{"id":6192,"date":"2005-02-08T15:35:01","date_gmt":"2005-02-08T15:35:01","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=192"},"modified":"2018-10-11T23:17:16","modified_gmt":"2018-10-11T22:17:16","slug":"economie-appliquee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/economie-appliquee\/","title":{"rendered":"Economie appliqu\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><body>  Hier soir, c&rsquo;&eacute;tait le <b><a href=\"http:\/\/www.superbowl.com\/\">Superbowl<\/a><\/b>, la grande finale du football am&eacute;ricain. Je doute que beaucoup de lecteurs de ce site soient afficionados de ce sport (et ils ont bien tort); mais c&rsquo;est l&rsquo;occasion de montrer comment l&rsquo;analyse &eacute;conomique, parfois, peut mettre en &eacute;vidence de bien &eacute;tranges r&eacute;sultats.<\/p>\n<p>Le superbowl d&rsquo;hier soir, en tant que tel, n&rsquo;a pas permis de valider de th&egrave;se &eacute;conomique. Mais prenons le 36&egrave;me superbowl, il y a trois ans, qui opposait les Rams de Saint Louis aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre. A l&rsquo;&eacute;poque, les Rams &eacute;taient largement favoris : ils ont finalement, au terme d&rsquo;un match superbe, perdu la rencontre, ouvrant au passage une impressionnante s&eacute;rie de victoires pour les Patriots.<br \/>  Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les r&egrave;gles du jeu, l&rsquo;&eacute;quipe qui attaque a droit &agrave; 4 tentatives pour franchir 10 yards. Si elle y parvient, elle repart, l&rsquo;objectif &eacute;tant de franchir tout le terrain jusqu&rsquo;&agrave; la ligne d&rsquo;en-but de l&rsquo;adversaire pour marquer un essai &agrave; 7 points (comme au rugby). Si elle n&rsquo;y parvient pas, il est possible de tirer un coup de pied de p&eacute;nalit&eacute;, qui s&rsquo;il passe entre les poteaux adverses rapporte trois points.<br \/>  Lors de chaque quatri&egrave;me tentative, les &eacute;quipes &agrave; l&rsquo;attaque sont donc face au dilemme suivant : faut-il chercher &agrave; franchir les 10 yards pour repartir, ou tirer un coup de pied? Le plus souvent, lorsqu&rsquo;elles sont &agrave; une distance raisonnable, elles privil&eacute;gient le coup de pied. C&rsquo;est ce qu&rsquo;a d&eacute;cid&eacute;, il y a trois ans, l&rsquo;entra&icirc;neur des Rams de Saint Louis, &agrave; deux reprises. Alors qu&rsquo;il disposait d&rsquo;une quatri&egrave;me tentative, dans le camp adverse, il a fait tirer des coups de pied, r&eacute;ussissant la premi&egrave;re fois (et marquant 3 points) et ratant la seconde fois. Personne ne lui a rien reproch&eacute; sur ces deux d&eacute;cisions : selon les standards de jeu en football am&eacute;ricain, tout entra&icirc;neur prendrait la m&ecirc;me d&eacute;cision.<br \/>  Pourtant, si l&rsquo;on en croit <b><a  href=\"http:\/\/emlab.berkeley.edu\/users\/dromer\/index.shtml\">David Romer<\/a><\/b>, il avait tort. D. Romer s&rsquo;est int&eacute;ress&eacute;, &agrave; l&rsquo;aide de programmation dynamique, &agrave; la strat&eacute;gie du football am&eacute;ricain. Il a appliqu&eacute; sa technique pour &eacute;tudier tous les matchs de football am&eacute;ricain de premi&egrave;re division des saisons 1998, 1999, et 2000. Il en a tir&eacute; <b><a  href=\"http:\/\/emlab.berkeley.edu\/users\/dromer\/papers\/nber9024.pdf\">un article<\/a><\/b> sur la tactique qu&rsquo;il faudrait suivre, selon la position, la distance &agrave; gagner. Le r&eacute;sultat de cette &eacute;tude est racont&eacute; dans le remarquable <b><a  href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&#038;Date_index=20050107010108\">\u00ab\u00a0wisdom of crowds\u00a0\u00bb<\/a><\/b> de J. Surowiecki. Dans la premi&egrave;re configuration, le coup de pied rapportait en moyenne 1 point; poursuivre pour franchir les 10 yards et obtenir 4 nouvelles tentatives rapportait en moyenne trois points, avec 60% de chances de franchir cette distance, soit un gain esp&eacute;r&eacute; de 0.6&#215;3 = 1.8 points. Il aurait donc &eacute;t&eacute; pr&eacute;f&eacute;rable pour l&rsquo;entra&icirc;neur des rams de poursuivre l&rsquo;offensive plut&ocirc;t que de tirer un coup de pied. Ce r&eacute;sultat est g&eacute;n&eacute;ralisable : ce que montre de fa&ccedil;on &eacute;tonnante Romer, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;est pratiquement jamais int&eacute;ressant de tirer un coup de pied pour marquer des points : en r&eacute;alit&eacute;, les &eacute;quipes de football am&eacute;ricain devraient adopter un jeu beaucoup plus offensif que celui qu&rsquo;elles utilisent.<br \/>  On pourrait dire que cette &eacute;tude doit rater toute une s&eacute;rie de facteurs : en &eacute;tant fond&eacute;e sur des statistiques de matchs anciens, elle n&eacute;glige les sp&eacute;cificit&eacute;s des &eacute;quipes, et l&rsquo;importance des circonstances en jeu. C&rsquo;est fort possible; mais cela joue dans les deux sens. Par exemple, les Rams cette ann&eacute;e l&agrave; &eacute;taient une superbe &eacute;quipe offensive, meilleure que la moyenne : ses chances de r&eacute;ussir &agrave; franchir les 10 yards &eacute;taient donc probablement <i>sup&eacute;rieures<\/i> &agrave; 60%. Par ailleurs, ce n&rsquo;est pas la premi&egrave;re fois que des croyances unanimement partag&eacute;es par les entra&icirc;neurs, les commentateurs, d&rsquo;un sport, sont test&eacute;es statistiquement et invalid&eacute;es. L&rsquo;un des exemples typiques est celui de la \u00ab\u00a0main chaude\u00a0\u00bb au basket (situation dans laquelle un joueur est un jour en &eacute;tat de gr&acirc;ce et marque &eacute;norm&eacute;ment de paniers). Statistiquement, il a &eacute;t&eacute; prouv&eacute; que le ph&eacute;nom&egrave;ne de \u00ab\u00a0main chaude\u00a0\u00bb n&rsquo;existe pas : le fait d&rsquo;avoir eu une bonne s&eacute;rie n&rsquo;influe jamais sur les chances pour un basketteur de marquer plus de paniers dans la suite du match. Il est fort possible donc que les analyses de Romer soient fausses : mais il est &eacute;galement possible que les strat&eacute;gies des entra&icirc;neurs, unanimement reconnues, soient erronn&eacute;es. <br \/>  Par ailleurs, dans un autre sport am&eacute;ricain &#8211; le base-ball &#8211; il a &eacute;t&eacute; possible de v&eacute;rifier ce ph&eacute;nom&egrave;ne. Michael Lewis raconte dans <b><a  href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/0393324818\/qid=1107810915\/ref=sr_8_xs_ap_i1_xgl\/171-7736361-8957054\">Moneyball<\/a><\/b> comment deux techniciens, en reprenant les r&egrave;gles du base-ball de z&eacute;ro, en oubliant toutes les connaissances communes accumul&eacute;es sur le sujet, ont r&eacute;ussi &agrave; constituer pour un co&ucirc;t d&eacute;risoire une &eacute;quipe &agrave; succ&egrave;s. Il est donc tout &agrave; fait possible qu&rsquo;il existe des techniques, des fa&ccedil;ons d&rsquo;aborder le jeu, &agrave; m&ecirc;me d&rsquo;accro&icirc;tre consid&eacute;rablement les performances, et qui ne sont pas utilis&eacute;es par les entra&icirc;neurs.<br \/>  Comment expliquer ce ph&eacute;nom&egrave;ne? Une premi&egrave;re explication est l&rsquo;attitude face au risque. Le choix du coup de pied au but est un choix plus s&ucirc;r que le fait de poursuivre l&rsquo;offensive. Certes, &agrave; long terme, il est pr&eacute;f&eacute;rable d&rsquo;&ecirc;tre offensif; mais cela n&rsquo;est valable que sur un grand nombre de matchs. Sur un seul match &agrave; gros enjeu, peut-&ecirc;tre que les entra&icirc;neurs pr&eacute;f&egrave;rent jouer la s&eacute;curit&eacute;. Mais il est possible aussi que les tactiques &agrave; suivre en football am&eacute;ricain soient le fruit de conventions autovalidantes : j&rsquo;adopte cette strat&eacute;gie parce que les autres le font aussi, et comme chacun tient le m&ecirc;me raisonnement, au bout du compte tout le monde adopte cette strat&eacute;gie sans s&rsquo;interroger sur son bien-fond&eacute;.<br \/>  Et ce ph&eacute;nom&egrave;ne est familier des &eacute;conomistes : on le rencontre par exemple avec les gestionnaires de fonds, qui tendent &agrave; adopter des comportements remarquablement similaires. Ce qui est &eacute;trange : apr&egrave;s tout, ce que vise un gestionnaire de fond, c&rsquo;est de faire mieux que les autres (et mieux que le march&eacute;). Mais il est facile de comprendre qu&rsquo;il est impossible &agrave; tous les gestionnaires de fonds d&rsquo;&ecirc;tre meilleurs que les autres : d&egrave;s lors qu&rsquo;il y a une moyenne, il y en aura qui risqueront d&rsquo;&ecirc;tre moins bons que les autres et qui perdront leurs clients. Dans ces conditions, mieux vaut faire comme les autres, m&ecirc;me si l&rsquo;on n&rsquo;est pas persuad&eacute; du bien-fond&eacute; de leur strat&eacute;gie : au moins, personne ne pourra nous reprocher de l&rsquo;avoir fait. Comme le disait Keynes, il vaut mieux avoir tort avec les autres que raison contre tous les autres. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne fait partie de ceux qui causent, entre autres, les<b><a  href=\"http:\/\/econoclaste.fr.st.free.fr\/blog\/html\/modules.php?op=modload&amp;name=News&amp;file=article&amp;sid=55\"> bulles sp&eacute;culatives<\/a><\/b>.<br \/>  De telles conventions sont-elles nombreuses? Le fait est en tout cas que ce concept de conventions autovalidantes permet d&rsquo;expliquer bon nombre de bizarerries du fonctionnement des &eacute;conomies.<\/p>\n<p>  A part &ccedil;a, comme presque tout le monde l&rsquo;avait pr&eacute;vu, hier soir, les Patriots ont battu les Eagles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Hier soir, c&rsquo;&eacute;tait le Superbowl, la grande finale du football am&eacute;ricain. 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