{"id":12259,"date":"2014-10-23T14:24:35","date_gmt":"2014-10-23T13:24:35","guid":{"rendered":"http:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?p=12259"},"modified":"2014-10-23T16:27:38","modified_gmt":"2014-10-23T15:27:38","slug":"un-nouvel-age-pour-la-question-scolaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/un-nouvel-age-pour-la-question-scolaire\/","title":{"rendered":"Un nouvel \u00e2ge pour la question scolaire ?"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"542\" class=\"aligncenter size-full wp-image-12287\" alt=\"pisa\" src=\"\/econoclaste\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/pisa.jpg\" srcset=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/pisa.jpg 750w, https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/pisa-300x217.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><\/p>\n<p>J&rsquo;ai longtemps \u00e9t\u00e9, sans r\u00e9serves, du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui consid\u00e9raient que la d\u00e9mocratisation scolaire \u00e9tait une bonne chose. Socialement et \u00e9conomiquement. Les impressions, les clich\u00e9s et jugements h\u00e2tifs, voire r\u00e9trogrades ou r\u00e9actionnaires sur le sujet me laissaient de marbre. Non seulement, en tant qu&rsquo;enseignant, ce que je voyais ne les validait pas. Mais, surtout, les travaux disponibles leur donnaient passablement tort. Bien s\u00fbr, dans le d\u00e9bat entre signal et capital humain, je n&rsquo;ai jamais consid\u00e9r\u00e9 que l&rsquo;argumentation des tenants de la th\u00e9orie du signal soit totalement absurde. L&rsquo;existence d&rsquo;un effet signal dans l&rsquo;\u00e9ducation me semblait ind\u00e9niable. La question \u00e9tait de savoir si tout n&rsquo;\u00e9tait que signal ou si l&rsquo;effet capital humain \u00e9tait si n\u00e9gligeable que s&rsquo;\u00e9duquer \u00e9tait seulement un positionnement vis-\u00e0-vis des autres, plut\u00f4t qu&rsquo;une acquisition de comp\u00e9tences r\u00e9elles. Il me semblait tr\u00e8s exag\u00e9r\u00e9, \u00e0 l&rsquo;aune des analyses sur le sujet, de consid\u00e9rer qu&rsquo;envoyer toujours plus de jeunes \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole pendant plus longtemps ne cr\u00e9ait pas des connaissances suppl\u00e9mentaires qui couvraient les co\u00fbts engag\u00e9s pour cela. Aujourd&rsquo;hui, je me demande si ma position est toujours aussi justifi\u00e9e.<\/p>\n<p>\nA la base de ce questionnement, il y a d&rsquo;abord un v\u00e9cu quotidien. Seul, cela ne vaut rien. Ma vie n&rsquo;est pas un concentr\u00e9 repr\u00e9sentatif du monde. J&rsquo;en ai donc parl\u00e9 avec des coll\u00e8gues qui enseignent tous dans le sup\u00e9rieur, aussi bien en fac qu&rsquo;en classes de lyc\u00e9e postbac. Souvent, des gens eux aussi plut\u00f4t favorables \u00e0 la d\u00e9mocratisation scolaire. Ils confirmaient mon ressenti. Ce qui, depuis deux ou trois ans, m&rsquo;a conduit \u00e0 penser que je n&rsquo;\u00e9tais pas vulgairement victime des biais classiques de perception dont souffrent parfois les enseignants. Cela ne vaut pas d\u00e9monstration, loin de l\u00e0, mais m&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer que la question se posait effectivement. Ensuite, il y a les r\u00e9sultats de la derni\u00e8re <a href=\"http:\/\/www.oecd.org\/pisa\/keyfindings\/pisa-2012-results.htm\" target=\"_blank\">enqu\u00eate PISA de 2012<\/a>. Un certain nombre de points relev\u00e9s dans cette \u00e9tude me semblent aller dans le sens de l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle les rouages de la d\u00e9mocratisation scolaire sont gripp\u00e9s. Enfin, en s&rsquo;int\u00e9ressant aux tendances qui se dessinent en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9ducation pour le futur et en les reliant aux constats pr\u00e9c\u00e9dents, on peut continuer \u00e0 verser dans un certain pessimisme. Je vous livre ces r\u00e9flexions modestes, je n&rsquo;ai pas d\u00e9gag\u00e9 de convictions profondes. A la limite, mon seul objectif est de savoir si la question m\u00e9rite vraiment d&rsquo;\u00eatre pos\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi la d\u00e9mocratisation scolaire a fonctionn\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Savoir si s&rsquo;\u00e9duquer davantage est toujours utile, pour les individus comme pour la soci\u00e9t\u00e9 qui investit des ressources dans ce domaine, est une question r\u00e9currente depuis le 20i\u00e8me si\u00e8cle. L&rsquo;analyse \u00e9conomique s&rsquo;en est empar\u00e9e. Deux th\u00e8ses principales s&rsquo;affrontent dans ce domaine. La premi\u00e8re est la th\u00e8se du capital humain (qu&rsquo;on doit initialement \u00e0 Gary Becker et George Schultz). Leur raisonnement repose sur l&rsquo;id\u00e9e que les choix \u00e9ucatifs sont faits en comparant les co\u00fbts d&rsquo;une ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude suppl\u00e9mentaire et les gains, mesur\u00e9s par la hausse de salaire induite (le tout \u00e9tant actualis\u00e9 pour tenir compte du fait que gains et co\u00fbts ne se r\u00e9alisent pas au m\u00eame moment dans le temps). La hausse de salaire induite est expliqu\u00e9e dans cette logique par une hausse de la productivit\u00e9, engendr\u00e9e par la poursuite des \u00e9tudes. A ce sch\u00e9ma de base, s&rsquo;ajoute, lorsqu&rsquo;on raisonne au niveau macro\u00e9conomique, l&rsquo;existence d&rsquo;externalit\u00e9s positives de l&rsquo;\u00e9ducation (quand je suis plus productif, mon savoir se transmet en partie aux autres, qui voient aussi leur productivit\u00e9 cro\u00eetre). Mais individuellement, je ne peux tenir compte de cet effet dans mes choix. Or, si tout le monde raisonne de la sorte, l&rsquo;investissement total en \u00e9ducation est plus faible que ce qu&rsquo;il serait socialement souhaitable, de m\u00eame que la productivit\u00e9 globale de la main d\u2019\u0153uvre dans l&rsquo;\u00e9conomie. Il revient donc \u00e0 la puissance publique de subventionner l&rsquo;\u00e9ducation pour accro\u00eetre le stock global de capital humain.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me th\u00e8se est celle de la th\u00e9orie du signal, attribuable \u00e0 Michael Spence. S&rsquo;\u00e9duquer ne sert pas \u00e0 acqu\u00e9rir des qualifications r\u00e9ellement productives, mais \u00e0 signaler aux employeurs qu&rsquo;en ayant r\u00e9ussi un parcours scolaire brillant, tout au moins plus brillant que les autres, on sera d&rsquo;autant plus apte \u00e0 occuper un poste donn\u00e9. M\u00eame si ce que l&rsquo;on a appris \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole ne nous y sert \u00e0 rien. Chacun a donc l\u00e0 aussi int\u00e9r\u00eat \u00e0 investir dans l&rsquo;\u00e9ducation, pour passer devant les autres. Mais \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e, l&rsquo;impact sur la productivit\u00e9 n&rsquo;a pas de raison d&rsquo;\u00eatre spectaculaire et, en d\u00e9finitive, cette \u00ab\u00a0course de rats\u00a0\u00bb repr\u00e9sente beaucoup de temps perdu pour les individus et la soci\u00e9t\u00e9 (sur l&rsquo;effet de signal, voir ce <a href=\"http:\/\/blog.francetvinfo.fr\/classe-eco\/2014\/10\/05\/a-quoi-servent-les-etudes.html\" target=\"_blank\">billet r\u00e9cent d&rsquo;Alexandre sur Classe \u00e9co<\/a>).<\/p>\n<p>Si on veut tester les deux th\u00e9ories, il faut mesurer au cours du temps, par des techniques \u00e9conom\u00e9triques plus ou moins sophistiqu\u00e9es, l&rsquo;impact sur les salaires des ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9tudes suppl\u00e9mentaires. C&rsquo;est ce qu&rsquo;a fait \u00c9ric Maurin dans les ann\u00e9es 2000. Il a publi\u00e9 une synth\u00e8se de ces travaux sous forme d&rsquo;<a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?page_id=10370&amp;codenote=172http:\/\/\" target=\"_blank\">un essai passionnant<\/a>, qu&rsquo;il est <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/nouvelle-question-scolaire-b-n-fices-d-mocratisation\/dp\/275780992X\/ref=tmm_ppb_swatch_0?_encoding=UTF8&amp;sr=8-1&amp;qid=1189876844\" target=\"_blank\">toujours temps de lire<\/a>. Sa conclusion \u00e9tait sans appel : la d\u00e9mocratisation scolaire avait un sens, les tests \u00e9conom\u00e9triques ax\u00e9s sur la th\u00e9orie du capital humain la validant.<\/p>\n<p>A vrai dire, si l&rsquo;on accepte l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9cole suppl\u00e9mentaire sert toujours \u00e0 acqu\u00e9rir quelques comp\u00e9tences additionnelles, on peut facilement accepter l&rsquo;id\u00e9e que faire continuer une scolarit\u00e9 \u00e0 des jeunes leur apportera quelque chose. N\u00e9anmoins, il faut alors tenir compte du co\u00fbt suppl\u00e9mentaire engag\u00e9. Le rendement marginal d&rsquo;une ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude doit, en principe, d\u00e9passer son co\u00fbt marginal. De surcro\u00eet,\u00a0 il faut tenir compte d&rsquo;un effet de signal potentiel (qui justifierait de continuer, simplement pour passer devant les autres). Une fa\u00e7on erron\u00e9e, mais courante, de conclure qu&rsquo;on est confront\u00e9 \u00e0 une situation o\u00f9 l&rsquo;on entretient un effet de signal en poussant toujours plus loin la d\u00e9mocratisation scolaire est d&rsquo;\u00e9voquer la fameuse \u00ab\u00a0baisse du niveau\u00a0\u00bb \u00e0 tous les \u00e9chelons de la scolarit\u00e9, ou disons au moins \u00e0 partir du lyc\u00e9e. Dans cette logique, si le niveau baisse, c&rsquo;est bien que l&rsquo;on galvaude les dipl\u00f4mes, ce qui ne peut \u00eatre qu&rsquo;artificiel, conduire \u00e0 de nombreuses d\u00e9convenues pour ceux qui pensent s&rsquo;\u00e9lever socialement et rester sans impat sur la productivit\u00e9 globale. <a href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/?p=7788\" target=\"_blank\">J&rsquo;avais (un peu) maladroitement essay\u00e9 de montrer<\/a> \u00e0 partir d&rsquo;un exemple arithm\u00e9tique que l&rsquo;on pouvait avoir une baisse du niveau moyen \u00e0 chaque niveau d&rsquo;\u00e9tudes et n\u00e9anmoins conna\u00eetre une hausse de la productivit\u00e9 globale. Je reformule ici, dans une version un peu moins usine \u00e0 gaz, cette d\u00e9monstration.<\/p>\n<p>Au niveau du bac, une ann\u00e9e donn\u00e9e, on a deux \u00e9l\u00e8ves admis dans la classe. Leurs \u00e9tudes co\u00fbtent pour chacun, pendant une ann\u00e9e, 100. Et gr\u00e2ce \u00e0 leur ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes, ils gagnent 200. Le rendement marginal net de l&rsquo;ann\u00e9e est globalement de 2 x (200 &#8211; 100) = 200. Le rendement moyen par \u00e9l\u00e8ve est de 200\/2 = 100.<br \/>\nL&rsquo;ann\u00e9e suivante, on admet non plus deux \u00e9l\u00e8ves, mais quatre. Les deux premiers sont des clones des deux dipl\u00f4m\u00e9s de l&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;avant. Une ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes co\u00fbte pareil (100) et rapporte pareil (200). Mais les deux autres \u00e9l\u00e8ves admis sont le fruit de la d\u00e9mocratisation scolaire. Moins dou\u00e9s, issus de milieux sociaux moins favoris\u00e9s, une ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes leur profite moins qu&rsquo;aux pr\u00e9c\u00e9dents. Supposons que l&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude co\u00fbte alors autant pour eux que leurs camarades (100) mais qu&rsquo;ils produiront un rendement marginal brut de seulement 150. Le rendement marginal net de la classe devient alors 2 x 200 + 2 x 150 &#8211; 4 x 100 = 300. Le rendement marginal moyen devient 300\/4 = 75. Ce que l&rsquo;on peut traduire par \u00ab\u00a0le niveau baisse\u00a0\u00bb. Si dans le m\u00eame temps, dans la classe inf\u00e9rieure (et sup\u00e9rieure), on fait la m\u00eame chose, le niveau y a aussi baiss\u00e9. Mais fallait-il emp\u00eacher les \u00e9l\u00e8ves les moins bons d&rsquo;acc\u00e9der au niveau sup\u00e9rieur ? La premi\u00e8re ann\u00e9e, on avait deux \u00e9l\u00e8ves avec un niveau de connaissances (net des co\u00fbts) initial de disons 500 chacun. Ils finissent donc avec 700 chacun, ce qui nous fait un total de 1 400.\u00a0Leurs camarades, qui s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s dans la classe inf\u00e9rieure avaient capitalis\u00e9 400 de connaissances nettes chacun. Au total, le syst\u00e8me \u00e9ducatif a produit 1 400 + 800 = 2 200. La deuxi\u00e8me ann\u00e9e, les deux membres de l&rsquo;\u00e9lite plus jeunes r\u00e9cup\u00e8rent aussi 1 400. Les deux nouveaux, qui d\u00e9marrent avec 400 chacun, r\u00e9cup\u00e8rent 150 chacun, et obtiennent donc un niveau global de 1 100 \u00e0 eux deux (800 + 300). Dans cette deuxi\u00e8me configuration, ce n&rsquo;est pas une grande surprise de constater que le niveau de connaissances total a cr\u00fb, puisqu&rsquo;il est pass\u00e9 de 2 200 \u00e0 2 500. Et pour chaque \u00e9l\u00e8ve en moyenne aussi, de 2 200\/4 = 550 \u00e0 2 500\/4 = 625.<br \/>\nIl est donc possible de conna\u00eetre une baisse du niveau moyen des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 tous les niveaux scolaires, tout en encourageant cette tendance, puisqu&rsquo;elle d\u00e9bouche sur une hausse du niveau de connaissances, net des co\u00fbts de production de cette connaissance.<\/p>\n<p>Certains ricaneurs vont dire \u00ab\u00a0Tout \u00e7a pour \u00e7a ?\u00a0\u00bb. Ils peuvent, l&rsquo;exercice n&rsquo;a rien de spectaculaire math\u00e9matiquement parlant. Pourtant, dans les d\u00e9bats sur le sujet, cet argument du \u00ab\u00a0niveau qui baisse\u00a0\u00bb sous-tend tr\u00e8s fr\u00e9quemment qu&rsquo;il faut arr\u00eater d&rsquo;ouvrir les fili\u00e8res sup\u00e9rieures \u00e0 toujours plus de jeunes. Il est pourtant compatible avec une hausse profitable de l&rsquo;\u00e9ducation globale de la population.<br \/>\nOn trouvera probablement aussi certains lecteurs qui contesteront l&rsquo;id\u00e9e que le co\u00fbt de production d&rsquo;une ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes en plus puisse rester stable \u00e0 100. Dans certains cas, ils auront raison, dans d&rsquo;autres tort. La fonction de co\u00fbt \u00e9ducative n&rsquo;a pas de raison d&rsquo;exhiber un co\u00fbt marginal constant, c&rsquo;est exact. Le co\u00fbt des deux nouveaux peut \u00eatre sup\u00e9rieur \u00e0 100 ; et m\u00eame celui des deux membres de l&rsquo;\u00e9lite, du fait de l&rsquo;arriv\u00e9e de leurs camarades. Mais on peut aussi envisager qu&rsquo;il d\u00e9croisse, sous l&rsquo;effet d&rsquo;\u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelle. En d&rsquo;autres termes, \u00e0 ce stade, on montre juste une possibilit\u00e9. Une possibilit\u00e9 qui est d&rsquo;ailleurs repr\u00e9sentative de ce que le pass\u00e9 de la d\u00e9mocratisation scolaire a montr\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, ces probl\u00e8mes sont justement envisag\u00e9s plus loin.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi il faut se demander si cela va continuer<\/strong><\/p>\n<p>R\u00e9sumons ce qui suit, en reprenant les chiffres de l&rsquo;exemple pr\u00e9c\u00e9dent : n&rsquo;est-il pas possible que le niveau de connaissances acquises par les \u00e9l\u00e8ves les plus faibles aujourd&rsquo;hui, plus faible que 400 envisag\u00e9s plus haut, soit tel qu&rsquo;ils ne puissent pas obtenir un rendement marginal brut sup\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;investissement de 100 n\u00e9cessaire \u00e0 la poursuite d&rsquo;une ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude ? Au stade de d\u00e9mocratisation scolaire d\u00e9j\u00e0 atteint, peut-on encore esp\u00e9rer un rendement marginal net positif pour les nouveaux venus ?<\/p>\n<p>J&rsquo;avance deux \u00e9l\u00e9ments pour poser la question. Le premier est largement subjectif et issu de l&rsquo;observation de certaines caract\u00e9ristiques des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;\u00e9tudiants. Constatations qui, comme je le pr\u00e9cisais en introduction, sont passablement corrobor\u00e9es par d&rsquo;autres enseignants, d&rsquo;o\u00f9 mon id\u00e9e de creuser un peu le sujet. Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, bien plus crucial donc, est l&rsquo;\u00e9volution des r\u00e9sultats aux tests PISA, qui semblent mettre en lumi\u00e8re \u00e0 grande \u00e9chelle des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9cis qui sont justement compatibles avec l&rsquo;hypoth\u00e8se de d\u00e9part.<\/p>\n<p>Faisons vite sur mon ressenti professionnel. Bien que dans une formation s\u00e9lective pour la partie principale de mon activit\u00e9 (DCG), je constate une d\u00e9gradation des comp\u00e9tences initiales des \u00e9tudiants. Je constate \u00e9galement une attitude vis-\u00e0-vis de l&rsquo;apprentissage et du savoir en g\u00e9n\u00e9ral peu propice \u00e0 produire de la valeur ajout\u00e9e \u00e9ducative. Ni comp\u00e9tences initiales, ni envie de progresser. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 cela au cours de ma carri\u00e8re, mais dans des classes diff\u00e9rentes. Ici, vu le niveau d&rsquo;exigences, c&rsquo;est tr\u00e8s ennuyeux, surtout si on raisonne en termes de d\u00e9mocratisation scolaire. Inutile de vous dire que j&rsquo;ai tent\u00e9 de modifier mon approche p\u00e9dagogique (j&rsquo;essaie encore). Cette d\u00e9marche semble \u00e9chouer. Voil\u00e0 donc pour ce qui a inspir\u00e9 mon questionnement.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats de PISA 2012 sont connus et ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cortiqu\u00e9s dans les grandes lignes. La France reste dans la moyenne de l&rsquo;OCDE en termes de score (notamment en maths, point particuli\u00e8rement \u00e9tudi\u00e9 dans la cuv\u00e9e 2012), mais perd des places (et des points de score). Notre syst\u00e8me est in\u00e9galitaire, l&rsquo;\u00e9cart entre les plus performants et les plus faibles est important et croissant. Il y a toujours autant d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves performants qu&rsquo;en 2003, mais le nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves en difficult\u00e9 augmente.<strong> Le syst\u00e8me s&rsquo;est d\u00e9grad\u00e9 par le bas<\/strong>. Les \u00e9l\u00e8ves issus des milieux d\u00e9favoris\u00e9s sont loin derri\u00e8re ceux issus des milieux plus favoris\u00e9s. Cette tendance est \u00e0 la hausse depuis 2003. Le comportement en classe se maintient, mais \u00e0 un niveau inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne de l&rsquo;OCDE. L&rsquo;attitude vis-\u00e0-vis de l&rsquo;\u00e9cole est nettement plus n\u00e9gative que dans les autres pays de l&rsquo;OCDE, aussi bien en ce qui concerne le sentiment d&rsquo;appartenance que les efforts \u00e0 engager face aux difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage. Je fais court ici, vous pouvez consulter<a href=\"http:\/\/www.oecd.org\/pisa\/keyfindings\/PISA-2012-results-france.pdf\" target=\"_blank\"> le rapport sur la France<\/a> pour les d\u00e9tails.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats de PISA indiquent donc que, pour le public vis\u00e9 par la d\u00e9mocratisation scolaire, les plus en difficult\u00e9 (souvent issus des milieux d\u00e9favoris\u00e9s), les r\u00e9sultats sont en baisse quand on approche de l&rsquo;\u00e2ge de fin de scolarit\u00e9 obligatoire. En termes absolus (les scores baissent) et en termes relatifs (compar\u00e9s aux \u00e9l\u00e8ves performants ou aux \u00e9l\u00e8ves des autres pays). D&rsquo;autre part, la motivation et, n&rsquo;ayons pas peur de le dire, l&rsquo;effort, ne progresse pas, au moment o\u00f9 l&rsquo;on voudrait promouvoir des scolarit\u00e9s plus longues pour une nouvelle cat\u00e9gorie d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves, moins enclins \u00e0 r\u00e9ussir spontan\u00e9ment que les autres. On peut alors se demander si on est arriv\u00e9 \u00e0 un stade o\u00f9 le rendement marginal de l&rsquo;investissement \u00e9ducatif pour les nouvelles cat\u00e9gories \u00e0 pousser vers le haut n&rsquo;est pas devenu inf\u00e9rieur \u00e0 son co\u00fbt.<\/p>\n<p><strong>Que faire si \u00e7a ne marche plus ?<\/strong><\/p>\n<p>je veux tout d&rsquo;abord dire qu&rsquo;il est inutile d&rsquo;aller chercher des excuses aux jeunes \u00ab\u00a0opprim\u00e9s par le syst\u00e8me scolaire\u00a0\u00bb. C&rsquo;est s\u00fbrement le cas, mais ce n&rsquo;est pas l&rsquo;objet de ce billet. Non, on ne na\u00eet pas feignasse. Oui, une culture soci\u00e9tale ambiante fait que certains sont des larves \u00e0 t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 et, dans un sens, ce n&rsquo;est pas leur faute. Mais ce n&rsquo;est pas ce qui nous int\u00e9resse ici. La seule chose qui compte, c&rsquo;est de savoir si la comparaison rendement marginal co\u00fbt marginal est joyeuse ou non.<\/p>\n<p>La tendance \u00e0 penser qu&rsquo;il existe une solution unique \u00e0 chaque probl\u00e8me, \u00e9ventuellement incarn\u00e9e par la vision politique d&rsquo;un seul homme providentiel d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 entreprendre des r\u00e9formes courageuses, est pr\u00e9sente (aussi) dans les d\u00e9bats sur le syst\u00e8me \u00e9ducatif. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 faire travailler davantage les profs (variante : les payer plus, ou les deux), raccourcir les vacances d&rsquo;\u00e9t\u00e9, r\u00e9duire la taille des classes, donner aux parents plus de place dans l&rsquo;\u00e9cole, r\u00e9tablir l&rsquo;autorit\u00e9 et les m\u00e9thodes d&rsquo;enseignement traditionnelles (ou cesser de consid\u00e9rer qu&rsquo;elles sont totalement d\u00e9pass\u00e9es), etc. Aucune n&rsquo;est absurde. Aucune n&rsquo;est \u00e0 m\u00eame, seule, de r\u00e9gler les probl\u00e8mes d&rsquo;efficacit\u00e9 du syst\u00e8me (j&rsquo;entends par efficacit\u00e9, la capacit\u00e9 \u00e0 obtenir un rendement marginal positif des d\u00e9penses d&rsquo;\u00e9ducation). L&rsquo;am\u00e9lioration des performances \u00e9ducatives passe par un ensemble de changements plus ou moins complexes \u00e0 mettre en place et plus ou moins importants en terme d&rsquo;impact. Pour compl\u00e9ter ce billet, j&rsquo;en parlerai dans un prochain article.<\/p>\n<p>Je vous prierai de faire preuve\u00a0dans les commentaires d&rsquo;autant de mesure que ce que j&rsquo;ai pu le faire dans ce billet. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;\u00eatre pour ou contre, moi-m\u00eame je ne suis ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\"><p>J&rsquo;ai longtemps \u00e9t\u00e9, sans r\u00e9serves, du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui consid\u00e9raient que la d\u00e9mocratisation scolaire \u00e9tait une bonne chose. Socialement et \u00e9conomiquement. Les impressions, les clich\u00e9s et jugements h\u00e2tifs, voire r\u00e9trogrades ou r\u00e9actionnaires sur le sujet me laissaient de marbre. Non seulement, en tant qu&rsquo;enseignant, ce que je voyais ne <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/un-nouvel-age-pour-la-question-scolaire\/\" title=\"Un nouvel \u00e2ge pour la question scolaire ?\">(Lire la suite&#8230;)<\/a><\/p>\n<\/div>","protected":false},"author":2,"featured_media":12287,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-12259","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecoblabla"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12259","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12259"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12259\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12291,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12259\/revisions\/12291"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12287"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12259"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12259"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/econoclaste.eu\/econoclaste\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12259"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}