{"id":6037,"date":"2005-05-24T21:00:25","date_gmt":"2005-05-24T21:00:25","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=37"},"modified":"2005-05-24T21:00:25","modified_gmt":"2005-05-24T21:00:25","slug":"144","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/144\/","title":{"rendered":"L&rsquo;insoutenable l\u00e9g\u00e9ret\u00e9 des sondeurs"},"content":{"rendered":"<p>Dans le Lib&eacute;ration d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, <b><a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/page.php?Article=298745\">un article<\/a><\/b> nous informe de ce que malgr&eacute; des sondages d&eacute;favorables, le \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb peut encore, th&eacute;oriquement, &ecirc;tre majoritaire en France. L&rsquo;argument avanc&eacute; est le suivant : <br \/> <i>Dans ces conditions, le oui peut-il encore l&#8217;emporter ? Statistiquement, rappelons d&rsquo;abord que les marges d&rsquo;erreur qui s&rsquo;appliquent aux intentions de vote r&eacute;alis&eacute;es autorisent, &agrave; elles seules, une courte victoire du oui.<\/i>\u00a0\u00bb <br \/> Il n&rsquo;est pas tr&egrave;s glorieux pour le \u00ab\u00a0directeur des &eacute;tudes politiques de Louis Harris\u00a0\u00bb de commettre cette erreur statistique classique. <a href=\"http:\/\/\/modules.php?op=modload&amp;name=News&amp;file=article&amp;sid=144\"><b><\/b><\/a><\/p>\n<p>Les sondages, en effet, permettent d&rsquo;estimer &agrave; partir d&rsquo;un petit nombre d&rsquo;observations une proportion &#8211; ou une valeur caract&eacute;ristique &#8211; dans une population. Mais cette estimation est ce que les statisticiens appellent un intervalle de confiance : formellement, au lieu de dire \u00ab\u00a0les fran&ccedil;ais voteront &agrave; 53% pour le non\u00a0\u00bb, il faudrait dire : \u00ab\u00a0Il y a une probabilit&eacute; de 95% pour que la proportion de fran&ccedil;ais votant \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb soit comprise entre 49 et 57&Prime;. Pour la majorit&eacute; des sondages &eacute;lectoraux effectu&eacute;s (sur 700 personnes environ), la marge d&rsquo;erreur est en effet d&rsquo;&agrave; peu pr&egrave;s 4 points. Par ailleurs, il existe une probabilit&eacute; faible, mais non nulle, pour que le sondage soit totalement faux. On peut observer des valeurs d&rsquo;intervalles de confiance &agrave; l&rsquo;aide de <b><a href=\"http:\/\/oms2.b3e.jussieu.fr\/biostaTGV\/tests\/prop1.html\">ce site<\/a><\/b>. <br \/> En faisant r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la marge d&rsquo;erreur, l&rsquo;auteur de l&rsquo;article de Lib&eacute;ration nous indique simplement que le sondage n&rsquo;est pas incompatible avec une victoire du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb dans la mesure ou celle-ci se trouve dans l&rsquo;intervalle de confiance. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il sous-entend en disant que \u00ab\u00a0les marges d&rsquo;erreur autorisent &agrave; elles-seules une courte victoire du oui\u00a0\u00bb. Formellement, c&rsquo;est exact : il y a n&eacute;anmoins dans cet argument une part importante de manipulation. Tout d&rsquo;abord parce que pour &ecirc;tre juste, il faudrait dire que les marges d&rsquo;erreur autorisent &eacute;galement une victoire &eacute;crasante du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb qui pourrait si l&rsquo;on en croit l&rsquo;auteur tout aussi bien obtenir 57% des voix! Pourquoi ne s&rsquo;int&eacute;resser qu&rsquo;&agrave; un c&ocirc;t&eacute; de la marge d&rsquo;erreur? Mais surtout, l&rsquo;auteur laisse croire que toutes les valeurs sont &eacute;quiprobables dans la marge d&rsquo;erreur, ce qui est faux.<br \/> C&rsquo;est en effet oublier que l&rsquo;estimation par intervalle de confiance ob&eacute;it &agrave; une loi normale, repr&eacute;sent&eacute;e par une <b><a href=\"http:\/\/www.mathcurve.com\/courbes2d\/gauss\/gauss.shtml\">courbe de Gauss<\/a><\/b>, appel&eacute;e parfois \u00ab\u00a0courbe en cloche\u00a0\u00bb dont le maximum est atteint pour la valeur mesur&eacute;e dans l&rsquo;&eacute;chantillon du sondage. Sur le graphique (<b><a href=\"http:\/\/www.mathcurve.com\/courbes2d\/gauss\/gauss.shtml\">voir lien<\/a><\/b>) il faut imaginer que d&rsquo;apr&egrave;s ce sondage, &agrave; la valeur &micro; correspond 53%; une valeur qui donnerait une victoire au \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb correspond sur le graphique aux valeurs aux alentours de (&micro; &#8211; 2&thorn;). Il appara&icirc;t clairement que la densit&eacute; de probabilit&eacute; est beaucoup plus forte aux alentours du centre de l&rsquo;intervalle (vers les 53% mesur&eacute;s dans le sondage) qu&rsquo;aux extr&eacute;mit&eacute;s.<br \/> Les autres arguments sont justes : il est parfaitement exact qu&rsquo;un sondage ne mesure que l&rsquo;&eacute;tat de l&rsquo;opinion &agrave; un instant donn&eacute;, et que celui-ci peut changer, notamment avec la prise de d&eacute;cision des ind&eacute;cis, et en fonction de la \u00ab\u00a0mobilisation\u00a0\u00bb de derni&egrave;re minute. Il y a cependant une bonne dose de pens&eacute;e magique dans cette id&eacute;e. Il est fort probable que les ind&eacute;cis ne soient gu&egrave;re diff&eacute;rents des autres fran&ccedil;ais, que de ce fait ils v&eacute;rifient finalement la tendance du reste de la population. De m&ecirc;me, multiplier les sondages annon&ccedil;ant la victoire du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb peut tout aussi bien pousser &agrave; un sursaut de mobilisation du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb que convaincre des gens de voter comme la majorit&eacute;. Ce type d&rsquo;effet a &eacute;t&eacute; notamment analys&eacute; par <b><a href=\"http:\/\/poq.oupjournals.org\/cgi\/content\/summary\/18\/3\/245\">Herbert Simon<\/a><\/b>.<br \/> Reste un effet dont l&rsquo;auteur ne parle pas : la possibilit&eacute; que le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb fasse l&rsquo;objet d&rsquo;une \u00ab\u00a0surd&eacute;claration\u00a0\u00bb de la part des &eacute;lecteurs interrog&eacute;s, &agrave; l&rsquo;inverse du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb. Apr&egrave;s tout, cela est extr&ecirc;mement fr&eacute;quent : par exemple, le vote \u00ab\u00a0front national\u00a0\u00bb fait syst&eacute;matiquement l&rsquo;objet d&rsquo;une sous-d&eacute;claration dans les sondages d&rsquo;intentions de vote (probablement &agrave; cause d&rsquo;un sentiment honteux attach&eacute; &agrave; ce vote). Cela oblige les sondeurs &agrave; corriger \u00ab\u00a0&agrave; la main\u00a0\u00bb les votes, rajoutant quelques points au vote Front National, en fonction de l&rsquo;exp&eacute;rience pass&eacute;e de sous-d&eacute;claration (parfois, ils n&rsquo;en rajoutent pas assez, ce qui provoque des surprises certains 21 avril). Peut-on penser que le \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb est sous-d&eacute;clar&eacute;? Ce n&rsquo;est pas impossible, car le vote non est souvent un vote protestataire, assis sur des raisons plus affirm&eacute;es que le vote oui, qui est un vote pr&eacute;sent&eacute; comme \u00ab\u00a0faute de mieux\u00a0\u00bb. C&rsquo;est cependant un pronostic assez hasardeux.<\/p>\n<p> Quant au <b><a href=\"http:\/\/www.tradesports.com\/jsp\/datafeed\/liveprices\/detailPageBuilder.jsp?clsID=19\">m&eacute;canisme de march&eacute;<\/a><\/b>, il ne donne que 44% de chances de victoire du \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb, avec une chute cons&eacute;quente de trois points aujourd&rsquo;hui. Qui sait? Peut-&ecirc;tre qu&rsquo;en indiquant aux partisans du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils donnent raison par leur vote aux sp&eacute;culateurs anglo-saxons, ils seraient amen&eacute;s &agrave; changer d&rsquo;avis&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Dans le Lib&eacute;ration d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, un article nous informe de ce que malgr&eacute; des sondages d&eacute;favorables, le \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb peut encore, th&eacute;oriquement, &ecirc;tre majoritaire en France. L&rsquo;argument avanc&eacute; est le suivant : Dans ces conditions, le oui peut-il encore l&#8217;emporter ? 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