verse l&rsquo;\u00e9quivalent de ces indemnit\u00e9s, pour les recruter afin d&rsquo;accomplir un service non fourni par le march\u00e9 (parce que non rentable) alors la totalit\u00e9 de ces indemnit\u00e9s ne sera plus consid\u00e9r\u00e9e comme un co\u00fbt, mais comme une production (puisque la production des emplois publics est mesur\u00e9e par leur co\u00fbt). Cela \u00e9l\u00e8ve la productivit\u00e9, mais seulement en apparence, parce que ces activit\u00e9s ne valent pas ce qu&rsquo;elles co\u00fbtent.<\/p>\n<p>&#8211; troisi\u00e8mement, si l&rsquo;on en croit <a href=\"http:\/\/faculty-web.at.northwestern.edu\/economics\/gordon\/2Cent-CEPR.pdf\" hreflang=\"fr\">Robert Gordon<\/a>, dans le retard de 25% de PIB par habitant de l&rsquo;Europe par rapport aux USA, l&rsquo;essentiel est expliqu\u00e9 par des diff\u00e9rences de temps de travail; mais 8 points proviennent d&rsquo;un d\u00e9calage de productivit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas consid\u00e9rable, mais signifie que l&rsquo;Europe n&rsquo;a pas termin\u00e9 sa convergence vers la fronti\u00e8re technologique; on devrait donc trouver en Europe une croissance sup\u00e9rieure \u00e0 celle des USA (modulo la diff\u00e9rence de temps travaill\u00e9). Or ce n&rsquo;est pas le cas.<\/p>\n<p>&#8211; Enfin, lorsqu&rsquo;on effectue des <a href=\"http:\/\/www.mckinsey.com\/ideas\/books\/powerproductivity\/\" hreflang=\"fr\">comparaisons sectorielles<\/a>, on constate une productivit\u00e9 sup\u00e9rieure aux USA par rapport \u00e0 l&rsquo;Europe dans pratiquement tous les secteurs d&rsquo;activit\u00e9. La diff\u00e9rence n&rsquo;est pas tr\u00e8s forte dans les secteurs soumis \u00e0 la concurrence internationale, elle se trouve parfois m\u00eame \u00e0 l&rsquo;avantage de l&rsquo;Europe; mais dans pratiquement tous les secteurs produisant des biens non \u00e9changeables (comme par exemple la construction, ou le commerce de d\u00e9tail) on constate un \u00e9cart de productivit\u00e9 significatif au d\u00e9triment de l&rsquo;Europe. Or le secteur des biens \u00e9changeables ne constitue <a href=\"http:\/\/www.tcsdaily.com\/article.aspx?id=061705A\" hreflang=\"fr\">pas l&rsquo;essentiel<\/a> de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique d&rsquo;un pays; ce sont au contraire les biens non \u00e9changeables qui jouent ce r\u00f4le majoritaire. A trop se focaliser sur les probl\u00e8mes de comp\u00e9titivit\u00e9 de quelques industries ou de d\u00e9localisations, on oublie que l&rsquo;essentiel de la prosp\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un pays est d\u00e9termin\u00e9e par des \u00e9changes internes.<\/p>\n<p>En somme, m\u00eame si l&rsquo;on peut nuancer fortement l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9clin de la productivit\u00e9 europ\u00e9enne par rapport aux USA, il y a \u00e9galement de bonnes raisons de penser que la croissance de la productivit\u00e9 en Europe n&rsquo;est pas aussi \u00e9lev\u00e9e qu&rsquo;elle pourrait l&rsquo;\u00eatre. Se pose alors la question des moyens susceptibles de rem\u00e9dier \u00e0 cette situation, qui feront l&rsquo;objet d&rsquo;un prochain num\u00e9ro de la s\u00e9rie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Voici le second volet de l&rsquo;analyse du ralentissement de la croissance en Europe. Rappelons, pour r\u00e9sumer, que la croissance r\u00e9sulte de trois facteurs&nbsp;: la quantit\u00e9 de travail, l&rsquo;accumulation de capital, et la croissance de la productivit\u00e9. La premi\u00e8re partie de l&rsquo;analyse \u00e9tait consacr\u00e9e au travail. 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