{"id":6496,"date":"2006-10-04T20:18:58","date_gmt":"2006-10-04T20:18:58","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=496"},"modified":"2006-10-04T20:18:58","modified_gmt":"2006-10-04T20:18:58","slug":"electricite-le-grand-malentendu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/electricite-le-grand-malentendu\/","title":{"rendered":"Electricit\u00e9 : le grand malentendu"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"\/econoclaste\/wp-content\/uploads\/2006\/09\/electricite.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Il y a quelque chose de tragique dans les discussions actuelles sur la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9&nbsp;: une fa\u00e7on d&rsquo;oublier, d\u00e8s lors qu&rsquo;on arrive sur ce sujet, le sens commun et les bases du raisonnement \u00e9conomique, pour se limiter au populisme, aux fantasmes, et \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie. Il faut s&rsquo;accrocher d\u00e8s lors qu&rsquo;on veut lire la moindre contribution sur le sujet, et de pr\u00e9f\u00e9rence ne pas \u00eatre de trop mauvaise humeur, sous peine de subir &#8211; sans mauvais jeu de mot &#8211; des probl\u00e8mes de tension.<\/p>\n<p>La lib\u00e9ralisation de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9e, pour l&rsquo;essentiel, pour des raisons beaucoup plus id\u00e9ologiques que pratiques. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs souvent le cas pour les politiques europ\u00e9ennes&nbsp;: le plus souvent, une bonne politique est adapt\u00e9e aux contextes locaux. Mais en Europe, tout le monde doit faire pareil&nbsp;: et il n&rsquo;y a gu\u00e8re que des id\u00e9ologies qui soient susceptibles de produire de l&rsquo;unanimit\u00e9 (pour ou contre elles). De la lib\u00e9ralisation de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, on attendait donc une \u00e9lectricit\u00e9 moins ch\u00e8re, pour les raisons suivantes&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; premi\u00e8rement, lib\u00e9ralisation implique privatisations, et les entreprises priv\u00e9es, contrairement au secteur public, sont efficaces.<br \/>\n&#8211; deuxi\u00e8mement, lib\u00e9ralisation implique concurrence, et la concurrence non seulement rend les entreprises efficaces, mais pousse les prix vers le plus bas possible.<br \/>\n&#8211; troisi\u00e8mement, lib\u00e9ralisation implique construction d&rsquo;un grand march\u00e9 europ\u00e9en. Et qui dit grand march\u00e9 dit grandes entreprises. Les entreprises nationales les plus efficaces allaient donc pouvoir grandir, devenir des \u00ab\u00a0champions europ\u00e9ens\u00a0\u00bb atteignant la \u00ab\u00a0taille critique\u00a0\u00bb leur permettant d&rsquo;\u00eatre plus performantes, abaissant les prix de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 pour toute l&rsquo;Europe.<\/p>\n<p>Mais de la m\u00eame fa\u00e7on que les californiens avaient \u00ab\u00a0lib\u00e9ralis\u00e9\u00a0\u00bb leur march\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 en partant du principe qu&rsquo;il \u00e9tait possible \u00e0 la fois de consommer plus,  de payer moins cher, et de ne pas avoir \u00e0 payer la construction de nouvelles centrales, sans voir qu&rsquo;il y avait l\u00e0 des contradictions majeures, la lib\u00e9ralisation tendance union europ\u00e9enne ne manquait pas, elle non plus, de contradictions.<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;une organisation est publique qu&rsquo;elle est inefficace; ce qui rend une organisation inefficace, c&rsquo;est une position non contestable. Dans ces conditions, une organisation voit sa taille augmenter excessivement; elle extorque des rentes \u00e0 ses consommateurs, qu&rsquo;elle traite en g\u00e9n\u00e9ral avec m\u00e9pris; coup\u00e9e de la critique ext\u00e9rieure, elle d\u00e9veloppe une tendance \u00e0 l&rsquo;autosatisfaction et au \u00ab\u00a0groupthink\u00a0\u00bb qui conduisent \u00e0 des erreurs collectives aux cons\u00e9quences parfois dramatiques. Il se trouve que de nombreuses organisations publiques sont dans des conditions non contestables, ce qui conduit souvent \u00e0 penser que ces d\u00e9fauts sont uniquement l&rsquo;apanage des organisations publiques; mais en r\u00e9alit\u00e9, cela arrive \u00e0 n&rsquo;importe quelle organisation, priv\u00e9e ou publique, disposant d&rsquo;un pouvoir de march\u00e9 non contestable.<\/p>\n<p>On voit donc que la premi\u00e8re et la troisi\u00e8me id\u00e9e risquaient d&rsquo;\u00eatre en contradiction. Si &lsquo;lobjectif est de cr\u00e9er des \u00ab\u00a0champions europ\u00e9ens\u00a0\u00bb, cela conduira les gouvernements nationaux \u00e0 utiliser tous les exp\u00e9dients pour limiter la concurrence sur leur march\u00e9 national, afin de faire en sorte que leurs producteurs nationaux deviennent lesdits champions; et de se contenter de favoriser une concentration capitalistique des entreprises. Les march\u00e9s nationaux restent difficiles d&rsquo;acc\u00e8s, les champions sont constitu\u00e9s alors avec des op\u00e9rations de fusion-acquisition entre grandes entreprises nationales et petites entreprises \u00e9trang\u00e8res. Ce qui garantissait d&rsquo;avoir le pire des deux syst\u00e8mes&nbsp;: des march\u00e9s nationaux peu faciles d&rsquo;acc\u00e8s (donc peu d&rsquo;\u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelle) et des grandes organisations sur des march\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s, donc des entreprises encore plus sujettes aux pathologies des monopoles.<\/p>\n<p>Les <a href=\"http:\/\/www.johnkay.com\/industries\/417\" hreflang=\"fr\">anciennes entreprises nationales<\/a> productrices d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 \u00e9taient des monopoles r\u00e9glement\u00e9s, en g\u00e9n\u00e9ral des entreprises publiques. Elles \u00e9taient dirig\u00e9s par des ing\u00e9nieurs, et anim\u00e9es d&rsquo;une culture d&rsquo;entreprise fond\u00e9e sur l&rsquo;idol\u00e2trie de l&rsquo;excellence technique, l&rsquo;extraction de rentes au profit du personnel et des fantaisies des ing\u00e9nieurs, et un solide m\u00e9pris du client. Avec la lib\u00e9ralisation, les ing\u00e9nieurs qui les dirigeaient se sont plu \u00e0 s&rsquo;imaginer en strat\u00e8ges d&rsquo;entreprises multinationales, dont la comp\u00e9tence repose sur la capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er des montages financiers, \u00e0 faire du courtage, et \u00e0 se comporter de fa\u00e7on agressive sur les march\u00e9s. Ceux \u00e0 qui cela n&rsquo;a pas plu sont partis&nbsp;: au passage, la perspective sur ce qui est le coeur du m\u00e9tier d&rsquo;un fournisseur de commodit\u00e9s a consid\u00e9rablement chang\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre contradiction venait de l&rsquo;incompr\u00e9hension (volontaire?) du fonctionnement et de la tarification sur un march\u00e9. On glose beaucoup sur le fait que \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 n&rsquo;est pas un bien comme les autres, il n&rsquo;est pas stockable\u00a0\u00bb comme si cela constituait une raison pour dire qu&rsquo;il ne peut pas y avoir de march\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, alors que c&rsquo;est exactement l&rsquo;inverse&nbsp;: <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2004\/10\/18\/6-6\" hreflang=\"fr\">c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour ce genre de biens qu&rsquo;un march\u00e9 \u00ab\u00a0spot\u00a0\u00bb sur lequel le prix suit en temps r\u00e9el les \u00e9volutions de l&rsquo;offre et de la demande est le plus utile<\/a>. Encore faut-il savoir exactement \u00e0 quoi s&rsquo;attendre. Essayons de le pr\u00e9senter.<\/p>\n<p>Pour simplifier, consid\u00e9rons qu&rsquo;il existe deux types de centrale \u00e9lectrique&nbsp;: des centrales nucl\u00e9aires (N), caract\u00e9ris\u00e9es par un co\u00fbt constant d&rsquo;exploitation, quelle que soit leur production totale. Et des centrales \u00e0 p\u00e9trole (P) dont les co\u00fbts sont variables, et fluctuent \u00e0 la fois avec leur production, et en fonction du co\u00fbt de leur carburant (le p\u00e9trole). Dans le m\u00eame temps, la demande d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 est fluctuante, parfois faible, parfois forte.<\/p>\n<p>Que se passe-t-il dans une production r\u00e9gul\u00e9e? l&rsquo;entreprise productrice d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, qui d\u00e9tient les deux types de centrales, pratique une tarification au co\u00fbt moyen, c&rsquo;est \u00e0 dire un prix unique qui couvre ses co\u00fbts de production totaux. Dans ces conditions, il y a deux types de moments&nbsp;: des moments durant lesquels la demande est sup\u00e9rieure \u00e0 la capacit\u00e9 des centrales N, et o\u00f9 les centrales N et P fonctionnent; et des moments ou la demande est plus faible, pendant lesquels seules les centrales N fonctionnent. On calcule le co\u00fbt total de production de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, on le divise par la consommation totale, et on en d\u00e9duit un prix unique de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 pay\u00e9 de fa\u00e7on constante par les utilisateurs.<\/p>\n<p>Cette situation a des avantages (notamment, un prix pr\u00e9visible pour les consommateurs) mais aussi des inconv\u00e9nients. Premi\u00e8rement, cela n&rsquo;incite gu\u00e8re les consommateurs \u00e0 ajuster leur consommation aux conditions de production&nbsp;: lorsque la demande est tr\u00e8s forte, et que toutes les centrales, y compris les plus ch\u00e8res, fonctionnent, rien n&rsquo;indique aux consommateurs de r\u00e9duire leur demande. Cela oblige les entreprises productrices \u00e0 d\u00e9tenir de tr\u00e8s fortes surcapacit\u00e9s de production. Par ailleurs, ces surcapacit\u00e9s, jointes \u00e0 un prix fixe, accroissent les b\u00e9n\u00e9fices de l&rsquo;entreprise productrice. Pour les rentabiliser, l&rsquo;entreprise incite les consommateurs \u00e0 utiliser plus d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. On entre alors dans un cercle vicieux&nbsp;: la demande, n&rsquo;\u00e9tant pas contrainte par des hausses de prix, augmente sans cesse, et les entreprises augmentent sans cesse leurs capacit\u00e9s de production.<\/p>\n<p>On pourrait penser que ce n&rsquo;est pas un probl\u00e8me&nbsp;: apr\u00e8s tout, cela conduit \u00e0 ce qu&rsquo;il y ait sans arr\u00eat plus d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 disponible, une pression \u00e0 la baisse des prix. Mais c&rsquo;est oublier que dans ces conditions, personne n&rsquo;est conduit \u00e0 \u00e9conomiser l&rsquo;\u00e9nergie, au contraire, ce qui a des cons\u00e9quences environnementales importantes; et que l&rsquo;entretien de capacit\u00e9s de production d&rsquo;\u00e9nergie inutilis\u00e9es est un co\u00fbt consid\u00e9rable pour l&rsquo;\u00e9conomie dans son ensemble (elle immobilise des capitaux, de la main d&rsquo;oeuvre qualifi\u00e9e, pour rien).<\/p>\n<p>Que peut-on attendre, \u00e0 partir de cette situation, d&rsquo;une lib\u00e9ralisation? On peut imaginer une lib\u00e9ralisation \u00ab\u00a0id\u00e9ale\u00a0\u00bb dans laquelle un bon nombre de producteurs d\u00e9cident ou non de produire de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 qu&rsquo;ils ajoutent au r\u00e9seau, en fonction du prix pr\u00e9sent sur celui-ci. Cette multiplicit\u00e9 de producteurs permet l&rsquo;existence de technologies plus vari\u00e9es, cr\u00e9e donc les conditions d&rsquo;une diversit\u00e9 favorisant l&rsquo;innovation. Les entreprises n&rsquo;ont plus d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir des surcapacit\u00e9s inutiles. Lors des fortes pouss\u00e9es de demande, les fortes hausses des prix conduisent les producteurs \u00e0 d\u00e9tenir des capacit\u00e9s en exc\u00e9dent, mais pas trop. Du c\u00f4t\u00e9 des consommateurs, les fortes hausses de prix servent d&rsquo;indicateur pour limiter leur consommation; au total donc, la consommation devient plus r\u00e9guli\u00e8re. On peut imaginer que des courtiers se chargent d&rsquo;allouer la capacit\u00e9 existante, offrant par exemple un approvisionnement garanti \u00e0 prix bas pourvu qu&rsquo;ils ach\u00e8tent \u00e0 certaines heures. cela exige que la lib\u00e9ralisation concerne le plus de monde possible, et passe par des prix flexibles en permanence et pour tous. Il faut dans le m\u00eame temps un r\u00e9gulateur du march\u00e9 pour \u00e9viter que quelques entreprises se concertent pour r\u00e9duire leur production et faire ainsi grimper les prix.<\/p>\n<p>On peut se demander si une telle lib\u00e9ralisation est possible, ou si elle n&rsquo;est qu&rsquo;une construction th\u00e9orique irr\u00e9aliste. Mais ce n&rsquo;est m\u00eame pas le probl\u00e8me. Ce qu&rsquo;il faut comprendre, c&rsquo;est que d&rsquo;un strict point de vue \u00e9conomique, un march\u00e9 est efficace si les prix y sont flexibles pour tout le monde; et que d\u00e8s lors, <strong>il n&rsquo;y a absolument aucune raison d&rsquo;imaginer qu&rsquo;une lib\u00e9ralisation va aboutir in\u00e9luctablement des prix plus bas qu&rsquo;un prix administr\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est m\u00eame plut\u00f4t l&rsquo;inverse d&rsquo;ailleurs. Apr\u00e8s tout les surcapacit\u00e9s \u00e9lectriques conduisent \u00e0 une \u00e9lectricit\u00e9 moins ch\u00e8re, mais dont les cons\u00e9quences n\u00e9gatives sont support\u00e9es indirectement dans l&rsquo;\u00e9conomie; les ressources, les capitaux, le personnel, qui sont utilis\u00e9s dans ces surcapacit\u00e9s seraient mieux employ\u00e9es ailleurs. Lib\u00e9raliser l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 a de bonnes chances de pousser les entreprises \u00e0 \u00e9liminer ces surcapacit\u00e9s, mais le surco\u00fbt \u00e9lectrique qui en d\u00e9coule est compens\u00e9 de diverses fa\u00e7ons; premi\u00e8rement, il n&rsquo;est support\u00e9 que par ceux qui consomment en p\u00e9riode de forte demande; deuxi\u00e8mement, par le fait que les ressources de l&rsquo;\u00e9conomie sont orient\u00e9es vers des activit\u00e9s plus utiles que l&rsquo;entretien capacit\u00e9s de production d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 inutilis\u00e9es l&rsquo;essentiel du temps. L&rsquo;autre b\u00e9n\u00e9fice \u00e0 attendre, c&rsquo;est la diversit\u00e9 des approvisionnements, des fournisseurs, qui favorise le progr\u00e8s technique et permet de compenser les d\u00e9rives que rencontre une seule organisation.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas du tout comme cela que la lib\u00e9ralisation de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e&nbsp;: elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue sur la base de motifs purement id\u00e9ologiques (le march\u00e9 c&rsquo;est efficace, l&rsquo;Etat c&rsquo;est inefficace), avec une seule promesse&nbsp;: demain, on rase gratis. Ou ce qui revient au m\u00eame, l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 va devenir moins ch\u00e8re par la magie de la concurrence, sans efforts. Et le grand malentendu, provenant de l&rsquo;aveuglement id\u00e9ologique, est l\u00e0&nbsp;: une vraie lib\u00e9ralisation ne vise pas une \u00e9lectricit\u00e9 moins ch\u00e8re, mais une \u00e9lectricit\u00e9 mieux produite et moins gaspill\u00e9e.<\/p>\n<p>A cette donn\u00e9e de base s&rsquo;est ajout\u00e9e la fa\u00e7on dont la lib\u00e9ralisation a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e en France. R\u00e9serv\u00e9e \u00e0 quelques clients, \u00e0 qui on a donn\u00e9 le choix (irr\u00e9versible) soit de passer en prix de march\u00e9 (donc fluctuants) hors EDF; soit de passer en prix de march\u00e9 en restant client EDF; soit de rester en prix r\u00e9gul\u00e9s, comme les particuliers. A l&rsquo;\u00e9poque, les prix de march\u00e9 et les concurrents d&rsquo;EDF paraissaient int\u00e9ressants; produisant de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 essentiellement \u00e0 base de gaz bon march\u00e9, ils offraient des tarifs avantageux, qui ont cess\u00e9 rapidement de l&rsquo;\u00eatre avec l&rsquo;envol\u00e9e des prix p\u00e9troliers. Ils se retrouvent donc \u00e0 devoir acheter de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 au prix fort, sans possibilit\u00e9 de retour en arri\u00e8re; ceux qui ont jou\u00e9 le jeu gouvernemental . R\u00e9sultat, la panique d&rsquo;un gouvernement qui en est \u00e0 obliger EDF \u00e0 subventionner ses concurrents pour qu&rsquo;ils ne vendent pas trop cher (voir par exemple <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/opinions\/rebonds\/208366.FR.php\" hreflang=\"fr\">cet article<\/a> sur le sujet).<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est une cons\u00e9quence assez logique. D\u00e8s lors qu&rsquo;on passe en prix d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s, la tarification se fait au co\u00fbt marginal de production; or, pour reprendre l&rsquo;exemple ci-dessus, le co\u00fbt marginal de production est le co\u00fbt des centrales \u00e0 p\u00e9trole d\u00e8s lors que la demande d\u00e9passe la capacit\u00e9 de production des centrales nucl\u00e9aires d&rsquo;EDF. On se retrouve donc avec d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 des prix r\u00e9gul\u00e9s (donc une demande \u00e0 satisfaire \u00e0 ces prix) et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 un march\u00e9 libre sur lequel le co\u00fbt marginal est celui des centrales \u00e0 p\u00e9trole. Pour aggraver le tout, les fournisseurs de gaz des europ\u00e9ens sont peu nombreux, ce qui aggrave la hausse du prix de cette mati\u00e8re premi\u00e8re des producteurs d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9; s&rsquo;ajoutent \u00e0 cela des contraintes environnementales sur les gaz \u00e0 effet de serre. Au total, l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 commercialis\u00e9e au co\u00fbt marginal \u00e0 un petit nombre de clients ne peut que co\u00fbter tr\u00e8s cher. A cette hausse des prix se sont ajout\u00e9s des probl\u00e8mes techniques&nbsp;: il y a aujourd&rsquo;hui beaucoup plus d&rsquo;acteurs pr\u00e9sents simultan\u00e9ment sur le march\u00e9, ce qui en cas de probl\u00e8me technique peut augmenter les risques de ruptures d&rsquo;approvisionnements. Quant aux prix \u00e9lev\u00e9s, ils ne suffisent pas \u00e0 inciter les producteurs \u00e0 cr\u00e9er des capacit\u00e9s nouvelles, dont les b\u00e9n\u00e9fices seraient absorb\u00e9s par les pays producteurs de p\u00e9trole.<\/p>\n<p>La lib\u00e9ralisation, de ce fait, n&rsquo;a plus tellement la cote. L&rsquo;article cit\u00e9 plus haut recommande m\u00eame carr\u00e9ment de renationaliser EDF et de revenir \u00e0 la situation ant\u00e9rieure, consid\u00e9rant que syndicats et entreprises approuveraient ce mouvement. Ce qui d&rsquo;ailleurs est une erreur&nbsp;: ce que demandent les entreprises, c&rsquo;est de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 peu ch\u00e8re; peu importe qu&rsquo;elle soit produite par une entreprise priv\u00e9e ou publique. Contrairement \u00e0 la croyance du journaliste, ce n&rsquo;est pas pour satisfaire ses actionnaires qu&rsquo;EDF vend sont \u00e9lectricit\u00e9 nucl\u00e9aire au prix du march\u00e9&nbsp;: EDF ne fait que vendre au co\u00fbt marginal, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;elle vend au prix de son dernier kwh produit (beaucoup plus co\u00fbteux que l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 nucl\u00e9aire). Seule un retour \u00e0 la tarification de monopole au prix moyen est \u00e0 m\u00eame de faire baisser les prix pour les entreprises.<\/p>\n<p>Mais cette erreur du journaliste est instructive parce qu&rsquo;elle nous montre dans quelle direction le d\u00e9bat s&rsquo;oriente&nbsp;: on bascule d&rsquo;une id\u00e9ologie \u00e0 une autre, avec les m\u00eames objectifs. De l&rsquo;id\u00e9ologie de la concurrence, on sombre dans celle du nationalisme et du volontarisme rois. Les politiques \u00e9nerg\u00e9tiques s&rsquo;effectuent <a href=\"http:\/\/www.telos-eu.com\/2006\/02\/suezgdf_une_guerre_civile_euro.php\" hreflang=\"fr\">\u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle nationale<\/a>, avec pour but la constitution de champions nationaux&nbsp;: voir l&rsquo;actuelle fusion Suez-GDF, dont on promet qu&rsquo;elle permettra&#8230; une \u00e9nergie peu ch\u00e8re pour les consommateurs. Tout le monde est d\u00e9sormais d&rsquo;accord pour se lancer dans la rh\u00e9torique de \u00ab\u00a0l&rsquo;industrie strat\u00e9gique\u00a0\u00bb, les uns voulant aller jusqu&rsquo;\u00e0 renationaliser des entreprises, les autres se livrant au meccano industriel pour fabriquer les grands groupes de la guerre \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Avec toujours \u00e0 la base, le m\u00eame malentendu&nbsp;: tout se passe comme s&rsquo;il existait un droit universel pour une \u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 prix r\u00e9duits. Mais il ne faut pas s&rsquo;imaginer que les \u00e9volutions actuelles iront dans ce sens. Il est beaucoup plus probable que l&rsquo;on s&rsquo;oriente vers des entreprises nationales puissantes, b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;avantages conc\u00e9d\u00e9s par l&rsquo;Etat, et subis par les consommateurs, pour tenir lieu de champions nationaux. Il n&rsquo;est donc pas impossible que l&rsquo;\u00e9pisode de la lib\u00e9ralisation de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 nous laisse avec le pire des deux syst\u00e8mes&nbsp;: des grandes entreprises prot\u00e9g\u00e9es qui s&rsquo;appuient sur des positions acquises nationales pour disposer des ressources qui leur permettent de partir \u00e0 la conqu\u00eate du march\u00e9 mondial.<\/p>\n<p>En mati\u00e8re \u00e9lectrique, la lib\u00e9ralisation souhaitable n&rsquo;\u00e9tait pas possible; il faut constater que la lib\u00e9ralisation possible n&rsquo;\u00e9tait elle sans doute pas souhaitable. C&rsquo;est une le\u00e7on pour ceux qui sont par principe favorables \u00e0 la lib\u00e9ralisation des march\u00e9s, qui n&rsquo;a que peu de chances d&rsquo;\u00eatre retenue tant que les d\u00e9bats sur ces questions se feront sur des bases id\u00e9ologiques.<\/p>\n<p>(Merci \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/EDF-Chronique-dun-d%e9sastre-in%e9luctable\/dp\/270213372X\/ref=sr_11_1\/402-4073203-8808112?ie=UTF8\" hreflang=\"fr\">Fran\u00e7ois Soult<\/a> pour m&rsquo;avoir fourni des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion utiles sur cette question).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Il y a quelque chose de tragique dans les discussions actuelles sur la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9&nbsp;: une fa\u00e7on d&rsquo;oublier, d\u00e8s lors qu&rsquo;on arrive sur ce sujet, le sens commun et les bases du raisonnement \u00e9conomique, pour se limiter au populisme, aux fantasmes, et \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie. Il faut s&rsquo;accrocher <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/electricite-le-grand-malentendu\/\" title=\"Electricit\u00e9 : le grand malentendu\">(Lire la suite&#8230;)<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-6496","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecoblabla"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6496","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6496"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6496\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6496"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6496"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6496"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}