{"id":6132,"date":"2004-11-22T01:11:41","date_gmt":"2004-11-22T01:11:41","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=132"},"modified":"2018-09-18T23:50:18","modified_gmt":"2018-09-18T22:50:18","slug":"encore-un-peu-de-psychoeconomie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/encore-un-peu-de-psychoeconomie\/","title":{"rendered":"Encore un peu de psycho\u00e9conomie"},"content":{"rendered":"<p><html> <head><meta http-equiv=\"content-type\"  content=\"text\/html; charset=ISO-8859-1\"> <\/head> <body> Quelques tests concernant la r&eacute;action des gens face au risque. On consid&egrave;re les trois probl&egrave;mes de choix suivants :<br \/> &nbsp;probl&egrave;me 1 : choisissez l&rsquo;une de ces deux loteries :<br \/> &#8211; A : gagner 240 euros avec une probabilit&eacute; de 25%, et 75% de chances de perdre 760 euros.<br \/> &#8211; B : gagner 250 euros avec une probabilit&eacute; de 25%, et 75% de chances de perdre 750 euros.<\/p>\n<p> probl&egrave;me 2 : choisissez entre :<br \/> C : un gain certain de 240 euros<br \/> D : 25% de chances de gagner 1 000 euros et 75% de chances de ne rien gagner.<\/p>\n<p> probl&egrave;me 3 : choisissez entre :<br \/> E : une perte certaine de 750 euros<br \/> F : 75% de chances de perdre 1 000 euros et 25% de chances de ne rien perdre.<\/p>\n<p> R&eacute;flechissez bien, notez vos trois r&eacute;ponses; puis passez &agrave; la suite.<\/p>\n<p>Commen&ccedil;ons par le probl&egrave;me num&eacute;ro 1. Il n&rsquo;est pas difficile de voir que dans ce probl&egrave;me, le choix B est forc&eacute;ment meilleur que le choix A. Les probabilit&eacute;s sont les m&ecirc;mes, le gain est sup&eacute;rieur et la perte inf&eacute;rieure dans le choix de B. Donc, vous avez d&ucirc; r&eacute;pondre B &agrave; cette question, sauf &agrave; &ecirc;tre masochiste (ou &agrave; n&rsquo;avoir pas bien lu la question).<br \/> Concernant les deux probl&egrave;mes suivants, il n&rsquo;existe pas de fa&ccedil;on optimale de donner une bonne r&eacute;ponse. Tout d&eacute;pend, en r&eacute;alit&eacute;, de votre go&ucirc;t du risque. Cependant, il y a de tr&egrave;s fortes chances pour que vous ayez r&eacute;pondu C au probl&egrave;me 2 et F au probl&egrave;me 3. C&rsquo;est en tout cas ce que font 80% des gens &agrave; qui l&rsquo;on pose ce test.<br \/> Pourquoi ces r&eacute;ponses sont-elles les plus fr&eacute;quentes?<br \/> Le probl&egrave;me 2 correspond &agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne connu depuis tr&egrave;s longtemps, qui s&rsquo;appelle <i>l&rsquo;aversion au risque<\/i>. On constate que les gens, en g&eacute;n&eacute;ral, pr&eacute;f&egrave;rent les gains certains aux gains hypoth&eacute;tiques (hors cas sp&eacute;cifique du plaisir d&rsquo;aller jouer &agrave; un jeu de hasard). Cette aversion au risque avait &eacute;t&eacute; constat&eacute;e pour la premi&egrave;re fois par le math&eacute;maticien <b><a  href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daniel_Bernoulli\">Daniel Bernoulli<\/a><\/b>; m&ecirc;me si dans le probl&egrave;me 2 le gain moyen de la solution D est sup&eacute;rieur, le suppl&eacute;ment de gain moyen (10 euros) n&rsquo;en vaut pas la chandelle, on pr&eacute;f&egrave;re un gain certain.<br \/> Le probl&egrave;me 3 fait lui r&eacute;f&eacute;rence &agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne psychologique moins connu : <i>l&rsquo;aversion &agrave; la perte<\/i>. En moyenne les solutions E et F repr&eacute;sentent la m&ecirc;me perte; mais beaucoup de gens pr&eacute;f&eacute;reront tenter la solution hasardeuse, en partant du principe que dans le premier cas, ils sont s&ucirc;rs de perdre, alors que dans le second cas, au pire certes ils perdent plus que dans le premier cas, mais ils conservent une chance sur 4 de ne rien perdre. Pour comprendre cette d&eacute;cision (qui, lorsqu&rsquo;on fait le test, est celle de pr&egrave;s de 90% des gens) il est n&eacute;cessaire de consid&eacute;rer que perdre est d&eacute;sagr&eacute;able en soi.<br \/> Vous allez sans doute dire, OK, les gens n&rsquo;aiment pas le risque, et n&rsquo;aiment pas perdre. Voil&agrave; qui n&rsquo;est gu&egrave;re surprenant. Surtout, en quoi cela a-t-il une quelconque importance (si ce n&rsquo;est le fait que de comprendre la psychologie humaine)?<\/p>\n<p> L&rsquo;importance de ce petit jeu est consid&eacute;rable. Premi&egrave;rement, si comme les trois quarts des gens (moi y compris) vous avez choisi les solutions B, C et F, sachez que vous &ecirc;tes totalement incoh&eacute;rent et irrationnel. En effet, si l&rsquo;on combine les choix C et F, on obtient :<br \/> 25% de chances de gagner 240 euros et 75% de chances de perdre (1 000 &#8211; 240) = 760 euros, ce qui est la solution A;<br \/> Si l&rsquo;on combine par contre les choix D et E (une combinaison choisie par 3% des gens lorsqu&rsquo;on fait le test) on obtient :<br \/> 25% de chances de gagner 250 euros et 75% de chances de perdre 750 euros, ce qui est la solution B.<br \/> En choisissant successivement C et F, vous avez fait un choix dont le r&eacute;sultat est inf&eacute;rieur &agrave; celui que vous auriez obtenu en faisant un choix qui, m&ecirc;me maintenant, doit vous para&icirc;tre absurde, d&rsquo;un gain al&eacute;atoire et d&rsquo;une perte certaine.<\/p>\n<p> Maintenant, imaginez-vous que ces questions soient des actifs financiers, et que vous soyez trader en bourse. Et que vous soyez successivement face aux choix C-D, puis E-F. Si vous n&rsquo;y prenez pas garde (et il est extr&ecirc;mement difficile d&rsquo;y prendre garde) vous allez faire des choix qui &agrave; la fin de la journ&eacute;e auront &eacute;t&eacute; moins bons que ceux que vous auriez pu faire. Pour rem&eacute;dier &agrave; cela, on recommande aux &eacute;tudiants de consid&eacute;rer non pas des gains et des pertes, mais des combinaisons risque-rentabilit&eacute; (des situations patrimoniales); mais c&rsquo;est plus facile &agrave; dire qu&rsquo;&agrave; faire. Par ailleurs, ce type de choix peut &ecirc;tre rencontr&eacute; aussi dans les activit&eacute;s &eacute;conomiques quotidiennes faisant r&eacute;f&eacute;rence au risque. Il faut en arriver &agrave; une conclusion assez effrayante, qui est que probablement beaucoup de d&eacute;cisions individuelles face aux al&eacute;as sont prises sous le double effet d&rsquo;aversion au risque et d&rsquo;aversion face aux pertes, combinaison qui donne des choix incoh&eacute;rents.<\/p>\n<p> Mais il y a pire. Ce que nous montre cette analyse, c&rsquo;est que l&rsquo;appr&eacute;hension des gens face au risque change suivant que les probl&egrave;mes se pr&eacute;sentent sous forme de gains ou sous forme de pertes. Consid&eacute;rons maintenant un d&eacute;cideur en mati&egrave;re de sant&eacute; publique qui fait face &agrave; une &eacute;pid&eacute;mie mortelle qui touche 600 personnes. Deux programmes de lutte contre la maladie sont disponibles, dont les effets sont les suivants :<br \/> &#8211; le programme A sauve 200 personnes de fa&ccedil;on certaine.<br \/> &#8211; le programme B a une chance sur trois de sauver 600 personnes et deux chances sur trois pour que personne ne soit sauv&eacute;.<br \/> L&rsquo;aversion au risque conduit les gens &agrave; privil&eacute;gier le programme A, qui sauve &agrave; coup s&ucirc;r 200 personnes, plut&ocirc;t que le programme B qui repose sur un pari, et qui risque d&rsquo;aboutir &agrave; aucune personne sauv&eacute;e. Maintenant, supposons que les programmes soient pr&eacute;sent&eacute;s de la fa&ccedil;on suivante :<br \/> &#8211; le programme C tue 400 personnes de fa&ccedil;on certaine.<br \/> &#8211; avec le programme D, il y a une chance sur trois pour que personne ne meure, et deux chances sur trois pour que 600 personnes meurent.<br \/> Les programmes A et C, et B et D, sont parfaitement identiques les uns et les autres. Pourtant, pr&eacute;sent&eacute; comme cela, 80% des gens d&eacute;cident de choisir le programme D, par aversion face aux pertes. Pire m&ecirc;me : lorsqu&rsquo;on pose la question sous ces deux formes aux m&ecirc;mes personnes, elles r&eacute;pondent de fa&ccedil;on contradictoire d&rsquo;une question &agrave; l&rsquo;autre. M&ecirc;me lorsqu&rsquo;on leur fait remarquer que ces choix sont incoh&eacute;rents, qu&rsquo;ils le reconnaissent, ils continuent de vouloir choisir la certitude dans la premi&egrave;re pr&eacute;sentation et le hasard avec la seconde pr&eacute;sentation.<\/p>\n<p> Ce probl&egrave;me devient parfaitement redoutable : en fonction de la fa&ccedil;on dont des probl&egrave;mes identiques sont pr&eacute;sent&eacute;s, les d&eacute;cisions des m&ecirc;mes personnes seront contradictoires. Si on pr&eacute;sente ces probl&egrave;mes sous forme d&eacute;compos&eacute;e (comme dans les premiers jeux) les gens r&eacute;pondent de fa&ccedil;on incoh&eacute;rente. Comment faut-il alors pr&eacute;senter les questions aux d&eacute;cideurs, si la simple pr&eacute;sentation des questions a un impact sur leurs choix? Comment esp&eacute;rer des d&eacute;cisions rationnelles et coh&eacute;rentes, d&egrave;s lors que les choix des d&eacute;cideurs se font toujours &agrave; un instant donn&eacute; sur des probl&egrave;mes parcellaires? En mati&egrave;re de sant&eacute; publique par exemple, faut-il soumettre aux politiques les d&eacute;cisions en termes de mortalit&eacute; totale? de mortalit&eacute; li&eacute;e aux maladies? de mortalit&eacute; due &agrave; une maladie sp&eacute;cifique? de chances de survie ou de nombre de d&eacute;c&egrave;s? Combien de d&eacute;cisions publiques a posteriori totalement catastrophiques de l&rsquo;histoire ont-elles &eacute;t&eacute; dues &agrave; ce genre de probl&egrave;me?<br \/> <\/body> <\/html><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Quelques tests concernant la r&eacute;action des gens face au risque. 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