{"id":6170,"date":"2004-12-11T14:04:17","date_gmt":"2004-12-11T14:04:17","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=170"},"modified":"2018-10-11T23:01:32","modified_gmt":"2018-10-11T22:01:32","slug":"delocalisons-les-medecins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/delocalisons-les-medecins\/","title":{"rendered":"D\u00e9localisons les m\u00e9d\u00e9cins"},"content":{"rendered":"<p><body> En vue d&rsquo;obtenir un certain nombre de revendications, des m&eacute;decins fran&ccedil;ais ont d&eacute;cid&eacute; de <b><a  href=\"http:\/\/fr.news.yahoo.com\/041206\/202\/4674x.html\">\u00ab\u00a0s&rsquo;exiler\u00a0\u00bb symboliquement en Espagne<\/a><\/b> cette semaine. Quelles que soient leurs revendications, les m&eacute;decins ne devraient pas utiliser ce type de moyens d&rsquo;action, qui risquent de rappeler &agrave; leurs payeurs que les soins de sant&eacute; constituent l&rsquo;un des secteurs dans lequel on peut s&rsquo;attendre, au cours des prochaines ann&eacute;es, &agrave; une &eacute;l&eacute;vation importante du commerce international, avec l&rsquo;essor consid&eacute;rable des importations de services m&eacute;dicaux des pays en d&eacute;veloppement vers les pays d&eacute;velopp&eacute;s.<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;explique que l&rsquo;un des secteurs d&rsquo;activit&eacute; qui va conna&icirc;tre d&rsquo;importantes d&eacute;localisations dans l&rsquo;avenir est la m&eacute;decine, mes interlocuteurs me regardent d&rsquo;un oeil torve, et se disent que j&rsquo;ai besoin de vacances (sur ce point, ils n&rsquo;ont pas enti&egrave;rement tort). Et il faut reconna&icirc;tre qu&rsquo;a priori, le secteur m&eacute;dical fait partie de ces activit&eacute;s de service qui exigent la pr&eacute;sence simultan&eacute;e du producteur et du consommateur, rendant donc assez improbable l&rsquo;achat de services &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger (si j&rsquo;ai la grippe aujourd&rsquo;hui, je ne vais pas prendre l&rsquo;avion pour me faire soigner en Thailande, m&ecirc;me si les m&eacute;decins n&rsquo;y co&ucirc;tent pas cher). On me fait &eacute;galement parfois remarquer qu&rsquo;une v&eacute;n&eacute;rable dame de 80 ans aura de nombreuses r&eacute;ticences pour aller se faire poser une proth&egrave;se de hanche dans un pays pauvre et surtout tropical.<br \/> Ces arguments sont sans doute justes, mais ils passent &agrave; c&ocirc;t&eacute; de beaucoup de r&eacute;alit&eacute;s. La premi&egrave;re d&rsquo;entre elles est de nature budg&eacute;taire : les soins m&eacute;dicaux sont tr&egrave;s co&ucirc;teux, et vont co&ucirc;ter de plus en plus cher. Robert Fogel, dans l&rsquo;excellent \u00ab\u00a0<b><a  href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/0521004888\/qid=1102716047\/ref=sr_8_xs_ap_i1_xgl\/171-5671894-3375463\">the escape from hunger and premature death<\/a><\/b>\u00a0\u00bb a calcul&eacute; les &eacute;lasticit&eacute;s-revenu de long terme pour divers types de biens et services; il a constat&eacute; que sur le long terme, ceux pour lesquels l&rsquo;&eacute;lasticit&eacute; est la plus forte (c&rsquo;est &agrave; dire que lorsque le revenu des gens augmente, la demande de ces biens augmente plus que proportionnellement) sont dans l&rsquo;ordre les soins m&eacute;dicaux, l&rsquo;&eacute;ducation et les loisirs. Ce qui veut dire qu&rsquo;au fur et &agrave; mesure de la croissance &eacute;conomique dans les pays riches, la part des soins m&eacute;dicaux dans le PIB ne fera qu&rsquo;augmenter &eacute;tant donn&eacute;e la demande des consommateurs. A cela on peut ajouter le vieillissement des populations dans de nombreux pays d&eacute;velopp&eacute;s europ&eacute;ens, qui aura pour effet m&eacute;canique d&rsquo;accro&icirc;tre la demande de soins m&eacute;dicaux.<br \/> Or dans le m&ecirc;me temps la productivit&eacute; dans toute une s&eacute;rie d&rsquo;activit&eacute;s m&eacute;dicales ne peut pas augmenter. Le progr&egrave;s technologique fait de grandes choses : mais il ne peut pas grand chose contre le fait qu&rsquo;une hospitalisation n&eacute;cessite toute une s&eacute;rie de services associ&eacute;s (lit, nettoyage, alimentation des malades, personnel m&eacute;dical) pour lesquels la productivit&eacute; ne peut pas augmenter sans d&eacute;gradation du service (on imagine mal de mettre deux malades dans un m&ecirc;me lit d&rsquo;h&ocirc;pital pour en accro&icirc;tre la productivit&eacute;, ou un m&eacute;decin faire deux consultations en m&ecirc;me temps). Si la demande de services m&eacute;dicaux augmente sans hausse &eacute;quivalente de productivit&eacute;, le prix des soins ne fera qu&rsquo;augmenter.<br \/> Cette hausse du co&ucirc;t des soins m&eacute;dicaux a toute une s&eacute;rie de cons&eacute;quences : premi&egrave;rement, dans l&rsquo;essentiel des pays d&eacute;velopp&eacute;s la m&eacute;decine fait l&rsquo;objet d&rsquo;importants financements publics : les finances des Etats et des organismes sociaux sont donc soumis &agrave; rude &eacute;preuve. Dans le m&ecirc;me temps, la diff&eacute;rence de demande et de prix des soins m&eacute;dicaux entre les pays riches et les pays pauvres aboutit &agrave; un &eacute;norme mouvement de m&eacute;decins en provenance des pays pauvres vers les pays riches. Comme le constate S. Mallaby dans un <b><a  href=\"http:\/\/www.washingtonpost.com\/wp-dyn\/articles\/A18883-2004Nov28.html\">r&eacute;cent article du Washington Post<\/a><\/b>, chaque ann&eacute;e, le Ghana forme 150 m&eacute;decins : 5 ans apr&egrave;s leur dipl&ocirc;me, 80% d&rsquo;entre eux ont quitt&eacute; le pays et exercent en Grande-Bretagne ou aux USA; les proportions sont de 40% pour les pharmaciens et 75% des infirmi&egrave;res. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne tend actuellement &agrave; s&rsquo;accro&icirc;tre : en 1970 il y avait plus d&rsquo;infirmi&egrave;res originaires des Philippines aux USA que dans leur propre pays; aujourd&rsquo;hui, il y en a trois fois plus aux USA.<br \/> Pour les pays pauvres, cette situation est &agrave; la fois un avantage et un inconv&eacute;nient. Un avantage parce que ces citoyens qualifi&eacute;s qui travaillent et gagnent beaucoup d&rsquo;argent dans les pays riches rapatrient cet argent aupr&egrave;s de leur famille rest&eacute;e au pays, apport en capitaux qui se monte pour les pays pauvres au double du montant de l&rsquo;aide au d&eacute;veloppement. Mais aussi un grave inconv&eacute;nient, qui est de priver les pays pauvres d&rsquo;un personnel m&eacute;dical dont ils ont terriblement besoin. Il y a 1.4 m&eacute;decins pour mille habitants en Afrique, dix fois plus dans les pays d&eacute;velopp&eacute;s.<br \/> Il y a donc dans les pays pauvres le besoin de conserver du personnel m&eacute;dical sur place : dans les pays d&eacute;velopp&eacute;s, le besoin d&rsquo;offrir des soins m&eacute;dicaux &agrave; des co&ucirc;ts raisonnables. C&rsquo;est la configuration id&eacute;ale pour l&rsquo;apparition d&rsquo;&eacute;changes commerciaux. Quelle forme cela peut-il prendre? on a d&eacute;j&agrave; pr&eacute;sent&eacute; l&rsquo;une d&rsquo;entre elles, les migrations de personnel m&eacute;dical des pays pauvres vers les pays riches. Mais il y en a d&rsquo;autres qui sont en train de se d&eacute;velopper.<br \/> &#8211; la fourniture transfrontali&egrave;re de services. R&eacute;cemment, je suis all&eacute; passer une radio. Une partie du service devait &ecirc;tre faite sur place : l&rsquo;infirmi&egrave;re qui a pris les clich&eacute;s devait &ecirc;tre sur place. Mais ensuite? Lorsque les radios ont &eacute;t&eacute; d&eacute;velopp&eacute;es, un radiologue m&rsquo;a fait un diagnostic en une minute, puis l&rsquo;a dict&eacute; &agrave; toute vitesse &agrave; une assistance. Avec les technologies de communication actuelles, il aurait &eacute;t&eacute; tr&egrave;s simple d&rsquo;envoyer les radios &agrave; un radiologue thailandais qui aurait pu fournir exactement le m&ecirc;me service. Il est &agrave; noter que <b><a href=\"http:\/\/www.who.int\/trade\/en\/THpart1chap3.pdf\">ce genre de t&eacute;l&eacute;diagnostic existe d&eacute;j&agrave;<\/a><\/b>.<br \/> &#8211; une autre consiste &agrave; aller acheter des services m&eacute;dicaux dans des pays &eacute;trangers. Par exemple, vous avez besoin d&rsquo;un pontage coronarien : vous allez le faire en Inde pour un prix tr&egrave;s inf&eacute;rieur au prix des pays europ&eacute;ens (et pour le dixi&egrave;me du prix de cette op&eacute;ration aux USA&#8230;), puis vous profitez de l&rsquo;&eacute;conomie r&eacute;alis&eacute;e pour vous offrir une convalescence sur la plage. Illusion? Mais ce commerce existe d&eacute;j&agrave; et se d&eacute;veloppe &agrave; toute vitesse. De nombreuses c&eacute;l&eacute;brit&eacute;s fran&ccedil;aises sont par exemple all&eacute;es s&rsquo;offrir une op&eacute;ration de chirurgie esth&eacute;tique &agrave; Cuba, ce qui pr&eacute;sentait le triple avantage de co&ucirc;ter bien moins cher qu&rsquo;&agrave; Paris pour une qualit&eacute; de service excellente (Castro a fait de la m&eacute;decine l&rsquo;une des priorit&eacute;s du d&eacute;veloppement de Cuba), d&rsquo;&ecirc;tre plus discret, et d&rsquo;offrir une multiplicit&eacute; d&rsquo;h&ocirc;tel-clubs pour se remettre de l&rsquo;op&eacute;ration. Dans un autre registre, <b><a  href=\"http:\/\/www.lepoint.fr\/economie\/document.html?did=156518\">le Point de cette semaine<\/a><\/b> cite l&rsquo;exemple de l&rsquo;Inde, dans laquelle se construisent des cliniques ultra-modernes dans lesquelles des occidentaux vont faire faire leurs op&eacute;rations de cardiologie. L&rsquo;article cite &eacute;galement l&rsquo;exemple de la dentisterie Hongroise, qui attire de nombreux autrichiens soucieux de se faire faire un bridge pour trois fois moins cher que dans leur pays. Actuellement, l&rsquo;Inde, Cuba, le Br&eacute;sil et la Thailande sont des pays en pointe pour fournir ce genre de service, sur un march&eacute; en pleine expansion. Un r&eacute;cent<b><a  href=\"http:\/\/www.wto.org\/english\/res_e\/booksp_e\/who_wto_e.pdf\"> rapport conjoint de l&rsquo;OMC et de l&rsquo;OMS<\/a><\/b> a mis en &eacute;vidence le r&ocirc;le de la lib&eacute;ralisation des services (dans le cadre du GATS) dans ce m&eacute;canisme; l&rsquo;OMS s&rsquo;est int&eacute;ress&eacute;e au <b><a  href=\"http:\/\/www.who.int\/trade\/resource\/THS\/en\/\">commerce mondial des services m&eacute;dicaux<\/a><\/b>. L&rsquo;OCDE s&rsquo;y int&eacute;resse &eacute;galement dans le cadre d&rsquo;une <b><a  href=\"http:\/\/www.oecd.org\/document\/28\/0,2340,en_2649_33929_2536540_1_1_1_1,00.html\">r&eacute;flexion plus g&eacute;n&eacute;rale sur l&rsquo;&eacute;conomie des soins m&eacute;dicaux<\/a><\/b>. <\/p>\n<p> Quel est l&rsquo;effet &agrave; attendre de ces &eacute;volutions? La th&eacute;orie &eacute;conomique pr&eacute;voit que le commerce des services m&eacute;dicaux doit avoir pour effet d&rsquo;en accro&icirc;tre le prix dans les pays pauvres qui produisent ces services (il y aura moins de m&eacute;decins disponibles pour la population) mais que le gain en revenu li&eacute; &agrave; cet achat fait plus que compenser ce surco&ucirc;t (celui-ci n&rsquo;est donc qu&rsquo;un probl&egrave;me de distribution, qui peut &ecirc;tre compens&eacute; par exemple par la fourniture publique de soins); Mais ce d&eacute;savantage ne surviendra pas forc&eacute;ment, dans la mesure ou cela peut cr&eacute;er un cercle vertueux : si les m&eacute;decins nationaux savent qu&rsquo;ils peuvent gagner de l&rsquo;argent en exer&ccedil;ant dans leur pays et en soignant une client&egrave;le issue des pays riches, cela leur &eacute;vite de partir et permet de d&eacute;velopper parall&egrave;lement des soins pour les habitants du pays.<br \/> dans les pays riches, cela aura l&rsquo;effet bienvenu de r&eacute;duire le co&ucirc;t des soins m&eacute;dicaux. A condition que ceux qui g&egrave;rent les syst&egrave;mes de sant&eacute; dans les pays d&eacute;velopp&eacute;s se rendent compte des opportunit&eacute;s que le commerce international offre, et ne soient pas victimes du lobbying des m&eacute;decins qui ne manqueront pas de hurler contre cette concurrence d&eacute;loyale (et, on peut le parier, expliqueront qu&rsquo;ils cr&egrave;ent des emplois&#8230;). Cela implique, au moins pour la France, un changement de mentalit&eacute; tant l&rsquo;hostilit&eacute; x&eacute;nophobe au commerce international a pris des proportions importantes. Le commerce international des services comme moyen de r&eacute;duire les d&eacute;ficits des organismes sociaux aura-t-il plus de succ&egrave;s?<br \/> <\/body> <\/html><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>En vue d&rsquo;obtenir un certain nombre de revendications, des m&eacute;decins fran&ccedil;ais ont d&eacute;cid&eacute; de \u00ab\u00a0s&rsquo;exiler\u00a0\u00bb symboliquement en Espagne cette semaine. 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