{"id":6173,"date":"2004-12-13T14:12:56","date_gmt":"2004-12-13T14:12:56","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=173"},"modified":"2018-10-11T23:00:23","modified_gmt":"2018-10-11T22:00:23","slug":"travailler-plus-pour-travailler-moins-commentaire-de-ceteris-paribus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/travailler-plus-pour-travailler-moins-commentaire-de-ceteris-paribus\/","title":{"rendered":"Travailler plus pour travailler moins : commentaire de Ceteris Paribus"},"content":{"rendered":"<p><body> <b><a  href=\"http:\/\/ceteris-paribus.blogspot.com\/2004\/12\/travailler-moins-pour-vivre-mieux.html\">Emmanuel sur Ceteris Paribus<\/a><\/b> a lanc&eacute; un fort int&eacute;ressant d&eacute;bat consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;am&eacute;lioration du bien-&ecirc;tre dans les pays d&eacute;velopp&eacute;s en r&eacute;duisant la quantit&eacute; de travail. Cette question a &eacute;t&eacute; indirectement abord&eacute;e sur ce blog dans un<b><a  href=\"http:\/\/econoclaste.fr.st.free.fr\/html\/modules.php?op=modload&amp;name=News&amp;file=article&amp;sid=33\"> post r&eacute;cent<\/a><\/b>; par ailleurs le sujet devrait faire l&rsquo;objet de d&eacute;veloppements compl&eacute;mentaires, puisque le message a pour l&rsquo;instant d&eacute;crit le sujet de fa&ccedil;on fort compl&egrave;te, avant un prochain post consacr&eacute; aux moyens. Je ne saurais que trop recommander la lecture du<b><a  href=\"http:\/\/ceteris-paribus.blogspot.com\/2004\/12\/travailler-moins-pour-vivre-mieux.html\"> post de Ceteris Paribus<\/a><\/b> sur le sujet; je voudrais apporter ici quelques id&eacute;es et commentaires sur cette question.<\/p>\n<p>Commen&ccedil;ons par mon principal point d&rsquo;accord avec l&rsquo;article de Ceteris Paribus : Le d&eacute;sir de r&eacute;duire sa quantit&eacute; de travail est tr&egrave;s r&eacute;pandu et cette diminution est lorsqu&rsquo;elle est d&eacute;sir&eacute;e source de bien-&ecirc;tre. Je l&rsquo;ai cit&eacute; r&eacute;cemment (et je vais le citer tout au long de ce post, car ses analyses sont tr&egrave;s pertinentes sur ce sujet), Robert Fogel dans \u00ab\u00a0<b><a  href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/0521004888\/qid=1102969300\/ref=sr_8_xs_ap_i1_xgl\/171-5671894-3375463\">The escape from Hunger and Premature Death<\/a><\/b>\u00a0\u00bb a calcul&eacute; les &eacute;lasticit&eacute;s-revenu de la demande de diff&eacute;rents biens et services sur le long terme : il appara&icirc;t que ce qui fait l&rsquo;objet de l&rsquo;&eacute;lasticit&eacute; la plus forte (ce qui est le plus consomm&eacute; lorsque le revenu augmente) est dans l&rsquo;ordre la sant&eacute;, l&rsquo;&eacute;ducation et le temps libre. L&rsquo;&eacute;tude de s&eacute;ries temporelles longues permet de le v&eacute;rifier : la r&eacute;duction du temps de travail est une tendance s&eacute;culaire dans tous les pays d&eacute;velopp&eacute;s. Il y a un peu plus d&rsquo;un si&egrave;cle les fran&ccedil;ais travaillaient 80 heures par semaine, cette dur&eacute;e a &eacute;t&eacute; plus que divis&eacute;e par deux depuis. Ils &lsquo;agit d&rsquo;une r&eacute;alit&eacute; tr&egrave;s importante (et trop souvent n&eacute;glig&eacute;e dans le d&eacute;bat public) : l&rsquo;aspiration &agrave; consommer plus de temps libre lorsque la productivit&eacute; augmente est extr&ecirc;mement forte. Il est &eacute;vident que ce ph&eacute;nom&egrave;ne \u00ab\u00a0nuit &agrave; la croissance\u00a0\u00bb : si les fran&ccedil;ais travaillaient autant qu&rsquo;il y a un si&egrave;cle ils disposeraient d&rsquo;une richesse mat&eacute;rielle suppl&eacute;mentaire consid&eacute;rable. Mais cela a pour effet d&rsquo;accro&icirc;tre tout aussi consid&eacute;rablement le bien-&ecirc;tre des gens, qui n&rsquo;ont pas envie de perdre leur vie &agrave; la gagner. Pouvoir consacrer une partie de plus en plus importante de son temps de vie &agrave; des activit&eacute;s d&eacute;sir&eacute;es est probablement le bienfait le plus important que les hommes aient retir&eacute; de la soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;abondance offerte par le capitalisme.<br \/> Si cette diminution s&eacute;culaire est g&eacute;n&eacute;rale, on constate cependant des diff&eacute;rences importantes, que marque tr&egrave;s bien Ceteris Paribus. Il existe en effet des &eacute;carts consid&eacute;rables dans les dur&eacute;es de travail annuelles des habitants selon les pays. On a m&ecirc;me constat&eacute; un tassement, voire un retournement de tendance r&eacute;cemment. En France, on a constat&eacute; une <b><a  href=\"http:\/\/www.insee.fr\/fr\/ffc\/docs_ffc\/ES352-353A.pdf\">\u00ab\u00a0pause\u00a0\u00bb dans la r&eacute;duction s&eacute;culaire du temps de travail<\/a><\/b> pour les personnes &agrave; haut revenu. Aux USA, le temps de travail a l&eacute;g&egrave;rement augment&eacute; depuis les ann&eacute;es 70, et en Grande-Bretagne il a stagn&eacute;. Dans le m&ecirc;me temps, on constate par sondages et enqu&ecirc;tes que la majorit&eacute; des gens continuent de souhaiter travailler moins. Comment expliquer ce ph&eacute;nom&egrave;ne?<br \/> Ceteris Paribus pr&eacute;sente toute une s&eacute;rie d&rsquo;arguments allant dans le sens suivant : les gens ne sont pas libres du choix de leur temps de travail, et pour toute une s&eacute;rie de raisons ils se retrouvent dans des situations dans lesquelles ils travaillent tous plus qu&rsquo;ils ne le souhaiteraient. Cela laisse donc appara&icirc;tre la possibilit&eacute; d&rsquo;une <b><a  href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=26#O\">am&eacute;lioration au sens de Pareto<\/a><\/b>, c&rsquo;est &agrave; dire une situation dans laquelle il est possible d&rsquo;accro&icirc;tre la satisfaction de tout le monde sans d&eacute;grader celle de qui que ce soit, en trouvant un moyen pour que les gens, collectivement, se coordonnent pour r&eacute;duire leur temps de travail. Les arguments avanc&eacute;s rel&egrave;vent de deux cat&eacute;gories :<br \/> &#8211; l&rsquo;existence d&rsquo;obstacles divers sur le march&eacute; du travail emp&ecirc;chant les gens d&rsquo;ajuster leur temps de travail &agrave; leurs pr&eacute;f&eacute;rences;<br \/> &#8211; l&rsquo;existence d&rsquo;un <b><a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=26#E\">effet externe n&eacute;gatif<\/a><\/b> : les gens ne d&eacute;terminent pas leur consommation en fonction de ce qu&rsquo;ils veulent pas en fonction de ce que font leurs voisins. Ils risquent donc de se lancer dans une course sans fin &agrave; la distinction, pour avoir \u00ab\u00a0mieux\u00a0\u00bb que le voisin, mais se retrouveront finalement tous au m&ecirc;me niveau, en travaillant simplement beaucoup plus.<br \/> C&rsquo;est en arrivant &agrave; ces obstacles que je doute. Je ne nie certainement pas leur existence potentielle; je doute simplement de leur importance r&eacute;elle et de la n&eacute;cessit&eacute; de faire quelque chose &agrave; leur sujet.<br \/> Commen&ccedil;ons par le premier argument, celui de l&rsquo;existence d&rsquo;obstacles sur le march&eacute; du travail emp&ecirc;chant les gens d&rsquo;ajuster leur temps de travail. La litt&eacute;rature et les exemples pr&eacute;sent&eacute;s sont extr&ecirc;mement pr&eacute;cis et d&eacute;velopp&eacute;s. Sont cit&eacute;s un <b><a  href=\"http:\/\/ideas.repec.org\/a\/aea\/aecrev\/v86y1996i3p329-48.html\">article de l&rsquo;AER<\/a><\/b> montrant que les modes de r&eacute;mun&eacute;ration dans les cabinets d&rsquo;avocats am&eacute;ricains conduisent &agrave; une forte \u00ab\u00a0pression des pairs\u00a0\u00bb incitant chaque associ&eacute; &agrave; travailler beaucoup plus qu&rsquo;il ne souhaiterait individuellement, ainsi qu&rsquo;une <b><a  href=\"http:\/\/www.iser.essex.ac.uk\/pubs\/workpaps\/pdf\/2001-06.pdf\">&eacute;tude sur les salari&eacute;s britanniques<\/a><\/b> montrant que les salari&eacute;s &agrave; plein temps souhaitent r&eacute;duire leur temps de travail &agrave; salaire horaire &eacute;gal, ne peuvent pas le faire chez leur employeur du moment, et sont oblig&eacute;s de changer d&#8217;emploi pour ajuster leur temps de travail &agrave; leurs aspirations. Cependant, &agrave; la lecture de ces articles, on ne eput qu&rsquo;&ecirc;tre un peu sceptique sur la nature de ces \u00ab\u00a0obstacles\u00a0\u00bb &agrave; l&rsquo;ajustement du temps de travail aux go&ucirc;ts individuels.<br \/> Que ce soit dans le cas des avocats am&eacute;ricains ou des salari&eacute;s anglais, on se demande : pourquoi ne changent-ils pas d&#8217;emploi s&rsquo;ils veulent vraiment r&eacute;duire leur temps de travail? L&rsquo;explication vient probablement de ce que les alternatives ne sont gu&egrave;re satisfaisantes. Mais si l&#8217;emploi \u00ab\u00a0id&eacute;al\u00a0\u00bb n&rsquo;existe pas, est-ce vraiment un probl&egrave;me? Prenons un exemple. Je consomme chaque jour un pot d&rsquo;une certaine marque de yaourt, et je fais mes courses une fois par semaine. Dans ces conditions, j&rsquo;ai un probl&egrave;me, car les yaourts en question ne sont qu&rsquo;en emballages de 4 ou 6 pots. J&rsquo;ai donc le choix entre acheter deux fois 4 pots (et constituer un stock) ou une fois 6 (et me priver un jour). Effectivement, si les yaourts pouvaient &ecirc;tre conditionn&eacute;s en paquets de 7, ce serait l&rsquo;id&eacute;al pour moi. Lorsque j&rsquo;ach&egrave;te un paquet de 6, je serais dispos&eacute; &agrave; acheter un pot suppl&eacute;mentaire au prix unitaire des 6 autres. Personne pourtant ne consid&eacute;rerait qu&rsquo;il s&rsquo;agit l&agrave; d&rsquo;un &eacute;chec du march&eacute;. Ceci d&rsquo;autant plus que le choix de l&rsquo;unit&eacute; est parfaitement arbitraire : apr&egrave;s tout j&rsquo;appr&eacute;cierais aussi peut-&ecirc;tre des pots plus remplis (ou moins). Pourquoi prendre le pot comme unit&eacute; pertinente et pas le kilogramme ou le litre?<br \/> Or c&rsquo;est le m&ecirc;me genre de raisonnement qui est tenu en mati&egrave;re de temps de travail. On me dira que le travail a beaucoup plus d&rsquo;importance pour les gens que la fa&ccedil;on dont ils mangent du yaourt. C&rsquo;est exact, mais cela conduit &agrave; regarder le temps de travail diff&eacute;remment, et &agrave; se demander si nous ne sommes pas victimes d&rsquo;un effet d&rsquo;optique d&ucirc; &agrave; une fa&ccedil;on encore tr&egrave;s \u00ab\u00a0taylorienne\u00a0\u00bb de consid&eacute;rer le travail. Car si le travail aujourd&rsquo;hui apporte souvent aux gens \u00ab\u00a0trop\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0trop peu\u00a0\u00bb par rapport &agrave; ce qu&rsquo;ils veulent, c&rsquo;est avant tout parce que les postes de travail ne consistent plus tellement en un travail r&eacute;p&eacute;titif et tr&egrave;s d&eacute;compos&eacute;, mais en t&acirc;ches sp&eacute;cifiques dans lesquelles le temps de travail d&eacute;coule de ce qui est &agrave; faire et non l&rsquo;inverse. Dans ces conditions, il n&rsquo;est pas &eacute;tonnant que les gens se retrouvent &agrave; travailler trop ou trop peu par rapport &agrave; leurs d&eacute;sirs. Les interroger sur \u00ab\u00a0souhaiteriez-vous &agrave; salaire horaire constant travailler moins\u00a0\u00bb n&rsquo;a aucun sens dans la mesure ou cette possibilit&eacute;, tout simplement, n&rsquo;existe pas. Mais ceci est le r&eacute;sultat de l&rsquo;enrichissement des t&acirc;ches, de ce que le travail est pour beaucoup de gens plus int&eacute;ressant que le travail taylorien, moins physique, mais de ce fait moins d&eacute;composable en unit&eacute;s de temps qu&rsquo;auparavant.<br \/> Mais est-il vraiment si peu d&eacute;composable? Je trouve en effet tr&egrave;s contestable de continuer &agrave; s&rsquo;int&eacute;resser &agrave; la dur&eacute;e annuelle de travail des gens (ou hebdomadaire d&rsquo;ailleurs). La r&eacute;volution consid&eacute;rable que nous vivons, qui a commenc&eacute; durant les ann&eacute;es 70, est en effet la suivante. Autrefois, les gens commen&ccedil;aient par se former, puis mouraient &agrave; la t&acirc;che. La d&eacute;gradation physique li&eacute;e au travail physique, &agrave; un r&eacute;gime alimentaire et des conditions sanitaires rudimentaires (choses qui ont pratiquement disparu aujourd&rsquo;hui&#8230; Mais cette disparition est tr&egrave;s r&eacute;cente, et ne s&rsquo;est faite que durant les trente glorieuses) tuaient les gens avant qu&rsquo;ils n&rsquo;aient le temps de profiter d&rsquo;une quelconque retraite. Seule quelques cat&eacute;gories de la population (et quelques chanceux) &eacute;vitaient ce destin. Aujourd&rsquo;hui, avec une esp&eacute;rance de vie &agrave; <b><a  href=\"http:\/\/www.ined.fr\/population-en-chiffres\/france\/index.html\">60 ans de plus de 20 ans et qui ne cesse de cro&icirc;tre<\/a><\/b>, et un &acirc;ge d&rsquo;entr&eacute;e dans la vie active de plus en plus tardif, comment peut-on dire que la dur&eacute;e du travail se stabilise ou augmente? Il serait plus pertinent de consid&eacute;rer le temps de travail tout au long de la vie : or celui-ci, du fait de la hausse de l&rsquo;esp&eacute;rance de vie (et de la qualit&eacute; de vie apr&egrave;s l&rsquo;&acirc;ge de la retraite) tient une part de plus en plus r&eacute;duite dans la vie des gens, et cette baisse-l&agrave; ne s&rsquo;est pas interrompue.<\/p>\n<p> Si l&rsquo;on prend en compte cette nouvelle situation &#8211; le fait que d&eacute;sormais, les gens ont un apr&egrave;s-travail, dans lequel ils pourront b&eacute;n&eacute;ficier de loisirs en bonne sant&eacute; pendant tr&egrave;s longtemps &#8211; l&rsquo;image des &eacute;volutions am&eacute;ricaines et anglaises, et la comparaison avec la situation des pays europ&eacute;ens dans lesquels la dur&eacute;e annuelle du travail a beaucoup ces derniers temps diminu&eacute;, change du tout au tout. Si l&rsquo;on sait que l&rsquo;on aura, apr&egrave;s sa vie active, une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es &agrave; occuper, que doit-on faire? La r&eacute;ponse est, chercher &agrave; lisser sa consommation tout au long de sa vie. Ce qui implique de travailler plus pendant sa vie active pour se constituer un patrimoine que l&rsquo;on pourra consommer lors de son apr&egrave;s-travail. De travailler donc beaucoup en d&eacute;but de vie active, et de diminuer progressivement son activit&eacute;. Or c&rsquo;est exactement ce que font les salari&eacute;s am&eacute;ricains : la hausse de travail constat&eacute;e aux USA porte sur les d&eacute;buts de carri&egrave;re, ensuite, le temps de travail diminue. Comme le constate Fogel, en 1995, 48% des travailleurs adultes am&eacute;ricains avaient soit r&eacute;duit leurs heures de travail, refus&eacute; une promotion exigeant plus de travail, r&eacute;duit leurs engagements, r&eacute;duit leurs aspirations mat&eacute;rielles, ou d&eacute;m&eacute;nag&eacute; vers un endroit o&ugrave; l&rsquo;on vit plus tranquillement au cours des 5 ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes. Par contre les 10 premi&egrave;res ann&eacute;es de vie active sont plus ardues qu&rsquo;auparavant pour bon nombre de salari&eacute;s. On comprend qu&rsquo;alors les salari&eacute;s trouvent l&rsquo;activit&eacute; plus dure et d&eacute;clarent souhaiter r&eacute;duire leur activit&eacute; tout en se gardant soigneusement de le faire. R&eacute;duire leur temps de travail accro&icirc;trait-il vraiment leur bien-&ecirc;tre tout au long de la vie? Il devient tout &agrave; fait possible de d&eacute;clarer que limiter la dur&eacute;e de la semaine de travail, ou taxer fortement le revenu du travail, risque de consid&eacute;rablement d&eacute;grader leur situation : en les emp&ecirc;chant de gagner beaucoup en travaillant beaucoup alors qu&rsquo;ils sont jeunes et tr&egrave;s productifs, on risque de leur imposer de travailler &agrave; un &acirc;ge plus &eacute;lev&eacute;, &agrave; un moment ou le travail sera per&ccedil;u comme beaucoup plus p&eacute;nible et sera moins productif, donc moins r&eacute;mun&eacute;rateur. Le gain sur le moment aurait un co&ucirc;t &eacute;lev&eacute; plus tard. Il est fort possible que l&rsquo;argument de <b><a  href=\"http:\/\/econoclaste.fr.st.free.fr\/html\/modules.php?op=modload&amp;name=News&amp;file=article&amp;sid=33\">Prescott<\/a><\/b> soit juste : par la fiscalit&eacute;, on emp&ecirc;che les europ&eacute;ens de travailler autant ils le voudraient; mais le r&eacute;sultat sera &agrave; terme une perte consid&eacute;rable de bien-&ecirc;tre &agrave; des &acirc;ges plus avanc&eacute;s.<br \/> On retrouve le m&ecirc;me probl&egrave;me avec la distinction de plus en plus artificielle entre travail et loisir. A l&rsquo;&eacute;poque ou ces termes ont &eacute;t&eacute; d&eacute;finis, le travail correspondait &agrave; son etymologie latine, <i>tripalium<\/i>, d&eacute;signant un instrument de torture. Il y avait alors une diff&eacute;rence claire entre ceux qui travaillent, et font un travail physique et p&eacute;nible 70 heures par semaine, et la \u00ab\u00a0classe oisive\u00a0\u00bb, la bourgeoisie fran&ccedil;aise, la <i>gentry<\/i> britannique, ou la <i>leisure class<\/i> am&eacute;ricaine magistralement d&eacute;crite par <b><a  href=\"http:\/\/xroads.virginia.edu\/%7EHYPER\/VEBLEN\/veblenhp.html\">Veblen<\/a><\/b>. Les membres des classes ais&eacute;es &eacute;taient, selon nos crit&egrave;res, tr&egrave;s peu \u00ab\u00a0oisifs\u00a0\u00bb. Dans leur jeunesse, ils devaient &eacute;tudier dans des &eacute;tablissements difficiles, devenir des athl&egrave;tes accomplis; plus tard, ils devenaient officiers militaires; ensuite, ils &eacute;taient parlementaires, ministres, magistrats, pr&ecirc;tres, m&eacute;c&egrave;nes, toutes activit&eacute;s qui sont consid&eacute;r&eacute;es aujourd&rsquo;hui comme du travail &agrave; part enti&egrave;re. La diff&eacute;rence, c&rsquo;est qu&rsquo;ils faisaient ces activit&eacute;s volontairement, &eacute;tant suffisamment riches pour ne pas avoir &agrave; se pr&eacute;occuper de travailler pour vivre. D&egrave;s cette &eacute;poque, et c&rsquo;est toujours le cas aujourd&rsquo;hui, le loisir &eacute;tait une forme volontaire d&rsquo;activit&eacute;, mais cette d&eacute;finition rend difficile la distinction aujourd&rsquo;hui entre travail et loisir &#8211; et cette distinction est en voie de disparition. Que suis-je en train de faire, moi qui &eacute;cris ce document depuis 21 heures? du travail, ou du loisir? <br \/> Autre exemple : Emmanuel cite dans son article le \u00ab\u00a0bricolage\u00a0\u00bb comme activit&eacute; de loisir. Je d&eacute;teste le bricolage. Je pr&eacute;f&eacute;rerais de beaucoup travailler une demi-journ&eacute;e de plus pendant une semaine pour pouvoir payer un artisan qui posera la tapisserie &agrave; ma place. Supposons que les heures suppl&eacute;mentaires soient tellement tax&eacute;es que l&rsquo;op&eacute;ration ne deviendrait plus possible sauf &agrave; travailler vraiment beaucoup, ou soient consid&eacute;rablement limit&eacute;es; je me retrouverais donc &agrave; passer un week-end &agrave; poser la tapisserie moi-m&ecirc;me, &agrave; disposer donc de \u00ab\u00a0loisirs\u00a0\u00bb suppl&eacute;mentaires. Je peux certifier que mon bien-&ecirc;tre serait consid&eacute;rablement r&eacute;duit dans l&rsquo;op&eacute;ration. Mon exemple est-il isol&eacute;? On constate que le bricolage tient une part consid&eacute;rable parmi les \u00ab\u00a0loisirs\u00a0\u00bb des fran&ccedil;ais. Pour beaucoup, cela doit correspondre &agrave; une aspiration r&eacute;elle. Mais pour combien cela correspond-il &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de faire soi-m&ecirc;me faute de disposer d&rsquo;un revenu suffisant pour faire faire, &agrave; cause de pr&eacute;l&egrave;vements fiscaux et de r&egrave;glementations contraignantes?<br \/> L&rsquo;exemple de la garde des enfants est du m&ecirc;me ordre. La passionnante note cit&eacute;e par Emmanuel sur \u00ab\u00a0home alone\u00a0\u00bb un livre sur le triste destin des enfants am&eacute;ricains priv&eacute;s de parents depuis que leurs m&egrave;res (indignes) sont entr&eacute;es sur le march&eacute; du travail montre parfaitement l&rsquo;esprit de patronage qu&rsquo;il y a &agrave; souhaiter ramener les gens &agrave; la maison plut&ocirc;t qu&rsquo;au travail. Au risque d&rsquo;&ecirc;tre politiquement incorrect &agrave; une &eacute;poque qui glorifie l&rsquo;enfant-merveille, je voudrais rappeler que si les enfants constituent selon leurs d&eacute;claration la plus grande joie des couples, ils constituent aussi leur principale source d&rsquo;exasp&eacute;ration (et le mot est faible). Il y a donc beaucoup de gens qui sont contents de ne pas rester coll&eacute;s &agrave; leur prog&eacute;niture &agrave; longueur de journ&eacute;e, et qui seraient ravis, n&rsquo;en d&eacute;plaise &agrave; Mary Eberstadt, de payer une baby-sitter quitte &agrave; travailler plus longtemps, et sont favorables au homeschooling &agrave; condition de payer une personne qualifi&eacute;e pour faire le travail.<\/p>\n<p> Reste cependant un argument contre lequel il est tr&egrave;s difficile d&rsquo;argumenter : celui de l&rsquo;externalit&eacute; de consommation, qui vient de l&rsquo;apparition d&rsquo;une course sans fin &agrave; la consommation ostentatoire dans laquelle chacun cherche &agrave; d&eacute;passer son voisin. Il est impossible d&rsquo;argumenter contre cet argument parce qu&rsquo;il d&eacute;crit une possibilit&eacute; tr&egrave;s r&eacute;elle, mais qu&rsquo;il ne me para&icirc;t pas possible de trouver un test d&eacute;montrant l&rsquo;existence (ou la non-existence) de ce genre de m&eacute;canisme. Le fait que les gens d&eacute;clarent vouloir travailler moins ne signifie pas que c&rsquo;est ce m&eacute;canisme qui les oblige &agrave; travailler plus qu&rsquo;ils ne le souhaitent; le fait que les gens, bien que plus prosp&egrave;res, ne soient pas plus heureux qu&rsquo;avant ne d&eacute;montre rien non plus. Cela peut s&rsquo;interpr&eacute;ter de tout un tas de fa&ccedil;ons diff&eacute;rentes qu&rsquo;il serait trop long de d&eacute;velopper ici. Dans ce cas en tout cas il ne faut certainement pas limiter (ou taxer) la quantit&eacute; de travail, pour les raisons vues plus haut. Il faut au contraire cr&eacute;er une taxe sur la consommation, puisque c&rsquo;est la consommation qui cr&eacute;e l&rsquo;effet externe n&eacute;gatif. Et encourager l&rsquo;&eacute;pargne qui permet aux gens de limiter eux-m&ecirc;mes le temps de travail qui compte &#8211; le travail total tout au long de la vie. Le moins que l&rsquo;on puisse dire est que ces mesures auront un effet in&eacute;galitaire tr&egrave;s prononc&eacute; et imposent un changement radical de perspective sur le sens de la vie.<br \/> <\/body> <\/html><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Emmanuel sur Ceteris Paribus a lanc&eacute; un fort int&eacute;ressant d&eacute;bat consacr&eacute; &agrave; l&rsquo;am&eacute;lioration du bien-&ecirc;tre dans les pays d&eacute;velopp&eacute;s en r&eacute;duisant la quantit&eacute; de travail. Cette question a &eacute;t&eacute; indirectement abord&eacute;e sur ce blog dans un post r&eacute;cent; par ailleurs le sujet devrait faire l&rsquo;objet de d&eacute;veloppements compl&eacute;mentaires, puisque le <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/travailler-plus-pour-travailler-moins-commentaire-de-ceteris-paribus\/\" title=\"Travailler plus pour travailler moins : commentaire de Ceteris Paribus\">(Lire la suite&#8230;)<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":3,"featured_media":59424,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-6173","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecoblabla"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6173","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6173"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6173\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19127,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6173\/revisions\/19127"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/59424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6173"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6173"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6173"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}