{"id":6268,"date":"2006-02-16T20:28:46","date_gmt":"2006-02-16T20:28:46","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=268"},"modified":"2006-02-16T20:28:46","modified_gmt":"2006-02-16T20:28:46","slug":"liberaliser-le-commerce-des-services-c-est-mal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/liberaliser-le-commerce-des-services-c-est-mal\/","title":{"rendered":"Lib\u00e9raliser le commerce des services, c&rsquo;est mal?"},"content":{"rendered":"<p>Les \u00e9conomistes fran\u00e7ais donnent souvent l&rsquo;impression de faire de l&rsquo;\u00e9conomie de fa\u00e7on p\u00e9riph\u00e9rique. On trouvera de nombreux travaux pour discuter la mesure des in\u00e9galit\u00e9s, d\u00e9montrer que les politiques qui ont permis de r\u00e9duire le ch\u00f4mage ailleurs ne marchent pas forc\u00e9ment, ou aller chercher des poux dans le d\u00e9veloppement \u00e9conomique fantastique que connaissent les pays en d\u00e9veloppement convertis au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Mais r\u00e9pondent-ils \u00e0 la question fondamentale pos\u00e9e par David Ricardo qui est de savoir pourquoi et comment nos \u00e9conomies peuvent \u00eatre plus riches? Cette question \u00e9tudi\u00e9e s\u00e9rieusement donne lieu \u00e0 de multiples puzzles et demande d&rsquo;\u00e9carter les id\u00e9es simplistes. Pourtant il y a quelques principes fondamentaux qui survivent \u00e0 toute tentative de remise en cause (et elles sont nombreuses). Parmi eux, l&rsquo;avantage comparatif expliqu\u00e9 par ce m\u00eame David Ricardo qui portait son attention sur une question centrale de l&rsquo;\u00e9conomie, celle de la cr\u00e9ation des richesses.<\/p>\n<p>Il y a bien s\u00fbr un d\u00e9bat sur les vertus du libre-\u00e9change et le r\u00f4le exact de la politique commerciale dans la croissance. Pourtant les travaux empiriques donnent sans \u00e9quivoque un avantage en mati\u00e8re de croissance aux pays qui ouvrent leur \u00e9conomie \u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re. Si d\u00e9bat il y a, tel que celui entre Dani Rodrik et Jeffrey Sachs \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, ce n&rsquo;est pas tant pour dire que les \u00e9conomies ouvertes n&rsquo;ont pas une croissance \u00e9conomique sup\u00e9rieure que de savoir ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment a provoqu\u00e9 le surcro\u00eet de croissance que l&rsquo;on observe (des gens comme Rodrik soutenant que c&rsquo;est dans les institutions ou d&rsquo;autres changements \u00e9conomiques et sociaux que les pays trouvent la source de leur d\u00e9veloppement). En fait ce d\u00e9bat n&rsquo;est pas tr\u00e8s important en pratique car m\u00eame les \u00e9conomistes les plus attach\u00e9s au march\u00e9 reconna\u00eetront la valeur des institutions et l&rsquo;ouverture aux \u00e9changes n&rsquo;en reste pas moins un \u00e9l\u00e9ment important de toute strat\u00e9gie r\u00e9ussie de croissance.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;apporte au fond la concurrence \u00e9trang\u00e8re dans une \u00e9conomie que l&rsquo;on ouvre? Elle est source de gains de productivit\u00e9 qui se manifestent de plusieurs fa\u00e7ons. Pour simplifier, on peut les diviser en deux types. Il y a d&rsquo;abord la cr\u00e9ation d&rsquo;une comp\u00e9tition qui par la menace de perdre des parts de march\u00e9 va inciter les entreprises domestiques \u00e0 am\u00e9liorer leurs m\u00e9thodes de production et \u00e0 faire des produits r\u00e9pondant mieux aux attentes des consommateurs ou vendus \u00e0 un prix inf\u00e9rieur. L\u00e0 o\u00f9 les entreprises domestiques pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier de situations de rente, elle sont maintenant soumises \u00e0 la concurrence et sont contraintes \u00e0 augmenter leur productivit\u00e9. Ce processus peut certes \u00eatre d\u00e9plaisant pour les entreprises et leurs salari\u00e9s mais \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e le pays entier est plus riche (et les salari\u00e9s de ces entreprises eux aussi puisqu&rsquo;ils b\u00e9n\u00e9ficieront les premiers des gains de productivit\u00e9). Le deuxi\u00e8me m\u00e9canisme \u00e0 l&rsquo;oeuvre est celui du transfert de technologie et de savoir. Les entreprises \u00e9trang\u00e8res ne se contentent pas de concurrencer les firmes nationales, elles vont aussi passer des contrats avec des fournisseurs domestiques, conseiller des clients, faire b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;autres entreprises du pays de leur savoir-faire et de leurs produits, former des employ\u00e9s qui apr\u00e8s auront un capital humain plus important qui sera disponible pour les entreprises domestiques. Bref, dans la mesure o\u00f9 les entrerprises \u00e9trang\u00e8res sont plus productives, elles diffuseront volontairement ou non leur savoir \u00e0 l&rsquo;origine de cette productivit\u00e9 plus importante. Et si elles ne sont pas plus productives? Elles ne pourront pas entrer sur le march\u00e9 domestique par d\u00e9finition. Tout n&rsquo;est \u00e9videmment pas tout rose et il y a de nombreuses raisons pour voir ce sc\u00e9nario ne pas se produire pour toutes les entreprises et tous les secteurs et sans heurts mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un pays c&rsquo;est ce qu&rsquo;on observe avec tr\u00e8s peu d&rsquo;exceptions. Et sur le plan macro\u00e9conomique, ces changements op\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;arriv\u00e9e des entreprises \u00e9trang\u00e8res vont modifier la structure de la production et orienter le pays vers les secteurs o\u00f9 il dispose d&rsquo;un avantage comparatif. La th\u00e9orie ricardienne de l&rsquo;\u00e9change reste la mieux v\u00e9rifi\u00e9e sur le plan empirique.<\/p>\n<p>La discussion sur la directive Bolkestein laisse donc perplexe pour toute personne ayant connaissance des m\u00e9canismes d\u00e9crits ci-dessus. Dans le domaine des biens manufactur\u00e9s, malgr\u00e9 toute l&rsquo;id\u00e9ologie dont la France sait faire preuve, une ouverture quasi compl\u00e8te aux \u00e9changes a \u00e9t\u00e9 mise en place dans la Communaut\u00e9 europ\u00e9enne et est bien avanc\u00e9e avec le reste du monde, soit dans le cadre des n\u00e9gociations \u00e0 l&rsquo;OMC soit dans le cadre d&rsquo;accords commerciaux r\u00e9gionaux maintenant tr\u00e8s nombreux. Il y a bien s\u00fbr des secteurs comme l&rsquo;agriculture o\u00f9 le protectionnisme est encore la r\u00e8gle, mais parce que des objectifs non \u00e9conomiques pr\u00e9valent. Personne ne remettra en cause que la Politique Agricole Commune nous appauvrit mais elle est promue afin dit-on d&rsquo;assurer notre s\u00e9curit\u00e9 alimentaire ou de sauver nos campagnes de la d\u00e9sertification(ainsi que les urnes \u00e9lectorales au passage mais c&rsquo;est un autre d\u00e9bat). Au niveau multilat\u00e9ral pourtant, la lib\u00e9ralisation des services dans le GATS ne progresse pas. Dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne, les services sont d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s largement lib\u00e9ralis\u00e9s et la libre circulation des services est un principe fondamental du Trait\u00e9 de Rome. Pourtant la discussion actuelle autour de la directive Bolkestein qui veut parachever cette lib\u00e9ralisation fait ressortir une opposition au principe m\u00eame.<\/p>\n<p>Pourquoi le secteur des services serait-il diff\u00e9rent? Pourquoi ce qui est vrai pour les biens ne le serait plus pour les services? Rappelons que les services constituent plus de 70% du PIB de nos \u00e9conomies. On ne peut s&rsquo;\u00e9tonner de la croissance faible dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne et emp\u00eacher un des moteurs principaux de la croissance de fonctionner. Il y a bien des caract\u00e9ristiques propres au secteur des services mais elles ne sont pas de nature \u00e0 remettre en cause les vertus de leur lib\u00e9ralisation. On peut laisser de c\u00f4t\u00e9 pour le moment le cas tr\u00e8s particulier de services publics qui devraient \u00e9chapper \u00e0 la concurrence. Parlons des services qui s&rsquo;\u00e9changent qui sont pour l&rsquo;essentiel des services commerciaux. Une premi\u00e8re caract\u00e9ristique du secteur des services est que sa lib\u00e9ralisation s&rsquo;op\u00e8re de fa\u00e7on plus compliqu\u00e9e que pour les biens. Alors que faire dispara\u00eetre les droits de douane et les diverses barri\u00e8res aux fronti\u00e8res rend largement accessible aux biens \u00e9trangers le march\u00e9 domestique, il en va diff\u00e9remment des services qui pour certains n\u00e9cessitent un investissement, un d\u00e9placement de personne (le prestataire de service ou son client), la reconnaissance d&rsquo;un dipl\u00f4me, l&rsquo;application d&rsquo;une r\u00e9glementation n&rsquo;\u00e9tant pas au d\u00e9savantage des entreprises \u00e9trang\u00e8res. C&rsquo;est cette complexit\u00e9 qui explique que la lib\u00e9ralisation des services se fait lentement et n\u00e9cessite comme on le voit au niveau europ\u00e9en de nombreuses directives. Mais les gains \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e sont potentiellement importants. Car on a l&rsquo;habitude de dire que la productivit\u00e9 augmente moins vite dans le secteur des services. Mais pr\u00e9cis\u00e9ment parce que ce secteur est largement prot\u00e9g\u00e9, naturellement par ses modes de fourniture (c&rsquo;est plus dur pour un coiffeur chinois de concurrencer le coiffeur du coin de votre rue) mais aussi artificiellement par un ensemble de r\u00e9glementations qui \u00e9chappent \u00e0 la n\u00e9gociation commerciale. Autrement, il n&rsquo;y a pas de fatalit\u00e9 \u00e0 une augmentation faible de la productivit\u00e9 dans les services et cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 par Internet qui permet de se jouer de ces barri\u00e8res et a fait faire un bond de productivit\u00e9 aux \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es (pas par hasard).<\/p>\n<p>On peut discuter sur le principe du \u00ab\u00a0pays d&rsquo;origine\u00a0\u00bb qui cr\u00e9erait une situation in\u00e9dite, \u00e0 savoir l&rsquo;application du droit d&rsquo;un pays \u00e9tranger dans l&rsquo;exercice d&rsquo;une activit\u00e9 \u00e9conomique sur le territoire national. Cela ne peut s&rsquo;envisager que dans le cadre d&rsquo;une int\u00e9gration pouss\u00e9e comme c&rsquo;est le cas dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Si l&rsquo;on veut r\u00e9ellement cr\u00e9er un march\u00e9 commun et unir politiquement l&rsquo;Europe il s&rsquo;agit d&rsquo;un m\u00e9canisme formidable qui pousse \u00e0 ce qui n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 possible jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, une harmonisation des l\u00e9gistlations fiscales et sociales. Il est dommage de voir cette opportunit\u00e9 sous l&rsquo;angle de la concurrence d\u00e9loyale du plombier polonais. La r\u00e8gle d&rsquo;origine pousserait davantage \u00e0 un nivellement vers le haut pour les pays r\u00e9cemment entr\u00e9s dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne qu&rsquo;au nivellement vers le bas que les opposants \u00e0 la directive Bolkestein annoncent. Mais le principe du \u00ab\u00a0pays d&rsquo;origine\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas indispensable \u00e0 la lib\u00e9ralisation du commerce des services et ne saurait \u00eatre un instrument r\u00e9aliste si on songe \u00e0 une lib\u00e9ralisation plus large vis-\u00e0-vis des autres \u00e9conomies de la plan\u00e8te et en particulier celles des pays en d\u00e9veloppement. Ce serait aussi pour eux une chance \u00e9norme que de voir enfin les gains du commerce se concr\u00e9tiser autre part que dans quelques denr\u00e9es agricoles de base et produits industriels au nombre limit\u00e9. Le monde en d\u00e9veloppement aussi peut connaitre un essor dans le secteur des services qui sera plus \u00e0 m\u00eame d&rsquo;assurer une croissance forte. Et la richesse venant de la diff\u00e9rence dans les caract\u00e9ristiques \u00e9conomiques (c&rsquo;est cela l&rsquo;avantage comparatif) ce sont avec les pays en d\u00e9veloppement que les gains de la lib\u00e9ralisation sont les plus importants. Dans le cadre europ\u00e9en, c&rsquo;est avec les nouveaux pays membres qu&rsquo;il y a aussi le plus \u00e0 gagner.<\/p>\n<p>Si la directive Bolkestein passe, un petit pas aura \u00e9t\u00e9 fait pour mettre en place une lib\u00e9ralisation effective des \u00e9changes de service, m\u00eame sans le principe de la r\u00e8gle du \u00ab\u00a0pays d&rsquo;origine\u00a0\u00bb, \u00e0 condition que ce principe soit remplac\u00e9 par des garanties r\u00e9elles sur un traitement non discriminatoire pour les prestataires de service \u00e9tranger. Il est n\u00e9anmoins regrettable que cela doive se faire par une sorte de passage en force allant contre le vent des opinions populaires. Car on est l\u00e0 au coeur des m\u00e9canismes \u00e9conomiques qui peuvent rendre nos soci\u00e9t\u00e9s plus riches et donc r\u00e9ellement avoir un impact sur les in\u00e9galit\u00e9s et la mis\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Les \u00e9conomistes fran\u00e7ais donnent souvent l&rsquo;impression de faire de l&rsquo;\u00e9conomie de fa\u00e7on p\u00e9riph\u00e9rique. 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