{"id":14768,"date":"2013-02-22T07:18:16","date_gmt":"2013-02-22T06:18:16","guid":{"rendered":"http:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?p=14768"},"modified":"2018-09-17T19:18:45","modified_gmt":"2018-09-17T18:18:45","slug":"james-buchanan-dani-rodrik-et-david-guetta-partie-1-lheritage-de-buchanan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/james-buchanan-dani-rodrik-et-david-guetta-partie-1-lheritage-de-buchanan\/","title":{"rendered":"James Buchanan, Dani Rodrik et&#8230; David Guetta. Partie 1 : l&rsquo;h\u00e9ritage de Buchanan"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"\/econoclaste\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/buch.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Le 9 janvier dernier, <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2013\/01\/10\/business\/economy\/james-m-buchanan-economic-scholar-dies-at-93.html?pagewanted=all&amp;_r=0\" hreflang=\"fr\">James Buchanan est d\u00e9c\u00e9d\u00e9<\/a> \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 93 ans. Il \u00e9tait le leader de l&rsquo;\u00e9cole du Public choice. R\u00e9cemment, Dani Rodrik a publi\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/how-economists-killed-policy-analysis-by-dani-rodrik\/french\" hreflang=\"fr\">un article<\/a> (version anglaise <a href=\"http:\/\/www.project-syndicate.org\/commentary\/how-economists-killed-policy-analysis-by-dani-rodrik\" hreflang=\"fr\">ici<\/a>) sur le site Project Syndicate, qui s&rsquo;interroge sur ce que les \u00e9conomistes ont finalement fait des ann\u00e9es de recherche en \u00e9conomie politique. Le 23 juin prochain, un concert de David Guetta, subventionn\u00e9 par la Mairie, est programm\u00e9 \u00e0 Marseille, dans le cadre des festivit\u00e9s de <em>Marseille, capitale de la culture europ\u00e9enne 2013<\/em>. Ce billet est l&rsquo;occasion de rendre hommage \u00e0 Buchanan et, par la m\u00e9diation de l&rsquo;article de Rodrik, de faire du Public choice appliqu\u00e9. R\u00e9diger en une seule fois ce que je veux \u00e9crire sur le sujet serait indigeste. Je fractionne donc l&rsquo;ensemble en deux ou trois parties.<\/p>\n<p><strong>Une pr\u00e9sentation s\u00e9lective des travaux du Public choice<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/James_M._Buchanan\" hreflang=\"fr\">James Buchanan<\/a>, nob\u00e9lis\u00e9 en 1986, est un \u00e9conomiste important. Le programme de recherche du Public choice d\u00e9marre \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940, presque par hasard. C&rsquo;est en tombant sur un vieil \u00e9crit en allemand de Knut Wicksell datant de 1896 que Buchanan y trouve des id\u00e9es structur\u00e9es sur l&rsquo;action collective qui ressemblent fortement \u00e0 certaines de ses intuitions personnelles. Il d\u00e9cide d&rsquo;orienter son travail dans cette direction et va au fil du temps agglom\u00e9rer un certain nombre de travaux qui formeront la doctrine du Public choice, dans laquelle il sera \u00e0 la fois auteur et coordonnateur naturel. Alors que les \u00e9conomistes se concentrent sur les d\u00e9faillances du march\u00e9 sous toutes leurs formes et sur les moyens d&rsquo;une intervention publique destin\u00e9e \u00e0 les corriger, Buchanan constate que personne ne cherche v\u00e9ritablement \u00e0 comprendre comment fonctionne l&rsquo;\u00c9tat, suppos\u00e9 r\u00e9gler ces dysfonctionnements. Si l&rsquo;\u00c9tat conna\u00eet lui aussi des d\u00e9faillances, il est naturel pour un \u00e9conomiste de se demander si ces d\u00e9faillances, pour un probl\u00e8me donn\u00e9, sont sup\u00e9rieures ou pas \u00e0 celles du march\u00e9. Que co\u00fbte et rapporte le recours au march\u00e9, compar\u00e9 aux m\u00e9rites et insuffisances de l&rsquo;\u00c9tat&nbsp;? Or, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;\u00c9tat est un despote bienveillant, choisissant et appliquant sans faille les bonnes solutions aux probl\u00e8mes du march\u00e9, est une id\u00e9e sous-jacente aux mod\u00e8les \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Depuis au moins Adam Smith, le fonctionnement du m\u00e9canisme de march\u00e9 occupe les \u00e9conomistes qui, dans les ann\u00e9es 1950, ont \u00e9labor\u00e9 une riche repr\u00e9sentation du ph\u00e9nom\u00e8ne, \u00e0 partir des concepts de rationalit\u00e9, d&rsquo;individualisme m\u00e9thodologique et d&rsquo;\u00e9change. Rien de cela en ce qui concerne l&rsquo;\u00c9tat, suppos\u00e9 incarner l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, contre vents et mar\u00e9es. Assez simplement, Buchanan et ses disciples (dont son co-auteur le plus connu et cofondateur du Public choice, Gordon Tullock) se disent qu&rsquo;appliquer les m\u00eames principes \u00e0 la sph\u00e8re politique aurait un sens. On ne peut pas consid\u00e9rer que les individus qui op\u00e8rent sur des march\u00e9s recherchent naturellement leur int\u00e9r\u00eat personnel et qu&rsquo;ils oublient cet int\u00e9r\u00eat personnel lorsqu&rsquo;ils deviennent \u00e9lus, fonctionnaires ou contribuables. Si l&rsquo;on veut comprendre comment fonctionne la d\u00e9cision publique, on doit partir de ce postulat.<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re pr\u00e9cision pour commencer, qui d\u00e9passe le cadre du Public choice. La notion d&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel ne doit pas \u00eatre confondue avec celle d&rsquo;\u00e9go\u00efsme. On peut rechercher son int\u00e9r\u00eat personnel sans \u00eatre \u00e9go\u00efste, comme Adam Smith ou <a href=\"http:\/\/www.uclouvain.be\/cps\/ucl\/doc\/cr-cridis\/documents\/sen_on_TCR_rational_fools.pdf\" hreflang=\"fr\">Amartya Sen<\/a>, bien plus r\u00e9cemment, l&rsquo;ont sugg\u00e9r\u00e9. Pour le dire simplement, il est tout \u00e0 fait envisageable d&rsquo;avoir comme objectif premier son int\u00e9r\u00eat personnel, tout en se refusant \u00e0 adopter des comportements qui nuisent consciemment aux autres (sans quoi, le vol serait bien plus fr\u00e9quent, par exemple).<br \/>\nSeconde pr\u00e9cision&nbsp;: qu&rsquo;est-ce qui entre dans la notion d&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel&nbsp;? Les \u00e9conomistes formalisent cela selon une fonction d&rsquo;utilit\u00e9. Dans la micro\u00e9conomie classique, l&rsquo;arch\u00e9type de la fonction d&rsquo;utilit\u00e9 est une relation entre la satisfaction ressentie par un consommateur et les quantit\u00e9s de diff\u00e9rents biens consomm\u00e9s. Mais cette notion d\u00e9passe la seule satisfaction mat\u00e9rielle. D&rsquo;autres variables peuvent \u00eatre les arguments de la fonction d&rsquo;utilit\u00e9 et rev\u00eatir une dimension non mat\u00e9rialiste. Il peut s&rsquo;agir du prestige, de la s\u00e9curit\u00e9, du plaisir de voir les autres heureux (l&rsquo;altruisme, en quelque sorte, qui passe plus ou moins directement par leur propre fonction d&rsquo;utilit\u00e9), etc. Autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui en soi ne rel\u00e8vent pas de la cupidit\u00e9. On trouve dans la litt\u00e9rature \u00e9conomique de nombreuses formulations de cet ordre. C&rsquo;est le cas, par exemple, lorsqu&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse aux objectifs des dirigeants de grandes entreprises (dans le cadre des <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Theory_of_the_firm#Managerial_and_behavioural_theories\" hreflang=\"fr\">firmes manag\u00e9riales<\/a>). C&rsquo;est aussi le cas des <a href=\"http:\/\/www.ehess.fr\/kolm\/docannexe.php?id=70\" hreflang=\"fr\">travaux sur l&rsquo;altruisme<\/a> en g\u00e9n\u00e9ral, qui int\u00e8grent dans la fonction d&rsquo;utilit\u00e9 des individus une mesure de la satisfaction d&rsquo;autres individus, qui peuvent \u00eatre leurs enfants ou toute autre personne. Ces consid\u00e9rations sont tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00e9puiser le sujet des motivations humaines. Mais gr\u00e2ce \u00e0 elles, on peut avoir un regard relativement serein sur la discussion en termes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel, qui ne sombre pas dans la caricature et le populisme le plus vulgaire.<\/p>\n<p>Un d\u00e9cideur public peut avoir une structure de pr\u00e9f\u00e9rences qui induise des choix correspondant parfaitement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, dans un cadre donn\u00e9. Ce peut \u00e9galement ne pas \u00eatre le cas. Ce que le Public choice veut enseigner, c&rsquo;est que la question n&rsquo;est m\u00eame pas l\u00e0. Pour qu&rsquo;une d\u00e9cision publique soit bonne et bien appliqu\u00e9e, ce sont les r\u00e8gles du jeu plut\u00f4t que les joueurs qui doivent \u00eatre bonnes. C&rsquo;est le cadre institutionnel qui importe, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des d\u00e9cisions des \u00e9lus, des fonctionnaires ou d&rsquo;une communaut\u00e9 quelconque (Les travaux d&rsquo;<a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2009\/10\/12\/1664-ostrom-et-williamson-prix-nobel-d-economie-2009\" hreflang=\"fr\">Elinor Ostrom<\/a> sur l&rsquo;autogestion des ressources naturelles reprend en partie la m\u00e9thodologie du Public choice). La conf\u00e9rence Nobel de Buchanan \u00e9tait logiquement titr\u00e9e <em><a href=\"http:\/\/www.nobelprize.org\/nobel_prizes\/economics\/laureates\/1986\/buchanan-lecture.html\" hreflang=\"fr\">The Constitution of Economic Policy<\/a><\/em>, pour r\u00e9sumer cette vision.<\/p>\n<p>Il serait impossible ici de citer tous les travaux relevant de l&rsquo;analyse du Public choice. <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Public_choice\" hreflang=\"fr\">La page anglaise Public choice de Wikip\u00e9dia<\/a> les recense efficacement (m\u00eame si le descriptif est tr\u00e8s parcellaire, par moment). La partie la plus comment\u00e9e concerne le th\u00e8me du \u00ab\u00a0march\u00e9 politique\u00a0\u00bb. Elle illustre parfaitement la logique des travaux de Buchanan et de ses disciples. Les politiciens ont un objectif principal&nbsp;: \u00eatre \u00e9lu ou r\u00e9\u00e9lu. Ils demandent des voix et offrent des biens publics qui seront produits avec les ressources collectives (les imp\u00f4ts, en gros). Les \u00e9lecteurs demandent les biens publics (en essayant de payer individuellement le moins d&rsquo;imp\u00f4ts pour cela) et offrent des voix. Pour le politicien, la maximisation de son utilit\u00e9 consiste \u00e0 proposer le programme de fourniture de biens publics qui lui assure l&rsquo;\u00e9lection. Or, ce programme, sera diff\u00e9rent selon les proc\u00e9dures de vote retenues. Le Public choice a naturellement beaucoup \u00e9tudi\u00e9 la d\u00e9mocratie et le scrutin majoritaire. On conna\u00eet le <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Median_voter_theorem\" hreflang=\"fr\">th\u00e9or\u00e8me de l&rsquo;\u00e9lecteur m\u00e9dian<\/a> (que le Public choice a largement utilis\u00e9). \u00c9nonc\u00e9 simplement, il pr\u00e9dit que, dans un syst\u00e8me d\u00e9mocratique majoritaire, les choix retenus par un politicien visant l&rsquo;\u00e9lection seront celui de l&rsquo;\u00e9lecteur dont les pr\u00e9f\u00e9rences se situent au milieu du spectre politique. Prenons le cas o\u00f9 un vote a lieu sur le montant des d\u00e9penses publiques. Si je veux obtenir 50% des voix plus une, je dois proposer le montant qui correspond \u00e0 celui souhait\u00e9 par l&rsquo;individu qui a un souhait sup\u00e9rieur aux montant souhait\u00e9s par la moiti\u00e9 de l&rsquo;ensemble des \u00e9lecteurs (et donc inf\u00e9rieur aux d\u00e9penses d\u00e9sir\u00e9es par l&rsquo;autre moiti\u00e9). Or, il n&rsquo;y a aucune raison particuli\u00e8re pour que cette d\u00e9pense soit optimale, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle soit celle qu&rsquo;un despote bienveillant choisirait, connaissant le mod\u00e8le de l&rsquo;\u00e9conomie et ayant d\u00e9termin\u00e9 des pr\u00e9f\u00e9rences collectives raisonnables. C&rsquo;est pourquoi le Public choice critique la r\u00e8gle de la majorit\u00e9, lui pr\u00e9f\u00e9rant celle de l&rsquo;unanimit\u00e9. Bien s\u00fbr, l&rsquo;unanimit\u00e9 est une r\u00e8gle tr\u00e8s contraignante, co\u00fbteuse en termes d&rsquo;organisation publique et, bien souvent, impraticable. L&rsquo;analyse attire alors l&rsquo;attention sur l&rsquo;utilit\u00e9 de r\u00e8gles de majorit\u00e9 qualifi\u00e9e (voire d&rsquo;unanimit\u00e9) lorsqu&rsquo;elles sont impl\u00e9mentables ou que le sujet est d&rsquo;une grande importance.<br \/>\nDans cette lign\u00e9e, en ajoutant \u00e9ventuellement une condition de rationalit\u00e9 limit\u00e9e des \u00e9lecteurs (ils ne disposent pas de toute l&rsquo;information n\u00e9cessaire pour voter et oublient vite le pass\u00e9), le Public choice veut expliquer certaines tendances \u00e9conomiques, comme l&rsquo;expansion de la dette publique ou les cycles \u00e9conomiques (des auteurs qu&rsquo;on n&rsquo;assimilera pas au Public choice ont utilis\u00e9 plus ou moins la m\u00eame m\u00e9thodologie&nbsp;;  je pense \u00e0 Kalecki). Dans le domaine de la dette publique, Buchanan a introduit la notion de \u00ab\u00a0constitutionnalisme \u00e9conomique\u00a0\u00bb. Puisque la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative majoritaire pr\u00e9sente une tendance \u00e0 cr\u00e9er toujours plus de d\u00e9ficits et de dette. Puisque cette \u00e9volution ne peut conduire \u00e0 un optimum, il est important de penser une limitation constitutionnelle au d\u00e9ficit et \u00e0 la dette publique. Il n&rsquo;est pas insens\u00e9 de dire que les d\u00e9bats sur la <em>r\u00e8gle d&rsquo;or<\/em> aujourd&rsquo;hui doivent beaucoup \u00e0 Buchanan. Il n&rsquo;est pas non plus intol\u00e9rable de dire que son positionnement personnel sur le sujet (largement ax\u00e9 sur le poids de la dette pour les g\u00e9n\u00e9rations futures) est discutable. De m\u00eame que formuler une bonne r\u00e8gle est <a href=\"http:\/\/spire.sciences-po.fr\/hdl:\/2441\/eu4vqp9ompqllr09j0h14g91k\/resources\/wp2012-07.pdf\" hreflang=\"fr\">un probl\u00e8me quasi insoluble<\/a>. Il reste que l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une r\u00e8gle contraignante peut \u00eatre un arrangement institutionnel efficace si le fonctionnement d\u00e9mocratique conduit \u00e0 un niveau de dette objectivement trop important (et qu&rsquo;il est par ailleurs trop co\u00fbteux de changer les r\u00e8gles d&rsquo;\u00e9lection) n&rsquo;est pas absurde en soi.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie donne \u00e9galement la possibilit\u00e9 \u00e0 des groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat de pratiquer le <em>lobbying<\/em>. Pour atteindre une majorit\u00e9, un politicien doit rassembler suffisamment de suffrages. Un groupe constitu\u00e9 sollicitant un avantage aupr\u00e8s du d\u00e9cideur public a un int\u00e9r\u00eat marqu\u00e9 \u00e0 investir des ressources dans une activit\u00e9 de <em>lobbying<\/em>. Les gains potentiels sont tels que le co\u00fbt sera faible, en comparaison. Le politicien doit donc se demander si s&rsquo;attacher les voix des membres du groupe en lui accordant un avantage risque de lui faire perdre plus de voix aupr\u00e8s de ceux qui vont financer la faveur. Ces contribuables ont-ils int\u00e9r\u00eat \u00e0 se mobiliser pour s&rsquo;opposer \u00e0 la d\u00e9cision&nbsp;? Individuellement, le co\u00fbt de l&rsquo;avantage accord\u00e9 au groupe est faible pour eux (disons quelques euros d&rsquo;imp\u00f4ts), alors qu&rsquo;une mobilisation est plus co\u00fbteuse. Ils n&rsquo;ont donc pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 se mobiliser. D&rsquo;autant qu&rsquo;eux-m\u00eames, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, peuvent participer \u00e0 un groupe de pression dans les m\u00eames conditions (il vaut mieux alors investir dans cette action). En d&rsquo;autres termes, dans la plupart des cas, acheter les voix de diff\u00e9rents groupes pour former une majorit\u00e9 est la bonne strat\u00e9gie pour un candidat ou un \u00e9lu. De proche en proche, cette logique conduit \u00e0 un ensemble de d\u00e9cisions publiques socialement co\u00fbteuses et \u00e0 une sous efficacit\u00e9 patente de l&rsquo;action collective. D&rsquo;autre part, on pourra relever que les grands perdants sont ceux qui ne participent \u00e0 aucun groupe de pression mais financent les faveurs accord\u00e9s aux lobbyistes. Ce qui souligne au passage une des pr\u00e9occupations souvent revendiqu\u00e9es par Buchanan, \u00e0 savoir se soucier des minorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Une analyse connexe de la logique des int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques est r\u00e9alis\u00e9e (notamment par Tullock), dans le cadre des processus parlementaires. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;analyse du <em>logrolling<\/em> ou \u00ab\u00a0marchandage parlementaire\u00a0\u00bb. Les \u00e9lus du parlement sont des \u00e9lus locaux, qui d\u00e9fendent les int\u00e9r\u00eats des \u00e9lecteurs de leur circonscription. Le vote de projets locaux se fait dans le cadre d&rsquo;une assembl\u00e9e nationale. Pour faire passer un projet ne concernant que sa circonscription mais ayant un co\u00fbt pour les autres, un \u00e9lu a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 proposer le marchandage suivant aux  autres \u00e9lus&nbsp;: si vous soutenez mon projet, je soutiendrai le v\u00f4tre. Dans ces conditions, les d\u00e9penses globalement vot\u00e9es ont de fortes chances de d\u00e9passer celles qu&rsquo;un unique d\u00e9cideur choisirait. Et rien ne garantit, \u00e9videmment, qu&rsquo;elles portent sur les projets les plus efficaces.<\/p>\n<p>Un autre volet du Public choice (notamment popularis\u00e9 par <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/William_Niskanen\" hreflang=\"fr\">William Niskanen<\/a>) est celui de la bureaucratie. Il est simple \u00e0 d\u00e9crire. L&rsquo;id\u00e9e est que les fonctionnaires, particuli\u00e8rement ceux qui ont des responsabilit\u00e9s importantes, recherchent leur int\u00e9r\u00eat personnel et que cet int\u00e9r\u00eat consiste \u00e0 maximiser la taille de leur administration, sous la contrainte de satisfaire <em>a minima<\/em> les dol\u00e9ances des \u00e9lus, eux-m\u00eames contraints par les \u00e9lecteurs. De mani\u00e8re amusante, il y a une analogie \u00e9vidente avec les hauts dirigeants de grandes firmes. La grande taille du budget apporte des r\u00e9mun\u00e9rations plus importantes, un prestige plus important et une s\u00e9curit\u00e9 plus importante (car, par exemple, plus l&rsquo;administration est grande, plus ils ont un avantage informationnel sur les autres, \u00e9tant enracin\u00e9s au coeur du syst\u00e8me). Il existe une asym\u00e9trie entre le fonctionnaire et les \u00e9lus ou les contribuables. Il dispose de fait d&rsquo;un avantage informationnel, qu&rsquo;il va pouvoir utiliser pour orienter les d\u00e9cisions de l&rsquo;administration dans le sens de son int\u00e9r\u00eat personnel. Encore une fois, rien ne garantit que les d\u00e9cisions prises correspondront \u00e0 un optimum social.<\/p>\n<p>Pour ceux qui veulent aller plus loin sur le Public choice, je renvoie \u00e0 <a href=\"http:\/\/marginalrevolution.com\/marginalrevolution\/2011\/01\/public-choice.html\" hreflang=\"fr\">ce billet de Tyler Cowen<\/a> (Notez aussi que le manuel de r\u00e9f\u00e9rence de Mueller est <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Publics-Analyse-Economique-D%C3%A9cisions-Publiques\/dp\/2804162117\/ref=sr_1_2?s=books&amp;ie=UTF8&amp;qid=1361507742&amp;sr=1-2\" hreflang=\"fr\">traduit en Fran\u00e7ais<\/a>)<br \/>\nSur l&rsquo;apport de James Buchanan, voir aussi <a href=\"http:\/\/marginalrevolution.com\/marginalrevolution\/2013\/01\/what-made-buchanan-special-as-an-economist.html\" hreflang=\"fr\">ce billet de Cowen<\/a>.<br \/>\nEnfin, une <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2013\/01\/10\/business\/economy\/james-m-buchanan-economic-scholar-dies-at-93.html?pagewanted=all&amp;_r=0\" hreflang=\"fr\">n\u00e9crologie<\/a> du New York Times sur Buchanan.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi le Public choice est important<\/strong><\/p>\n<p>Je pense qu&rsquo;on peut dire que Buchanan a r\u00e9introduit de fa\u00e7on cruciale le politique en \u00e9conomie au 20i\u00e8me si\u00e8cle. Ce n&rsquo;est pas rien. Il l&rsquo;a fait en deux temps. D&rsquo;abord en \u00ab\u00a0colonisant\u00a0\u00bb la science politique avec le raisonnement \u00e9conomique. Des politistes ont progressivement utilis\u00e9 le raisonnement \u00e9conomique dans leurs travaux. Puis, en retour, les \u00e9conomistes se sont remis \u00e0 penser les effets des probl\u00e9matiques politiques sur les \u00e9quilibres \u00e9conomiques. Non pas que le souci des institutions ait \u00e9t\u00e9 absents de l&rsquo;analyse \u00e9conomique. Mais il \u00e9tait quelque peu exclu du coeur d&rsquo;une discipline de plus en plus math\u00e9matis\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;\u00e9conomie politique renouvel\u00e9e a une place de choix dans les publications (je renvoie \u00e0 <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2006\/04\/25\/512-l-economie-politique-c-est-a-dire\" hreflang=\"fr\">cet ancien billet<\/a> pour en convaincre). Un \u00e9conomiste remarquable comme <a href=\"http:\/\/economics.mit.edu\/faculty\/acemoglu\/paper\" hreflang=\"fr\">Daron Acemoglu<\/a> doit certainement beaucoup de choses \u00e0 Buchanan.<\/p>\n<p>Dans le vrai monde, l&rsquo;apport (au moins du point de vue positif) direct ou d\u00e9riv\u00e9 du Public choice est \u00e9galement r\u00e9el. Ceux qui suivent la crise europ\u00e9enne ne peuvent d\u00e9cemment pas nier l&rsquo;apport de James Buchanan \u00e0 la compr\u00e9hension de ce qui s&rsquo;y d\u00e9roule. Pour l&rsquo;essentiel, l&rsquo;\u00e9volution de la situation repose depuis plusieurs ann\u00e9es sur <a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2011\/11\/22\/1875-le-jeu-dangereux-de-la-banque-centrale-europeenne\" hreflang=\"fr\">un jeu de pouvoir<\/a> entre les fonctionnaires de la BCE et les \u00e9lus des pays de l&rsquo;UE, sur fond d&rsquo;opinions publiques nationales exprimant des pr\u00e9f\u00e9rences diverses. Si Buchanan avait eu tout faux, la dramaturgie de la crise aurait \u00e9t\u00e9 probablement bien moins spectaculaire. De ce point de vue, puisque la compr\u00e9hension de ces \u00e9pisodes rel\u00e8ve \u00e9galement de sch\u00e9mas qui ne correspondent pas \u00e0 du Public choice <em>stricto sensu<\/em> (mais plut\u00f4t \u00e0 de la th\u00e9orie des jeux), je me hasarderai \u00e0 dire qu&rsquo;il existe une filiation entre les travaux du Public choice et certains travaux du <em><a href=\"http:\/\/econoclaste.eu\/dotclear\/index.php\/?2007\/10\/16\/1043-retour-sur-le-mechanism-design\" hreflang=\"fr\">mechanism design<\/a><\/em> appliqu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cision et gestion publique, sous-discipline r\u00e9compens\u00e9e deux fois au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es par le prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Une question parall\u00e8le qui se pose est celle du r\u00f4le des id\u00e9es du Public choice sur la fa\u00e7on actuelle dont les citoyens pensent la politique. Pour <a href=\"http:\/\/www.richmondfed.org\/publications\/research\/region_focus\/2004\/spring\/pdf\/interview.pdf\" hreflang=\"fr\">Buchanan lui-m\u00eame<\/a>, ce r\u00f4le est non nul, m\u00eame s&rsquo;il niait que la perte de confiance en la politique puisse \u00eatre imput\u00e9e \u00e0 ses travaux. Ce qui conduit \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser un peu \u00e0 l&rsquo;image conservatrice du Public choice. Il n&rsquo;est pas surprenant de constater que les auteurs se r\u00e9clamant du Public choice sont souvent conservateurs. Le programme de recherche s&rsquo;est constitu\u00e9 en r\u00e9action \u00e0 la th\u00e9orie du bien-\u00eatre et \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie keyn\u00e9sienne, en insistant sur le fait qu&rsquo;entre la peste du march\u00e9 et le chol\u00e9ra de l&rsquo;\u00c9tat, on optait trop souvent sans s&rsquo;interroger pour le second des maux. N\u00e9anmoins, au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, on peut consid\u00e9rer que, quelle que soit les solutions normatives envisag\u00e9es, l&rsquo;apport disciplinaire de Buchanan n&rsquo;est ni conservateur, ni progressiste. Il nous oblige \u00e0 consid\u00e9rer qu&rsquo;entre une d\u00e9cision publique id\u00e9ale et la d\u00e9cision qui sera effectivement prise et appliqu\u00e9e, on retrouve toujours les al\u00e9as de la d\u00e9mocratie et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel. Buchanan insiste d&rsquo;ailleurs sur le fait que le Public choice doit \u00eatre vu comme <a href=\"http:\/\/www.gmu.edu\/centers\/publicchoice\/pdf%20links\/Booklet.pdf\" hreflang=\"fr\">un programme de recherche<\/a>, dont la dimension positive est plus importante que la dimensions normative. Ce qui, outre une revendication scientifique, traduit davantage une id\u00e9ologie lib\u00e9rale, se m\u00e9fiant du constructivisme, qu&rsquo;un point de vue conservateur. \u00c9videmment, le fait que Buchanan ait pu \u00e9marger au Cato Institute n&rsquo;est pas anodin, j&rsquo;en conviens&#8230; On notera pour l&rsquo;anecdote que Buchanan, dans <a href=\"http:\/\/www.richmondfed.org\/publications\/research\/region_focus\/2004\/spring\/pdf\/interview.pdf\" hreflang=\"fr\">cet interview donn\u00e9e \u00e0 Region focus<\/a>, tient des propos \u00e0 la limite du socialisme&nbsp;: <em>\u00ab\u00a0I am reluctant to say, for instance, that having public spending at 40 percent of GDP\u2014which is about what we have now\u2014is necessarily wrong.\u00a0\u00bb<\/em>. En d\u00e9finitive, il me semble que tous les \u00e9conomistes qui traitent de sujets en rapport avec la probl\u00e9matique du Public choice puisent \u00e0 un moment ou un autre dans ce programme de recherche, quels que soient leurs pr\u00e9suppos\u00e9s id\u00e9ologiques, voire m\u00eame leur r\u00e9f\u00e9rentiel m\u00e9thodologique (un peu comme tout \u00e9conomiste utilise le mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral comme point focal).<\/p>\n<p>Dans la seconde partie, nous verrons pourquoi Dani Rodrik n&rsquo;est pas tr\u00e8s content de la fa\u00e7on dont l&rsquo;\u00e9conomie politique a conditionn\u00e9 les \u00e9conomistes \u00e0 penser la d\u00e9cision publique et les rapports socio-\u00e9conomiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>Le 9 janvier dernier, James Buchanan est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 93 ans. Il \u00e9tait le leader de l&rsquo;\u00e9cole du Public choice. R\u00e9cemment, Dani Rodrik a publi\u00e9 un article (version anglaise ici) sur le site Project Syndicate, qui s&rsquo;interroge sur ce que les \u00e9conomistes ont finalement fait des ann\u00e9es de <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/james-buchanan-dani-rodrik-et-david-guetta-partie-1-lheritage-de-buchanan\/\" title=\"James Buchanan, Dani Rodrik et&#8230; David Guetta. 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