{"id":6006,"date":"2004-10-24T21:24:19","date_gmt":"2004-10-24T21:24:19","guid":{"rendered":"http:\/\/127.0.0.1\/import\/?p=6"},"modified":"2004-10-24T21:24:19","modified_gmt":"2004-10-24T21:24:19","slug":"13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/13\/","title":{"rendered":"Pourquoi il faut bien payer les mauvais chercheurs&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Supposons qu&rsquo;il existe deux fa&ccedil;ons de faire de la science :<br \/> &#8211; observer d&rsquo;abord les faits, puis construire une th&eacute;orie qui permette de les expliquer;<br \/> &#8211; construire une th&eacute;orie d&rsquo;abord; puis v&eacute;rifier si les faits la contredisent ou non.<br \/> Chacune de ces deux m&eacute;thodes a ses qualit&eacute;s et ses d&eacute;fauts. <a href=\"http:\/\/.free.fr\/html\/modules.php?op=modload&#038;name=News&#038;file=article&#038;sid=13&#038;mode=thread&#038;order=0&#038;thold=0\"><\/a><\/p>\n<p>La premi&egrave;re permet d&rsquo;&eacute;liminer beaucoup d&rsquo;impasses avant de se lancer dans la th&eacute;orie; mais elle fait courir le risque de l&rsquo;&eacute;laboration de mauvaises th&eacute;ories ad hoc. La science sera donc compos&eacute;e d&rsquo;un ensemble de bonnes et de mauvaises th&eacute;ories sans qu&rsquo;il soit possible de les diff&eacute;rencier. La seconde ne permet pas de construire des th&eacute;ories ad hoc; mais les scientifiques qui s&rsquo;y livrent risquent de passer &eacute;norm&eacute;ment de temps &agrave; &eacute;laborer des th&eacute;ories qui au final s&rsquo;av&eacute;reront inutiles et non fond&eacute;es. Elle g&eacute;n&egrave;re donc un gaspillage des talents des scientifiques qui vont passer beaucoup de temps dans des impasses. Globalement pourtant, le monde scientifique a toujours eu tendance &agrave; privil&eacute;gier la seconde fa&ccedil;on de proc&eacute;der par rapport &agrave; la premi&egrave;re. Pour quelle raison?<br \/> Consid&eacute;rons maintenant le fait que l&rsquo;activit&eacute; scientifique, comme tous les m&eacute;tiers, va attirer d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; de bons scientifiques qui vont gr&acirc;ce &agrave; leur talent faire des d&eacute;couvertes nombreuses; et des scientifiques peu talentueux qui ne trouveront rien. Mais a priori il n&rsquo;est pas possible de deviner &agrave; l&rsquo;avance qui sera un bon et qui sera un mauvais scientifique. On peut supposer dans le m&ecirc;me temps que les scientifiques ont plus de connaissances sur leur propre talent que les gens ext&eacute;rieurs. Ce qui cr&eacute;e un traditionnel probl&egrave;me &eacute;conomique de relation principal-agent : les gens voudraient savoir quels scientifiques sont bons, pour d&eacute;terminer ceux dont les th&eacute;ories sont dignes de confiance. Les mauvais scientifiques sont eux incit&eacute;s &agrave; se faire passer pour meilleurs qu&rsquo;ils ne seront.<br \/> Pour repr&eacute;senter ce probl&egrave;me imaginons un pays dans lequel le ministre de la recherche dispose de tous les pouvoirs pour obtenir le plus de recherche de qualit&eacute; possible dans le pays. Il va avoir deux objectifs : <br \/> &#8211; trouver un syst&egrave;me de r&eacute;mun&eacute;ration incitatif qui poussera les gens talentueux &agrave; se diriger vers la recherche de bonne qualit&eacute;<br \/> &#8211; d&eacute;terminer quels chercheurs parmi ceux qui existent produisent de bonnes th&eacute;ories. Ces th&eacute;ories pourront &ecirc;tre alors utilis&eacute;es en pleine confiance.<\/p>\n<p> Notre ministre doit-il privil&eacute;gier la recherche dans laquelle on observe d&rsquo;abord, ou celle dans laquelle on th&eacute;orise d&rsquo;abord? Dans les deux cas, il y aura des gaspillages. Dans le premier, il se trouvera avec tout un tas de th&eacute;ories contradictoires sans savoir lesquelles sont bonnes. Dans le second, il se trouvera avec uniquement des bonnes th&eacute;ories, mais l&rsquo;essentiel des chercheurs sera pay&eacute; pour des recherches totalement infructueuses.<br \/> Voici une solution qui s&rsquo;offre &agrave; lui : cr&eacute;er deux instituts de recherche. Dans l&rsquo;un d&rsquo;entre eux (appel&eacute; Centre National de l&rsquo;Observation, ou CNO) les chercheurs observent d&rsquo;abord les faits puis construisent des th&eacute;ories; dans l&rsquo;autre (le Centre National de la Th&eacute;orie, ou CNT) les chercheurs ont l&rsquo;obligation de produire d&rsquo;abord des th&eacute;ories puis de les tester. La r&eacute;mun&eacute;ration des chercheurs dans les diff&eacute;rents instituts se fait de la fa&ccedil;on suivante : <br \/> &#8211; dans le CNO, tous les chercheurs touchent 50 000 euros par an; <br \/> &#8211; dans le CNT, les chercheurs qui &eacute;laborent une th&eacute;orie v&eacute;rifi&eacute;e ensuite par les faits touchent 100 000 euros par an; les chercheurs qui &eacute;laborent une th&eacute;orie ensuite invalid&eacute;e par les faits touchent 20 000 euros par an.<\/p>\n<p> Ce syst&egrave;me a plusieurs avantages. Premi&egrave;rement, il r&eacute;pond &agrave; l&rsquo;objectif incitatif. Un mauvais chercheur sera incit&eacute; &agrave; aller vers le CNO pour maximiser sa r&eacute;mun&eacute;ration, car au CNT il se trouvera souvent dans la basse tranche de revenu; un bon chercheur ira plut&ocirc;t vers le CNT car il sait qu&rsquo;il peut y esp&eacute;rer une r&eacute;mun&eacute;ration sup&eacute;rieure, m&ecirc;me si la contrepartie est une prise de risque (mais s&rsquo;il est bon, il a confiance dans ses capacit&eacute;s : n&rsquo;oublions pas que le but du syst&egrave;me est de r&eacute;v&eacute;ler ce que les chercheurs savent sur leurs propres talents). En moyenne cependant un bon chercheur est mieux pay&eacute; qu&rsquo;un mauvais.<br \/> Deuxi&egrave;mement, quand notre ministre de la recherche veut trouver une bonne analyse scientifique pour r&eacute;soudre un probl&egrave;me pr&eacute;cis, il sait qu&rsquo;il peut faire confiance aux chercheurs les mieux pay&eacute;s du CNT. Il dispose donc d&rsquo;un outil de d&eacute;termination des bonnes th&eacute;ories et des bons savants.<\/p>\n<p> Maintenant, nous pouvons observer que ce syst&egrave;me est assez &eacute;trange. Premi&egrave;re &eacute;tranget&eacute; : les bons chercheurs sont incit&eacute;s &agrave; perdre leur temps &agrave; faire d&rsquo;abord des th&eacute;ories, plut&ocirc;t que de s&rsquo;aider d&rsquo;observations initiales. Mais si l&rsquo;on autorisait les bons chercheurs &agrave; observer avant de th&eacute;oriser, leurs carri&egrave;res deviendraient moins risqu&eacute;es; et les mauvais chercheurs pourraient commencer &agrave; infiltrer leurs rangs.<br \/> Seconde &eacute;tranget&eacute; : les mauvais chercheurs sont bien pay&eacute;s, mieux m&ecirc;me que les bons chercheurs malchanceux; c&rsquo;est n&eacute;cessaire, l&agrave; aussi, pour &eacute;viter qu&rsquo;ils ne soient tent&eacute;s d&rsquo;aller infiltrer les rangs des bons chercheurs. Mais dans ce syst&egrave;me, on va payer des chercheurs inutiles, pour produire des travaux qu&rsquo;on n&rsquo;utilisera jamais en pleine connaissance de cause.<br \/> Une caract&eacute;ristique importante qui en d&eacute;coule est que la recherche se doit imp&eacute;rativement, dans ce syst&egrave;me, d&rsquo;&ecirc;tre massivement financ&eacute;e par l&rsquo;Etat. Une entreprise priv&eacute;e n&rsquo;accepterait jamais de financer un centre de recherche parfaitement inutile pour que les autres centres de recherche (ceux de ses concurrents par exemple) ne soient pas envahis de mauvais chercheurs. Seul l&rsquo;Etat peut financer des recherches inutiles et sans valeur pour la collectivit&eacute;, mais dont l&rsquo;existence g&eacute;n&egrave;re une externalit&eacute; positive, qui est d&rsquo;&eacute;viter que les mauvais chercheurs ne se fassent passer pour des bons (bien entendu l&rsquo;Etat n&rsquo;est pas oblig&eacute; de se sp&eacute;cialiser dans la recherche inutile : l&rsquo;essentiel est qu&rsquo;il entretienne au moins un centre de recherche inutile).<br \/> Ce mod&egrave;le est-il r&eacute;aliste? Il contient beaucoup de diff&eacute;rences avec le monde r&eacute;el . La r&eacute;mun&eacute;ration financi&egrave;re n&rsquo;est pas la seule motivation des chercheurs (il faudrait prendre en compte le fait qu&rsquo;une partie de la r&eacute;mun&eacute;ration est obtenue sous forme de prestige : comment offrir du prestige aux mauvais chercheurs? Y aurait-il l&agrave; une explication &agrave; l&rsquo;existence des m&eacute;dailles et breloques d&eacute;cern&eacute;es par le gouvernement?). Les &eacute;carts de revenus entre chercheurs sont &eacute;galement d&ucirc;s en bonne partie &agrave; des aspects statutaires.<br \/> Cependant, ce mod&egrave;le contient quelques faits que l&rsquo;on retrouve dans le monde r&eacute;el de la recherche : l&rsquo;existence d&rsquo;une hi&eacute;rarchie implicite entre centres de recherche, avec des centres de haut niveau mais tr&egrave;s comp&eacute;titifs, et des centres moins cot&eacute;s dans lesquels peu ou prou, tout le monde touche la m&ecirc;me chose; une autre implication de cette th&eacute;orie est qu&rsquo;il y aura une quantit&eacute; non n&eacute;gligeable de scientifiques plut&ocirc;t bien pay&eacute;s pour produire des recherches totalement d&eacute;pourvues d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t. On l&egrave;vera un voile pudique sur le r&eacute;alisme de cette conclusion.<\/p>\n<p> <b>(<a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&#038;Date_index=20040608164015\">mod&egrave;le d&ucirc; &agrave; Steven Landsburg<\/a>)<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Supposons qu&rsquo;il existe deux fa&ccedil;ons de faire de la science : &#8211; observer d&rsquo;abord les faits, puis construire une th&eacute;orie qui permette de les expliquer; &#8211; construire une th&eacute;orie d&rsquo;abord; puis v&eacute;rifier si les faits la contredisent ou non. Chacune de ces deux m&eacute;thodes a ses qualit&eacute;s et ses d&eacute;fauts. <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/13\/\" title=\"Pourquoi il faut bien payer les mauvais chercheurs&#8230;\">(Lire la suite&#8230;)<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":3,"featured_media":59424,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-6006","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecoblabla"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6006","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6006"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6006\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/59424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6006"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6006"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6006"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}