{"id":6029,"date":"2005-05-13T19:50:27","date_gmt":"2005-05-13T19:50:27","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=29"},"modified":"2018-10-11T23:46:39","modified_gmt":"2018-10-11T22:46:39","slug":"136","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/136\/","title":{"rendered":"Les keyn\u00e9siens : une grande famille"},"content":{"rendered":"<p>Quand les \u00ab keyn\u00e9siens \u00bb sont \u00e9voqu\u00e9s au grand public, c&rsquo;est le plus souvent pour les opposer aux lib\u00e9raux, fr\u00e9quemment aux n\u00e9oclassiques et plus rarement aux classiques. Cette classification, g\u00e9n\u00e9ralement employ\u00e9e pour d\u00e9fendre un point de vue id\u00e9ologique, est appauvrissante.<\/p>\n<p>Avertissement : si je vais devoir faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0\u00a0 des travaux attribuables \u00e0\u00a0 des auteurs d&rsquo;ob\u00e9dience keyn\u00e9sienne (finalement plus que ce que je ne l&rsquo;imaginais au d\u00e9but), il ne faut pas comprendre ce texte comme une histoire de la pens\u00e9e keyn\u00e9sienne. Son but est, plus modestement, de clarifier un peu les termes successifs employ\u00e9s pour distinguer ces auteurs. Il s&rsquo;agit de montrer que des distinctions abusives sont fr\u00e9quemment utilis\u00e9es. Et si certaines simplifications sont parfois commodes, les mettre en avant sans faire un usage prudent de guillemets est trompeur. Je donnerai des r\u00e9f\u00e9rences en fin de texte pour ceux qui souhaitent entrer dans le vif du sujet et \u00e9tudier de plus pr\u00e8s les diff\u00e9rentes \u00e9coles keyn\u00e9siennes.<\/p>\n<p>Bien s\u00e0\u00bbr, en premi\u00e8re approche, on peut voir le keyn\u00e9sianisme comme une critique de l&rsquo;autosuffisance des m\u00e9canismes de march\u00e9 pour atteindre un \u00e9quilibre \u00e9conomique qui tendrait \u00e0\u00a0 revenir spontan\u00e9ment vers le plein emploi. D\u00e8s lors, le message de Keynes suppose une intervention de l&rsquo;Etat afin de corriger les imperfections du march\u00e9. Et la grille de lecture politique d\u00e9bouche invariablement sur un conflit entre partisans d&rsquo;un large \u00ab laissez faire \u00bb et ceux d&rsquo;un interventionnisme de l&rsquo;Etat dans la r\u00e9gulation de la conjoncture (et de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral).<\/p>\n<p>Pourtant, pour un \u00e9conomiste, Keynes, c&rsquo;est bien plus que cela. En r\u00e9alit\u00e9, la science \u00e9conomique contemporaine est marqu\u00e9e m\u00e9thodologiquement par la pens\u00e9e de Keynes, bien moins politiquement (en d\u00e9pit du fait que Keynes d\u00e9veloppa une pens\u00e9e au-del\u00e0\u00a0 de l&rsquo;\u00e9conomie). Je ne prendrai qu&rsquo;un seul exemple : Gregory Mankiw et Joseph Stiglitz, deux \u00e9conomistes am\u00e9ricains class\u00e9s usuellement \u00ab keyn\u00e9siens \u00bb, ont \u00e9t\u00e9 conseillers de deux pr\u00e9sidents am\u00e9ricains. Mankiw de Bush Jr et Stiglitz de Clinton. Or, il me semble judicieux de consid\u00e9rer que l&rsquo;id\u00e9ologie des deux pr\u00e9sidents cit\u00e9s est diff\u00e9rente sur un nombre significatif de th\u00e8mes. Les id\u00e9es politiques des deux pr\u00e9sidents sont diff\u00e9rentes, mais le classement acad\u00e9mique des conseillers est le m\u00eame.<br \/>\nJe n&rsquo;ignore pas les subtilit\u00e9s de la politique \u00e9conomique am\u00e9ricaine, et on aura beau jeu de me rappeler le \u00ab keyn\u00e9sianisme \u00bb de Reagan. Justement. Une telle objection irait dans mon sens : jusqu&rsquo;\u00e0\u00a0 un certain point, une th\u00e9orie \u00e9conomique n&rsquo;appartient pas \u00e0\u00a0 un camp politique plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0\u00a0 un autre, fussent-ils franchement \u00e9loign\u00e9s. La science \u00e9conomique est une bo\u00eete \u00e0\u00a0 outils dans laquelle un d\u00e9cideur public peut piocher sans n\u00e9cessairement trahir certaines id\u00e9es politiques. Une baisse d&rsquo;imp\u00f4ts, par exemple, peut tr\u00e8s bien \u00eatre dirig\u00e9e vers les hauts ou les bas revenus. A court terme, on va y chercher, quel que soit le cas, une stimulation de la demande (plut\u00f4t vers la consommation si on l&rsquo;applique en priorit\u00e9 aux bas revenus, plut\u00f4t vers l&rsquo;investissement quand on s&rsquo;adresse aux hauts revenus). On me fera remarquer sur ce point que la baisse des imp\u00f4ts est une modalit\u00e9 de relance que Keynes n&rsquo;aurait pas n\u00e9cessairement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Ce n&rsquo;est pas faux. La question est complexe. D&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est bien parce que l&rsquo;\u00e9vidence n&rsquo;a gu\u00e8re sa place dans les discours autour de la pens\u00e9e keyn\u00e9sienne que je r\u00e9dige ces lignes.<\/p>\n<p>Ces quelques remarques de d\u00e9part \u00e9tant formul\u00e9es, j&rsquo;en viens \u00e0\u00a0 ce qui fait plus sp\u00e9cifiquement l&rsquo;objet de ce texte : la longue liste des sous-familles keyn\u00e9siennes.<\/p>\n<p>Un aspect fondamental pour le sujet qui nous int\u00e9resse, qui surprendra pas mal de lecteurs non avertis, est que la majorit\u00e9 des auteurs qualifi\u00e9s de \u00ab keyn\u00e9siens \u00bb sont aujourd&rsquo;hui (mais furent hier en partie aussi) des \u00ab n\u00e9oclassiques \u00bb. On entendra par l\u00e0\u00a0, sans trop s&rsquo;y arr\u00eater (l&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas l\u00e0\u00a0), des auteurs qui :<br \/>\n&#8211; utilisent une m\u00e9thodologie partant de l&rsquo;\u00e9tude des comportements individuels rationnels (individualisme m\u00e9thodologique) pour construire leur repr\u00e9sentation de l&rsquo;\u00e9conomie ;<br \/>\n&#8211; agr\u00e8gent ces comportements pour d\u00e9crire le fonctionnement global de l&rsquo;\u00e9conomie dans un mod\u00e8le dont la structure rel\u00e8ve de la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral (le mod\u00e8le walrasien, ou sa version sophistiqu\u00e9e Arrow-Debreu).<\/p>\n<p>Il faut remarquer plusieurs points :<br \/>\n&#8211; nulle r\u00e9f\u00e9rence ici \u00e0\u00a0 la concurrence parfaite. Un mod\u00e8le de concurrence imparfaite peut tr\u00e8s bien \u00eatre qualifi\u00e9 de n\u00e9oclassique ;<br \/>\n&#8211; la structure du mod\u00e8le Arrow-Debreu \u00e0\u00a0 laquelle je fais r\u00e9f\u00e9rence correspond grosso modo \u00e0\u00a0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on va rechercher les conditions d&rsquo;\u00e9quilibre (et de stabilit\u00e9) dans un mod\u00e8le o\u00f9 l&rsquo;on raisonnera en termes de formation des prix menant \u00e0\u00a0 l&rsquo;\u00e9quilibre offre-demande sur tous les march\u00e9s inclus dans le mod\u00e8le. Il est \u00e9galement commun d&rsquo;\u00e9tudier stabilit\u00e9 et optimalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9quilibre atteint, les r\u00e9actions \u00e0\u00a0 un changement de la valeur des param\u00e8tres \u00e0\u00a0 l&rsquo;\u00e9quilibre (statique comparative), etc. Le mod\u00e8le peut \u00eatre statique (mod\u00e8le walrasien traditionnel) ou dynamique (mod\u00e8les \u00e0\u00a0 g\u00e9n\u00e9rations imbriqu\u00e9es, par exemple). Si l&rsquo;on peut discuter les subtilit\u00e9s de cette d\u00e9finition, elle refl\u00e8te me semble-t-il assez bien les caract\u00e9ristiques standard du cadre de travail des \u00e9conomistes n\u00e9oclassiques. Elle sera donc op\u00e9rationnelle pour ce billet ;<br \/>\n&#8211; m\u00eame si l&rsquo;immense majorit\u00e9 des mod\u00e8les font appel \u00e0\u00a0 une hypoth\u00e8se dite d&rsquo; \u00ab agent repr\u00e9sentatif \u00bb, rien ne l&rsquo;impose au demeurant (enfin, pour \u00eatre exact, en pratique, sans elle, de nombreux mod\u00e8les ne tourneraient pas ; la question de savoir si elle hypoth\u00e8que la valeur de certaines de ces mod\u00e8les est donc \u00e0\u00a0 discuter). Cette hypoth\u00e8se signifie qu&rsquo;on \u00e9tudie une \u00e9conomie o\u00f9, selon la lecture qu&rsquo;on veut en faire, soit tous les individus sont identiques, soit on suppose que le comportement d&rsquo;un individu repr\u00e9sentatif r\u00e9sume celui d&rsquo;un individu moyen. Dans le second cas, l&rsquo;agent repr\u00e9sentatif est un artefact. Dans tous les cas, cette hypoth\u00e8se simplifie grandement l&rsquo;agr\u00e9gation, puisqu&rsquo;elle se r\u00e9sume alors \u00e0\u00a0 dupliquer l&rsquo;individu repr\u00e9sentatif pour passer au niveau agr\u00e9g\u00e9. Ind\u00e9pendamment du caract\u00e8re discutable de l&rsquo;hypoth\u00e8se per se, cela ne va pas sans poser des probl\u00e8mes d&rsquo;effets de composition lorsqu&rsquo;on duplique une \u00e9conomie (i.e. quand on multiplie par exemple par deux le nombre d&rsquo;agents dans l&rsquo;\u00e9conomie). Pour ceux que cela int\u00e9ressent, on peut renvoyer \u00e0\u00a0 un article d&rsquo;Alan Kirman, intitul\u00e9 \u00ab Whom or what does the representative individual represent ? \u00bb, Journal of Economic Perspectives, 1992. Voir un bref aper\u00e7u de la question ici.<br \/>\n&#8211; les questions d&rsquo;anticipations sont \u00e9galement ouvertes. Leur forme est a priori libre, m\u00eame si le choix retenu n&rsquo;est pas neutre finalement ;<br \/>\n&#8211; last but not least, on est bien dans le paradigme de l&rsquo;homo oeconomicus, individu dont on \u00e9tudie les d\u00e9cisions \u00e9conomiques, s\u00e9par\u00e9es du reste de son existence. Ce qui se r\u00e9sume \u00e0\u00a0 une hypoth\u00e8se de maximisation d&rsquo;une fonction objectif (utilit\u00e9 individuelle, profit) sous certaines contraintes (budget \u00e0\u00a0 tenir, m\u00e9thodes de production).<\/p>\n<p>Ainsi, de nombreux auteurs r\u00e9put\u00e9s keyn\u00e9siens sont aussi des n\u00e9oclassiques, au sens o\u00f9 leur m\u00e9thode de travail correspond \u00e0\u00a0 un paradigme qui commun \u00e0\u00a0 celui de mon\u00e9taristes par exemple. Mais pas tous. Certains refusent l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral, m\u00eame pris au sens large, puisse \u00eatre une repr\u00e9sentation valide de l&rsquo;\u00e9conomie et fid\u00e8le aux pr\u00e9ceptes de J.M. Keynes. Par exemple, l&rsquo;id\u00e9e de march\u00e9 du travail qui serait \u00e0\u00a0 l&rsquo;origine de la formation des salaires est rejet\u00e9e par certains, dans la mesure o\u00f9 ceux-ci se formeraient de mani\u00e8re conventionnelle. L&#8217;emploi n&rsquo;est que la r\u00e9sultante des besoins en main d&rsquo;\u0153uvre pour une demande anticip\u00e9e par les employeurs. Emplois et salaires sont dissoci\u00e9s, ce qui n&rsquo;est pas le cas dans un mod\u00e8le int\u00e9grant clairement le march\u00e9 du travail. Le salaire peut alors s&rsquo;expliquer en grande partie par des m\u00e9canismes socio-politiques. D&rsquo;autres (parfois les m\u00eames) insistent sur l&rsquo;incertitude et ses cons\u00e9quences dramatiques sur les d\u00e9cisions prises par un homo oeconomicus fa\u00e7on th\u00e9orie n\u00e9oclassique.<\/p>\n<p>Comment ces diff\u00e9rences d&rsquo;appr\u00e9ciation se sont-elles traduites au niveau du vocabulaire ?<br \/>\nOn peut r\u00e9pertorier les appellations suivantes contenant le terme \u00ab keyn\u00e9sien \u00bb.<\/p>\n<p><strong>1 &#8211; Les premiers \u00ab keyn\u00e9siens \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Quand on a parl\u00e9 de keyn\u00e9siens au d\u00e9part, il s&rsquo;agissait de ses disciples directs. On peut citer Harrod, Domar, Klein, Kahn, Meade, Hicks (qu&rsquo;on retrouvera dans presque tous les bons coups en fait), Robinson (qu&rsquo;on retrouvera aussi ailleurs). Au fond, le \u00ab keyn\u00e9sianisme unique \u00bb est assez \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Si on tient vraiment \u00e0\u00a0 lui donner consistance, disons qu&rsquo;il pr\u00e9c\u00e8de de quelques ann\u00e9es la publication de la Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale en 1936 et n&rsquo;y survit gu\u00e8re. Rapidement, les premiers disciples se scinderont en deux groupes, qu&rsquo;on d\u00e9crit maintenant.<\/p>\n<p><strong>2 &#8211; Les \u00ab keyn\u00e9siens de la synth\u00e8se \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Ou \u00ab classico-keyn\u00e9siens \u00bb, ou \u00ab keyn\u00e9so-classiques \u00bb , aussi appel\u00e9s \u00ab n\u00e9o-keyn\u00e9siens \u00bb, voire \u00ab \u00e9conomistes de la synth\u00e8se n\u00e9oclassique \u00bb. Appellations alternatives qui n&rsquo;arrangent pas la clart\u00e9 de la nomenclature, mais correspondent grosso modo \u00e0\u00a0 toute la branche qui dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre a diffus\u00e9 les id\u00e9es de Keynes avec comme base le mod\u00e8le IS-LM et certains m\u00e9canismes plus en rapport avec la notion de retour \u00e0\u00a0 l&rsquo;\u00e9quilibre, ch\u00e8re aux n\u00e9oclassiques. On pourra contester le caract\u00e8re parfaitement interchangeable de ces appellations. N\u00e9anmoins, il me semble un peu fastidieux de s\u00e9parer ces auteurs que tant de points r\u00e9unissent. Pour compl\u00e9ter le d\u00e9dale des d\u00e9nominations, on peut aussi rattacher les premiers auteurs de ce courant \u00e0\u00a0 l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab keyn\u00e9sianisme hydraulique \u00bb.<\/p>\n<p>Une branche, pas totalement homog\u00e8ne, donc. Je retiens deux arguments pratiques pour op\u00e9rer une c\u00e9sure. Une premi\u00e8re raison de les distinguer tient aux hommes et \u00e0\u00a0 l&rsquo;\u00e9volution de leur pens\u00e9e. Hicks, par exemple, alors qu&rsquo;il est le r\u00e9dacteur de l&rsquo;article qui formalise la premi\u00e8re version d&rsquo;IS-LM (1937) s&rsquo;\u00e9loignera progressivement de son texte, le trouvant tr\u00e8s insuffisant pour capturer la richesse de la \u00ab Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale \u00bb de Keynes (en mati\u00e8re d&rsquo;incertitude par exemple).<br \/>\nLa seconde raison tient au versant n\u00e9oclassique de l&rsquo;approche. Initialement, on peut consid\u00e9rer que les classico-keyn\u00e9siens modifient le sch\u00e9ma keyn\u00e9sien en y r\u00e9int\u00e9grant une vision \u00ab \u00e0\u00a0 l&rsquo;\u00e9quilibre \u00bb (voir Hicks, Hansen, Samuelson, Solow). La mod\u00e9lisation keyn\u00e9sienne rel\u00e8ve au d\u00e9part d&rsquo;une macro\u00e9conomie fond\u00e9e sur des fonctions de comportement ad hoc, dont la fonction de consommation, issue de la \u00ab r\u00e8gle psychologique fondamentale \u00bb (\u00ab La loi psychologique fondamentale sur laquelle nous pouvons nous appuyer en toute s\u00e9curit\u00e9, \u00e0\u00a0 la fois a priori en raison de notre connaissance de la nature humaine, mais aussi a posteriori en raison des enseignements d\u00e9taill\u00e9s de l&rsquo;exp\u00e9rience, c&rsquo;est qu&rsquo;en moyenne et la plupart du temps, les hommes tendent \u00e0\u00a0 accro\u00eetre leur consommation \u00e0\u00a0 mesure que leur revenu cro\u00eet, mais non d&rsquo;une quantit\u00e9 aussi grande que l&rsquo;accroissement du revenu. \u00bb, in Th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;emploi, de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et de la monnaie, 1936).<br \/>\nest sans doute la plus repr\u00e9sentative. Petit \u00e0\u00a0 petit, des auteurs y int\u00e8grent aussi l&rsquo;individualisme m\u00e9thodologique, en cherchant des fondements micro\u00e9conomiques (voir Modigliani pour sa th\u00e9orie du cycle de vie, ou Tobin et Don Patinkin pour la fonction de demande de monnaie, par exemple)aux fonctions macro\u00e9conomiques. Cette macro\u00e9conomie de la synth\u00e8se aboutit pratiquement avec le mod\u00e8le offre globale-demande globale (sur lequel je pr\u00e9pare une question-r\u00e9ponse pour le site).<br \/>\nMais la th\u00e9orie dite \u00ab du d\u00e9s\u00e9quilibre \u00bb (Clower, Leijonhufvud, Benassy, Barro \u2013 qui fut en effet durant un temps un contributeur \u00e0\u00a0 la th\u00e9orie keyn\u00e9sienne) est probablement encore plus symbolique de cette jonction entre mod\u00e8le walrasien et keyn\u00e9sianisme. Dans un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral, moyennant une hypoth\u00e8se de rigidit\u00e9 des prix ad hoc, elle exhibe des situations d&rsquo;\u00e9quilibre alternatives compatibles une lecture keyn\u00e9sienne et la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9conomies modernes, qui ne semblent pas toujours ob\u00e9ir aux m\u00eames r\u00e8gles. On en tirera la distinction \u00ab ch\u00f4mage classique \/ ch\u00f4mage keyn\u00e9sien \/ inflation contenue \u00bb selon les conditions de rationnement des offres et demandes sur les diff\u00e9rents march\u00e9s. Si cette th\u00e9orie a comme point commun avec le mod\u00e8le offre globale &#8211; demande globale un cadre d&rsquo;\u00e9quilibre, elle s&rsquo;en distingue par ses fondements micro\u00e9conomiques syst\u00e9matiques (bien qu&rsquo;on pourra remarquer la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir un mod\u00e8le OG-DG \u00e0\u00a0 partir de fonctions individuelles, mais ce n&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement pas ce que l&rsquo;histoire retient) et surtout par la mise en avant de la question des d\u00e9fauts de coordination, par le biais de la place de la monnaie comme \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;incertitude dans une \u00e9conomie de march\u00e9. On semble alors \u00eatre un peu plus pr\u00e8s de la pens\u00e9e de Keynes. Le talon d&rsquo;Achille de cette th\u00e9orie, qui m&rsquo;a v\u00e9ritablement enthousiasm\u00e9 quand je l&rsquo;ai d\u00e9couverte comme \u00e9tudiant (comme beaucoup de gens je crois, dans la mesure o\u00f9 elle semblait fournir LA synth\u00e8se entre Walras et Keynes), est de ne pas expliquer ce qui est sa base : les prix sont fixes, certes ; mais pourquoi ? On ne le sait jamais. Or, les prix, dans une \u00e9conomie de march\u00e9, ne sont jamais irr\u00e9m\u00e9diablement fixes sans raison (et ils ne le sont pas, de toute fa\u00e7on).<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie nous parlerons des \u00ab\u00a0postkeyn\u00e9siens\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0nouveaux keyn\u00e9siens\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Quand les \u00ab keyn\u00e9siens \u00bb sont \u00e9voqu\u00e9s au grand public, c&rsquo;est le plus souvent pour les opposer aux lib\u00e9raux, fr\u00e9quemment aux n\u00e9oclassiques et plus rarement aux classiques. Cette classification, g\u00e9n\u00e9ralement employ\u00e9e pour d\u00e9fendre un point de vue id\u00e9ologique, est appauvrissante. 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