Les jeunes sont moins bêtes qu’on ne le croit parfois

pérou

Vous avez déjà lu sur ce site que le chômage des jeunes n’était pas forcément le problème fondamental du marché du travail en France. Apparemment, ça l’est encore un peu moins. Explications.

Il faut être nuancé sur le sujet, évidemment. Tout n’est pas parfait. Mais le « drame du chômage des jeunes » est un terme exagéré et bien trop englobant. D’abord, parce qu’il y a un abus de langage (maintenant assez connu) qui consiste à assimiler chômage des jeunes actifs et chômage des jeunes (tout court). Grosso modo, il y a 1/4 des jeunes actifs au chômage (c’est la définition du taux de chômage : nombre de chômeurs dans une catégorie donnée sur nombre d’actifs de cette catégorie). Mais seul 1/3 des jeunes (les 15-24 ans ou 16-25 ans pour les statisticiens) sont actifs. De sorte qu’il y a effectivement 1/4 x 1/3 des jeunes qui sont au chômage à un moment donné, soit près de 8% des jeunes. Le « drame » est donc plus limité.

Le marché du travail en France est caractérisé pour les jeunes par un temps d’insertion beaucoup plus long que dans de nombreux pays comparables (sur le sujet, quoique datant un peu maintenant, ce livre est bien). Pour beaucoup, cela signifie de passer un certain temps à alterner périodes de chômage, contrats courts, chômage et ainsi de suite, jusqu’à obtenir un emploi stable. Du moins, à condition que le jeune soit suffisamment éduqué. Comme le montre le tableau suivant, les taux de chômage n’ont rien de vertigineux quand on est jeune et doté d’un bon niveau de qualifications. Surtout quand on tient compte de l’évolution au fil des années de présence sur le marché du travail :jeunesTaux de chômage selon le diplôme (France, 2011, INSEE)

En revanche, comme on le relève facilement, quand on n’est pas qualifié, le problème est plus grave. Et finalement, jeune ou non, le non qualifié est plus souvent chômeur. Ce qui est davantage le gros problème structurel, mais nous ramène à une problématique où l’âge ne compte guère (voir ce bon livre sur la question de la jeunesse exclue du marché du travail).

Il reste que, comme on le souligne parfois à juste titre, cet espèce de bizutage pour tous, qu’on ne connaît pas dans tous les pays, n’a rien d’agréable et on peut se demander à juste titre s’il ne serait pas possible de faire autrement. Pour l’expliquer, on peut avancer deux arguments. Un, avec une dualité du marché du travail conséquente et des CDI qui ne se renouvellent pas forcément très vite, les jeunes sont dans une file d’attente pour les places libres. Deux, aussi qualifié soit-on, on est moins productif à son arrivée sur le marché du travail et il faut faire ses preuves (ce qui est, en revanche, assez commun sur n’importe quel marché du travail). L’insertion est donc un temps peu enviable et potentiellement éprouvant.

En lisant cet entretien, je constate qu’il y a du nouveau. Et c’est une bonne nouvelle. Je préviens : le titre est trompeur, un brin racoleur (mention spéciale à la photo qui nous montre un jeune en costard, endormi. Supposé désespéré, on peut aussi envisager qu’il vient juste d’enchaîner grosse semaine de boulot et sortie le vendredi soir…) et bien éloigné de ce qu’il faut retenir des propos de Didier Demazière. Celui-ci nous dit pour commencer :

« Chez les  jeunes, il y a une polarisation très forte dans la manière de vivre le chômage : soit le chômage est comme une impasse, comme un signal de l’incapacité ou de l’inadéquation à s’insérer sur le marché du travail pour les moins diplômés, soit le chômage est comme une situation relativement banale  dans le processus d’insertion professionnelle pour les plus diplômés. Le chômage apparaît donc comme étant la possibilité de prendre du temps pour choisir son emploi, son entreprise, son orientation sur le marché du travail. »
Ce qui confirme ce que j’écrivais au dessus. La bonne nouvelle, c’est que les jeunes en insertion prennent leur situation avec beaucoup de plus de philosophie ou, plus vraisemblablement, avec plus de rationalité :

 

« La période de la jeunesse est une période où le fait de tâtonner, le fait de se lancer dans certaines expériences ou activités avec une part de risque dans le sens où elles ne vont peut-être pas déboucher sur un emploi, est assez admis. Le chômage peut aussi être, du coup, un moment d’expérimentation et de construction de soi, pour ces jeunes. On le voit quand on interviewe des jeunes diplômés : une fois le diplôme en poche, un certain nombre d’entre eux ont une espèce de peur vis-à-vis de la carrière professionnelle et pensent qu’avant de s’engager vraiment dans une carrière, c’est peut-être bien de prendre le temps de prendre son temps justement et de chercher ce qu’on veut faire, ce qu’on aime faire, voyager, réaliser une expérience à l’étranger, faire une année de césure entre la formation et véritablement le début de la carrière professionnelle. »

 

Le reste de la retranscription de l’entretien me semble douteuse. Alors qu’on focalisait sur les jeunes, il apparaît, sans qu’on en soit vraiment informé, qu’on généralise aux chômeurs en général.
En définitive, ce que nous apprend ce texte est qu’alors qu’on leur disait qu’ils avaient une vie affreuse, de plus en plus de jeunes, parmi ceux qui sont raisonnablement employables, ont tiré au mieux les leçons de leur situation, avec ce qu’elle présente d’opportunités « contraintes » et en font un atout dans leur cheminement, plus qu’un inconvénient. Le chômage de masse les y aidant, paradoxalement.
Accessoirement, j’aimerais bien voir où les propos de Demazière mettent en avant ce que l’enrobage de l’article présuppose, à savoir qu’il y a des gens qui aiment le chômage per se
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