{"id":6367,"date":"2005-04-15T01:30:47","date_gmt":"2005-04-15T01:30:47","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=367"},"modified":"2005-04-15T01:30:47","modified_gmt":"2005-04-15T01:30:47","slug":"le-controle-continu-devaloriserait-il-le-baccalaureat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/le-controle-continu-devaloriserait-il-le-baccalaureat\/","title":{"rendered":"Le contr\u00f4le continu d\u00e9valoriserait il le baccalaur\u00e9at ?"},"content":{"rendered":"<p>La r\u00e9forme avort\u00e9e du bac envisag\u00e9e par Fran\u00e7ois Fillon a mis encore une fois en \u00e9vidence l&rsquo;importance de ce dipl\u00f4me dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif fran\u00e7ais.<br \/> Le refus d&rsquo;une \u00e9valuation en partie (pour moiti\u00e9 grosso modo) en contr\u00f4le continu, de la part des lyc\u00e9ens ayant pris massivement part \u00e0 la contestation, a \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9 essentiellement par les raisons suivantes :<br \/> &#8211; une d\u00e9valorisation du dipl\u00f4me dans l&rsquo;absolu, dans la mesure o\u00f9 un contr\u00f4le continu effectu\u00e9 par les enseignants en charge des classes en cours d&rsquo;ann\u00e9e, donc sans anonymat, serait entach\u00e9 d&rsquo;un biais, globalement pr\u00e9judiciable \u00e0 la \u00a0\u00bb s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 \u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9valuation et, par cons\u00e9quent, \u00e0 la valeur r\u00e9elle per\u00e7ue du dipl\u00f4me ;<br \/> &#8211; la crainte que l&rsquo;adaptation de l&rsquo;\u00e9valuation aux conditions locales (i.e. les niveaux diff\u00e9rents par \u00e9tablissement) ne cr\u00e9e une forme de discrimination, \u00f4tant au bac son caract\u00e8re national. En deux mots, on pourrait \u00eatre bachelier de tel ou tel lyc\u00e9e, plut\u00f4t que bachelier de l&rsquo;Education nationale. Quel que soit le niveau r\u00e9el de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, il serait \u00e9tiquet\u00e9 \u00a0\u00bb bac d&rsquo;ici \u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb bac de l\u00e0 \u00ab\u00a0. <a href=\"http:\/\/.free.fr\/blog\/html\/modules.php?op=modload&#038;name=News&#038;file=article&#038;sid=125&#038;mode=thread&#038;order=0&#038;thold=0\"> <\/a>\tComment aborder le probl\u00e8me d&rsquo;un point de vue \u00e9conomique ? On peut reformuler le probl\u00e8me \u00e0 partir d&rsquo;une question : qu&rsquo;apporte le bac aux bacheliers ?<br \/> D&rsquo;un point de vue \u00e9conomique, la th\u00e9orie \u00e9conomique traite la question sous plusieurs angles. On peut en retenir trois :<br \/> &#8211; la th\u00e9orie du capital humain<br \/> &#8211; la th\u00e9orie du signal<br \/> &#8211; la th\u00e9orie des conventions<\/p>\n<p> Dans l&rsquo;optique de la th\u00e9orie du capital humain (Gary Becker), la valeur du dipl\u00f4me se con\u00e7oit par le salaire qu&rsquo;il permet d&rsquo;atteindre. Le temps pass\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier est un investissement, qui a pour co\u00fbt les salaires non per\u00e7us pendant la scolarit\u00e9 par rapport \u00e0 celui qui n&rsquo;\u00e9tudie pas mais travaille. En toute logique, il faut ajouter les co\u00fbts de formation. Le rendement de l&rsquo;investissement se mesurera par les salaires futurs (actualis\u00e9s) du dipl\u00f4m\u00e9. A cette aune, le bac est-il important ?<\/p>\n<p> En premi\u00e8re approche, il est commun de consid\u00e9rer que le bac n&rsquo;a pas une valeur \u00e9lev\u00e9e sur le march\u00e9 du travail.<\/p>\n<p> Un premier point semble confirmer cette hypoth\u00e8se : le taux de poursuite d&rsquo;\u00e9tudes apr\u00e8s le bac. Les bacheliers g\u00e9n\u00e9raux poursuivent quasiment tous leurs \u00e9tudes apr\u00e8s le bac, soit 98% d&rsquo;apr\u00e8s des chiffres de 2002. Les bacheliers technologiques font de m\u00eame \u00e0 90%. Seuls les bacheliers professionnels ne le font qu&rsquo;\u00e0 44%. Or, ces derniers n&rsquo;ont gu\u00e8re d&rsquo;importance ici, car on les a peu vus dans le mouvement de f\u00e9vrier. Et pour cause : ils pratiquent d\u00e9j\u00e0 le contr\u00f4le continu&rsquo;<\/p>\n<p> Reste donc que la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des bacheliers poursuivent leurs \u00e9tudes apr\u00e8s le bac. Ce qui laisse supposer, \u00e0 moins de les croire totalement idiots, que le rendement mon\u00e9taire du bac est insuffisant. Mais ce n&rsquo;est pas assez pour conclure.<br \/> A partir d&rsquo;une enqu\u00eate du <b><a href=\"http:\/\/www.cereq.fr\"> CEREQ<\/a><\/b>, \u00a0\u00bb G\u00e9n\u00e9ration 98 \u00ab\u00a0, qui offre un certain nombre de donn\u00e9es concernant un \u00e9chantillon de jeunes sortis du syst\u00e8me scolaire en 1998, j&rsquo;ai effectu\u00e9 quelques calculs rapides pour mesurer l&rsquo;impact du bac sur le salaire et le ch\u00f4mage des bacheliers. <br \/> Exercice pour lequel je manque de temps pour donner quelque chose de vraiment s\u00e9rieux, mais allons-y tout de m\u00eame&rsquo;<\/p>\n<p> J&rsquo;ai d&rsquo;abord s\u00e9lectionn\u00e9 les donn\u00e9es concernant le premier emploi (salaire \u00e0 l&#8217;embauche). Des statistiques au bout de trois ans sont \u00e9galement disponibles et sont int\u00e9ressantes. Le risque classique est alors de confondre les caract\u00e9ristiques objectives (le niveau d&rsquo;\u00e9tudes) avec des traits subjectifs (les capacit\u00e9s ind\u00e9pendantes du dipl\u00f4me et qui risquent d&rsquo;autant plus d&rsquo;appara\u00eetre au bout de 3 ans). Notez que m\u00eame pour le premier emploi, elles ne sont pas exclues, mais on peut raisonnablement penser qu&rsquo;elles sont moins saillantes.<\/p>\n<p> Premier souci : les donn\u00e9es concernant les salaires des bacheliers g\u00e9n\u00e9raux ne sont pas communiqu\u00e9es. Probablement en raison du taux de poursuite d&rsquo;\u00e9tudes, quasiment de 100%.<br \/> Les donn\u00e9es disponibles sont donc celles des bacheliers professionnels ou technologiques, du domaine tertiaire ou industriel.<\/p>\n<p> Pour \u00e9valuer l&rsquo;effet du bac sur les salaires, on peut comparer le rapport salaires bac \/ salaires avant bac ou le rapport salaires apr\u00e8s bac \/ salaires bac.<\/p>\n<p> Deuxi\u00e8me souci : quand on calcule salaires bac \/ salaires avant bac, on doit en toute logique obtenir une mesure du rendement marginal des \u00e9tudes menant des niveaux inf\u00e9rieurs (en l&rsquo;occurrence, CAP et BEP ou &lsquo; et c&rsquo;est important &lsquo; niveau bac avec \u00e9chec au bac) jusqu&rsquo;au bac. En revanche, le rapport salaires post bac \/ salaires bac mesure plut\u00f4t le rendement marginal des \u00e9tudes postbac. N\u00e9anmoins, il me semble que ce second rapport est utile pour situer le bac.<\/p>\n<p> Troisi\u00e8me souci : les donn\u00e9es post bac concernent tous les bacheliers. Elles ne distinguent pas selon l&rsquo;origine des bacheliers. L&rsquo;un dans l&rsquo;autre, mes calculs ne ressemblent presque plus \u00e0 rien&rsquo; Pas grave, je m&rsquo;amuse.<\/p>\n<p> Pour comparer les bacheliers et les \u00e9l\u00e8ves ayant atteint le niveau bac mais n&rsquo;ayant pas obtenu le bac, j&rsquo;ai calcul\u00e9 une moyenne pond\u00e9r\u00e9e du salaire des diff\u00e9rents types de bacheliers. Ce n&rsquo;est encore pas satisfaisant, puisque les recal\u00e9s du bac pris en compte incluent ceux qui ont suivi un cursus g\u00e9n\u00e9ral. C&rsquo;est pas mon jour&rsquo;<\/p>\n<p> Au total, mes calculs, d\u00e9cid\u00e9ment discutables, donnent les r\u00e9sultats suivants :<br \/> Quelle que soit la fili\u00e8re, un bachelier professionnel ou technologique gagne environ 8% de plus qu&rsquo;un titulaire de CAP ou BEP de la m\u00eame fili\u00e8re. Ce qui est significatif (notamment car ce rapport est, lui, homog\u00e8ne), puisque cela repr\u00e9sente un rendement de l&rsquo;ann\u00e9e suppl\u00e9mentaire d&rsquo;\u00e9tudes d&rsquo;environ 2,5%. C&rsquo;est un rendement brut, puisque ne sont pas inclus les co\u00fbts de formation.<br \/> Significatif, donc, mais pas extraordinaire, on en conviendra. D&rsquo;autant que lorsqu&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 ce que gagnent les titulaires d&rsquo;un BTS ou DUT, on constate qu&rsquo;en moyenne, deux ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes apportent en moyenne un suppl\u00e9ment de 13% de salaire (9% pour un DEUG). On notera un point particulier : alors que dans le domaine tertiaire, ce rapport est de 18%, il n&rsquo;est que de 7% pour l&rsquo;industriel.<br \/> Quand on compare les salaires moyens des bacheliers et des niveaux bacs, on trouve un rapport quasiment unitaire, puisque le salaire moyen est de 901&prime; pour les bacheliers tertiaires et industriels alors que les jeunes sortis avec un niveau bac gagnent 900&prime;.<\/p>\n<p> Et du c\u00f4t\u00e9 du ch\u00f4mage ? Les donn\u00e9es confirment ce qui se dit usuellement : le dipl\u00f4me prot\u00e8ge largement du ch\u00f4mage. Et les bacheliers se portent relativement bien de ce point de vue (par rapport aux autres). Sur trois ans, le taux de ch\u00f4mage des bacheliers tombe sous 10% (7% en tertiaire, 4% en industriel). Les jeunes ayant atteint un niveau de terminale connaissent en revanche un taux de ch\u00f4mage de 11%, ce qui reste faible en comparaison des CAP\/BEP tertiaires par exemple (17%). Les bacheliers ne connaissent pas un taux de ch\u00f4mage nettement plus \u00e9lev\u00e9 que les BTS\/DUT, \u00e0 ceci pr\u00e8s que ces derniers sont en moyenne sous la barre des 5%, ce qui est un chiffre particuli\u00e8rement bon. Apr\u00e8s r\u00e9flexion, j&rsquo;ai exclu les DEUG des calculs, en raison du caract\u00e8re non professionnalisant de la formation.<\/p>\n<p> R\u00e9sumons :<br \/> &#8211; le premier emploi d&rsquo;un bachelier est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 8% de plus que celui d&rsquo;un CAP\/BEP. Celui d&rsquo;un titulaire de BTS\/DUT est pay\u00e9 13% de plus que celui d&rsquo;un bachelier. Le bac apporte un gain significatif, mais nettement plus faible que celui apport\u00e9 par une poursuite d&rsquo;\u00e9tudes \u00e0 niveau bac + 2.<br \/> &#8211; le fait d&rsquo;obtenir ou non le bac quand on est en terminale est absolument neutre si on occupe un emploi juste apr\u00e8s l&rsquo;ann\u00e9e de terminale.<br \/> &#8211; les bacheliers ont un acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;emploi int\u00e9ressant, quand on les compare aux autres cat\u00e9gories juste inf\u00e9rieures ou sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p> Conclusion de cette analyse hasardeuse : le bac, c&rsquo;est pas mal, mais pas de quoi fouetter un chat. Puisqu&rsquo;on y est, il est beaucoup plus pertinent de continuer. Cela ne surprendra pas. A tel point que je me demande pourquoi j&rsquo;ai fait tout \u00e7a&rsquo;<br \/> Corollaire : si le bac devait \u00eatre  d\u00e9valoris\u00e9 par une r\u00e9forme, \u00e7a n&rsquo;aurait pas une importance ph\u00e9nom\u00e9nale en regard de la th\u00e9orie du capital humain, dans la mesure o\u00f9 la plupart des bacheliers continuent leurs \u00e9tudes et o\u00f9 son rendement marginal n&rsquo;est pas sp\u00e9cialement \u00e9lev\u00e9 (notamment par rapport \u00e0 un simple niveau de terminale).<\/p>\n<p> La deuxi\u00e8me th\u00e9orie qui peut \u00eatre appel\u00e9e \u00e0 la rescousse pour \u00e9valuer le bac est \u00a0\u00bb la th\u00e9orie du signal \u00a0\u00bb (Michael Spence). Elle part du principe que dans une situation d&rsquo;information asym\u00e9trique caract\u00e9ris\u00e9e par une anti-s\u00e9lection sur le march\u00e9 du travail, le dipl\u00f4me n&rsquo;est pas, au contraire de ce que raconte la th\u00e9orie du capital humain, une mesure de la qualification du travailleur, mais un moyen d&rsquo;envoyer un signal de productivit\u00e9 aux employeurs potentiels. En d&rsquo;autres termes, le fait d&rsquo;avoir suivi une scolarit\u00e9 en \u00e9cole d&rsquo;ing\u00e9nieurs a\u00e9ronautique ne signifie pas que l&rsquo;on est fin pr\u00eat \u00e0 concevoir la nouvelle fus\u00e9e Ariane, mais seulement que l&rsquo;on a les comp\u00e9tences intellectuelles pour y travailler, une fois int\u00e9gr\u00e9 au processus de production de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p> Adapt\u00e9 \u00e0 notre probl\u00e8me, la question devient alors : quel signal le bac envoie-t-il aux employeurs d&rsquo;une part ; et aux recruteurs du sup\u00e9rieur d&rsquo;autre part ?<\/p>\n<p> C\u00f4t\u00e9 employeur, il semble raisonnable de consid\u00e9rer que le bac suppose des comp\u00e9tences \u00e9l\u00e9mentaires normalement solides : lire, \u00e9crire, compter, \u00eatre capable de penser en termes de m\u00e9thodes de travail plus ou moins structur\u00e9es. Je ne crois pas trop m&rsquo;avancer en estimant que les comp\u00e9tences professionnelles, quelle que soit la section, sont insuffisamment d\u00e9velopp\u00e9es pour rendre op\u00e9rationnel imm\u00e9diatement un bachelier g\u00e9n\u00e9ral ou technologique, dans des domaines pointus. Ceci \u00e9tant dit sans contester que m\u00eame un bachelier a des comp\u00e9tences de sp\u00e9cialit\u00e9, en fonction du cursus qu&rsquo;il a suivi (c&rsquo;est encore plus vrai pour les bacheliers professionnels). Mais c&rsquo;est finalement presque anecdotique. Un \u00e9l\u00e9ment qui va dans ce sens est le fait que les \u00e9l\u00e8ves ayant un niveau bac (mais pas le bac), toutes sections confondues, y compris g\u00e9n\u00e9rales donc, sont aussi bien pay\u00e9s sur leur premier emploi que les bacheliers technologiques ou professionnels. La th\u00e8se orient\u00e9e capital humain voudrait que les \u00e9l\u00e8ves des terminales g\u00e9n\u00e9rales, non bacheliers et non sp\u00e9cialis\u00e9s, plombent largement la moyenne, surtout quand on sait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, on trouve des bacheliers professionnels.<br \/> De ce point de vue, il existe bien a priori un signal. Mais il semble plut\u00f4t faiblement influenc\u00e9 par l&rsquo;obtention du dipl\u00f4me lui-m\u00eame et donc les conditions d&rsquo;examen.<br \/> Un passage au contr\u00f4le continu n&rsquo;a donc pas de raison de r\u00e9duire le signal du bac compar\u00e9 aux niveaux inf\u00e9rieurs, vu que ce signal est d\u00e9j\u00e0 comparativement peu significatif.<\/p>\n<p> C\u00f4t\u00e9 recrutement dans les fili\u00e8res sup\u00e9rieures, les choses sont plus claires \u00e0 mon sens. Les conditions d&rsquo;\u00e9valuation du dipl\u00f4me sont sans importance. Pourquoi ? Du point de vue des fili\u00e8res non s\u00e9lectives, il suffit de se pr\u00e9senter en temps et en heure avec son certificat et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la formation est assur\u00e9. Du point de vue des fili\u00e8res s\u00e9lectives, la r\u00e9alit\u00e9 est brutale : il existe d\u00e9j\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments de discrimination en fonction de la provenance des candidats. Prenons le cas des BTS (c&rsquo;est assez le m\u00eame principe en classe pr\u00e9pas). Comment s&rsquo;effectue le recrutement ? Sur la base d&rsquo;un dossier, comprenant les bulletins des deux premiers trimestres de terminale, et ceux de premi\u00e8re. Des lettres de motivation sont parfois demand\u00e9es, mais force est de constater qu&rsquo;elles jouent un r\u00f4le secondaire dans la plupart des cas. Quand les d\u00e9cisions de recrutement ont-elles lieu ? Grosso modo, fin mai d\u00e9but juin. Eh oui&rsquo; avant les r\u00e9sultats du bac ! On est donc dans une situation d&rsquo;asym\u00e9trie d&rsquo;information. Comment les \u00e9quipes enseignantes charg\u00e9es du recrutement font-elles pour savoir si le candidat est un futur bachelier \u00e9m\u00e9rite de la R\u00e9publique sans contr\u00f4le continu ou un candidat faible au dossier artificiellement flatteur ? Eh bien, si en premier lieu les dossiers servent de base objective d&rsquo;\u00e9valuation, l&rsquo;origine du candidat joue un r\u00f4le non n\u00e9gligeable. La faible mobilit\u00e9 des bacheliers poursuivant en BTS fait qu&rsquo;ils viennent g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;\u00e9tablissements connus des enseignants recruteurs. D\u00e8s lors, il n&rsquo;est pas compliqu\u00e9 de savoir que dans tel lyc\u00e9e, un 15\/20 \u00e9quivaut \u00e0 un 10\/20 ailleurs. Celui qui a 12\/20 dans le second sera pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 celui qui a 15\/20 dans le premier. La r\u00e9p\u00e9tition des sessions permet tout simplement de cr\u00e9er des r\u00e9putations : si durant 3 ann\u00e9es un lyc\u00e9e A accueille en BTS des \u00e9l\u00e8ves en provenance d&rsquo;un autre lyc\u00e9e B et que ces \u00e9l\u00e8ves donnent en majorit\u00e9 satisfaction, alors un bon dossier de candidature venant de B passe sur le dessus de la pile par rapport \u00e0 un lyc\u00e9e C o\u00f9 une telle r\u00e9putation n&rsquo;existe pas. Signalons au passage que, sans surprise, les recrutements en interne sont de ce fait plus s\u00fbrs (de m\u00eame que les rejets de candidature). Parfois, ce sont m\u00eame les enseignants qui portent la r\u00e9putation.<\/p>\n<p> Certains seront peut-\u00eatre scandalis\u00e9s de lire ceci. Il n&rsquo;y a pas de raison. Un bon \u00e9l\u00e8ve sera toujours recrut\u00e9 (et pour tout dire, un mauvais aussi&rsquo; mais pas forc\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 il le souhaitait, ni dans la fili\u00e8re d\u00e9sir\u00e9e). En adoptant ces proc\u00e9dures, les enseignants ne font que combler un d\u00e9ficit d&rsquo;informations. Leur objectif ne fait que rencontrer ceux du syst\u00e8me et des \u00e9l\u00e8ves : que les meilleurs soient d\u00e9sign\u00e9s comme tels. Or, si les meilleurs ne viennent pas de banlieue, il n&rsquo;y a aucune raison de les recruter, sous pr\u00e9texte que leurs enseignants auraient gonfl\u00e9 leurs bulletins pour x ou y raisons. C&rsquo;est l\u00e0 que les choses deviennent franchement int\u00e9ressantes. Tous les enseignants connaissent parfaitement ces r\u00e8gles implicites. Et s&rsquo;il reste assez incontournable de noter les \u00e9l\u00e8ves de mani\u00e8re relative (donc en fonction du niveau g\u00e9n\u00e9ral des classes ou de l&rsquo;\u00e9tablissement), il ne faut pas croire pour autant que dans un lyc\u00e9e faible le meilleur a 20\/20, puis les autres de moins en moins selon leur niveau relatif. Les professeurs savent tr\u00e8s bien qu&rsquo;une surnotation est pr\u00e9judiciable \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves, ainsi qu&rsquo;\u00e0 leur r\u00e9putation (\u00e9ventuellement, via celle du lyc\u00e9e dans lequel ils enseignent). Cette possibilit\u00e9 de collecter de l&rsquo;information \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du d\u00e9partement r\u00e8gle en partie le probl\u00e8me d&rsquo;antis\u00e9lection. Les diff\u00e9rents \u00e9tablissements sont en quelque sorte contraints de r\u00e9v\u00e9ler le vrai niveau de leurs \u00e9l\u00e8ves. De mani\u00e8re assez ironique, ce sont parfois les lyc\u00e9es qui sous-notent leurs \u00e9l\u00e8ves, au nom de certains principes d&rsquo;excellence, qui p\u00e9nalisent le plus certains de leurs prot\u00e9g\u00e9s. Il arrive en effet un moment o\u00f9 il est difficile de consid\u00e9rer qu&rsquo;un candidat \u00e0 6 de moyenne peut \u00eatre meilleur qu&rsquo;un autre \u00e0 12. Et ce, m\u00eame si c&rsquo;est le cas ! Car, jusqu&rsquo;o\u00f9 descendre ? Celui qui a 2 peut-il \u00eatre meilleur que celui qui a 9 ou 10 ailleurs ?<\/p>\n<p> Conclusion : il existe d\u00e9j\u00e0 un \u00a0\u00bb bac banlieue \u00a0\u00bb et un \u00a0\u00bb bac centre-ville \u00ab\u00a0. La valeur du signal du bac national, sans contr\u00f4le continu, est nulle ou presque. Rappelons que finalement, le point d\u00e9cisif est que le bac ne sert pas et ne servira pas \u00e0 ouvrir les portes des fili\u00e8res sup\u00e9rieures recrutant sur dossier, puisque les recrutements se font avant. Et, comme on vient de le voir longuement, contr\u00f4le continu ou pas, cette proc\u00e9dure induit d\u00e9j\u00e0 des discriminations selon l&rsquo;origine du candidat. Quant aux bacheliers qui entrent dans la vie active, difficile de penser que le signal envoy\u00e9 par leur dipl\u00f4me puisse \u00eatre d\u00e9valoris\u00e9 significativement par une modification des modalit\u00e9s d&rsquo;examen.<\/p>\n<p> La derni\u00e8re th\u00e9orie qui peut \u00eatre convoqu\u00e9e pour expliquer la valeur du bac est la th\u00e9orie des institutions. Je le ferai bri\u00e8vement, dans la mesure o\u00f9 je suis incapable d&rsquo;apporter une analyse document\u00e9e sur la question du baccalaur\u00e9at. J&rsquo;\u00e9mets donc quelques pistes qui me semblent acceptables, bien qu&rsquo;incompl\u00e8tes. Une institution en \u00e9conomie est une r\u00e8gle ou un ensemble de r\u00e8gles qui d\u00e9finit le cadre dans lequel les agents \u00e9conomiques prennent leurs d\u00e9cisions. On peut ici aussi parler de convention, en voyant la convention comme une institution non formalis\u00e9e, mais qui a un r\u00f4le av\u00e9r\u00e9 dans la dynamique \u00e9conomique ou sociale. Le bac me para\u00eet \u00eatre, sur cette base, une convention. Il sanctionne la r\u00e9ussite scolaire \u00e0 un niveau qui a historiquement une signification importante. Je ne citerai que l&rsquo;\u00e9moi des grands parents lors de la r\u00e9ussite des petits-enfants, l&rsquo;\u00e9vocation tremblante de la session de mai 68 ou&rsquo; de 2003. Incontestablement, l&rsquo;obtention du bac a une dimension institutionnelle forte. Et de ce point de vue, la r\u00e9forme envisag\u00e9e pose probl\u00e8me. Si au travers du bac, c&rsquo;est une conception de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et du m\u00e9rite qui pr\u00e9vaut, alors il n&rsquo;est pas faux d&rsquo;affirmer que le passage au contr\u00f4le continu met \u00e0 mal la convention. Est-ce grave ? Oui et non. Oui, parce que c&rsquo;est la hi\u00e9rarchie a priori entre bacheliers qui est en jeu et donc l&rsquo;int\u00e9gration dans une nouvelle communaut\u00e9 (celle du monde du travail ou de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur) qui peut se jouer. Non, parce que cette hi\u00e9rarchie existe d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps. En d&rsquo;autres termes, la ghetto\u00e0\u00afsation \u00e0 venir est dans les t\u00eates et c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 une grosse difficult\u00e9. En m\u00eame temps, on peut aussi voir cela comme une triple validation :<br \/> 1 &lsquo; l&rsquo;\u00e8re fordiste est finie. Si la grande firme ne voit plus que des individus et pas des groupes, alors elle ne va pas s&rsquo;enquiquiner avec des bacheliers nostalgiques. A ce propos, il n&rsquo;est pas vain de rappeler que l&rsquo;\u00e9volution des in\u00e9galit\u00e9s de salaires est d\u00e9sormais plus expliqu\u00e9e par des in\u00e9galit\u00e9s croissantes entre individus appartenant \u00e0 la m\u00eame classe statistique  (les bac+n, les sortant d&rsquo;\u00e9coles de commerce etc.), in\u00e9galit\u00e9s intragroupes, que par des changements dans les in\u00e9galit\u00e9s entre individus de groupes diff\u00e9rents, in\u00e9galit\u00e9s intergroupes.<br \/> 2 &lsquo; quand 80% d&rsquo;une classe d&rsquo;\u00e2ge obtient le bac par le biais de la volont\u00e9 politique tout autant que par la hausse des comp\u00e9tences moyennes d&rsquo;un adolescent, c&rsquo;est que d&rsquo;autres conventions doivent \u00eatre trouv\u00e9es pour redonner du sens \u00e0 la notion de scolarit\u00e9 r\u00e9ussie. Une remarque \u00e0 ce sujet : les lyc\u00e9ens ne sont pas dupes en tant normal. Ils aspirent \u00e0 devenir \u00e9tudiants (certains anticipant m\u00eame en se qualifiant d\u00e9j\u00e0 d&rsquo; \u00a0\u00bb \u00e9tudiants \u00a0\u00bb d\u00e8s le lyc\u00e9e) et ce qui pour un \u00e9l\u00e8ve issu d&rsquo;une famille modeste est g\u00e9n\u00e9ralement aujourd&rsquo;hui le symbole d&rsquo;une scolarit\u00e9 r\u00e9ussie, ce n&rsquo;est pas le bac, mais le BTS.<br \/> Si cette interpr\u00e9tation vaguement institutionnaliste a un quelconque sens (j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9mis les plus grandes r\u00e9serves \u00e0 son sujet et je les renouvelle), je serai n\u00e9anmoins bien incapable d&rsquo;aller plus avant.<br \/> 3 &lsquo; le syst\u00e8me fran\u00e7ais tr\u00e8s ax\u00e9 sur les dipl\u00f4mes obtenus, qui vous suivent toute votre vie et d\u00e9terminent pour une bonne part les carri\u00e8res cr\u00e9e une crispation autour des dipl\u00f4mes qui n&rsquo;est pas saine. <\/p>\n<p> En conclusion : si la fronde lyc\u00e9enne du mois de f\u00e9vrier \u00e9tait justifi\u00e9e, ce n&rsquo;est probablement pas sur la base d&rsquo;une analyse \u00e9conomique directe.<br \/> Celle-ci conclurait plut\u00f4t \u00e0 un gain d&rsquo;efficacit\u00e9 dans l&rsquo;organisation du bac, dans la mesure o\u00f9 les \u00e9conomies faites sur cette organisation d\u00e9passeraient sans doute largement les pertes encourues par les lyc\u00e9ens futurs bacheliers, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;ils soient.<br \/> Concernant l&rsquo;aspect institutionnel, le seul pour lequel je per\u00e7ois un risque potentiel, il m&rsquo;est difficile d&rsquo;estimer les cons\u00e9quences. Je le r\u00e9p\u00e8te, mes connaissances sur la question sont trop insuffisantes et je supposerais spontan\u00e9ment qu&rsquo;elles passent par des canaux indirects assez \u00e9pars.<\/p>\n<p> Pour finir, \u00e0 m\u00e9diter, cet extrait du Monde dat\u00e9 du 29 mars 2005 : \u00a0\u00bb Une note r\u00e9dig\u00e9e par les \u00e9conomistes Eric Maurin et Sandra McNally sur \u00ab\u00a0les b\u00e9n\u00e9fices de long terme de 1968\u00a0\u00bb d\u00e9montre que la simplification et la d\u00e9sorganisation des examens apr\u00e8s la crise ont permis \u00e0 un nombre important de jeunes d&rsquo;int\u00e9grer l&rsquo;Universit\u00e9, alors qu&rsquo;ils n&rsquo;y seraient jamais parvenus dans des conditions normales. Ces miracul\u00e9s de Mai ont eu une carri\u00e8re professionnelle et des revenus largement sup\u00e9rieurs \u00e0 ce qu&rsquo;ils pouvaient attendre. Et, pr\u00e8s de quarante ans plus tard, il appara\u00eet que leurs enfants ont moins redoubl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole \u00ab\u00a0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>La r\u00e9forme avort\u00e9e du bac envisag\u00e9e par Fran\u00e7ois Fillon a mis encore une fois en \u00e9vidence l&rsquo;importance de ce dipl\u00f4me dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif fran\u00e7ais. Le refus d&rsquo;une \u00e9valuation en partie (pour moiti\u00e9 grosso modo) en contr\u00f4le continu, de la part des lyc\u00e9ens ayant pris massivement part \u00e0 la contestation, <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/le-controle-continu-devaloriserait-il-le-baccalaureat\/\" title=\"Le contr\u00f4le continu d\u00e9valoriserait il le baccalaur\u00e9at ?\">(Lire la suite&#8230;)<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":2,"featured_media":59424,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-6367","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecoblabla"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6367","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6367"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6367\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/59424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}