L’article qui m’énerve au réveil du jour

… Est cet article du monde (une reprise de dépêche afp) indiquant que selon une étude médicale, la sédentarité double le risque d’embolie pulmonaire chez les femmes. Celles qui restent assises plus de 40h par semaine ont un risque double par rapport à celles qui restent moins de 10h.

Ok. Sauf qu’indiquer qu’une probabilité « double » n’a aucune signification pratique si vous n’indiquez pas le risque initial. Considérez une maladie que j’ai une chance sur un million d’attraper: si ce risque passe à 6 chances sur un million, il est multiplié par 6: il reste, malgré cela, dérisoire.

Par contre, si je joue à la roulette russe, j’ai une chance sur 6 de perdre. Que ce risque soit multiplié par 6, équivaut a remplir le barillet et à avoir la certitude de mourir. La même « multiplication du risque par 6 » a des conséquences extrêmement différentes. Parler de variation d’un risque sans indiquer « par rapport a quel risque de base », ce n’est pas de l’information, mais de la foutaise.

Si vous suivez l’information, pourtant, vous verrez que ce risque de base n’est pour ainsi dire jamais précisé lorsqu’un article indique qu’un risque est « augmenté d’un certain pourcentage ». Il faut dire que « des scientifiques montrent que manger de la roquette augmente votre risque de cancer du gros orteil de 40% » est un titre bien plus accrocheur que « fait passer le risque de 1 a 1,4 sur 10 000 ». Ce procédé est d’ailleurs souvent utilisé par des militants pour exagérer une cause.

Et le matin, ça m’énerve.

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue

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16 Commentaires

  1. Attention !!!!

    En t’enervant le matin ta probabilité de tomber enceinte augmente de l’infini de pourcent !!

  2. (Tic nerveux d’épaules) Et bien moi je ne vois pas pourquoi en France on n’aurait que 1% de croissance alors qu’en Chine ils en ont 9%. Hein m’sieur Delaigue, je vais vous dire, je n’accepte pas ça moi, je n’ai pas été élu pour ça.

  3. Ne serait-ce pas un biais rhétorique connu sous le nom "d’oubli de la fréquence de base" ?

    Réponse de Alexandre Delaigue
    L’oubli de la fréquence de base porte plutôt sur les problèmes bayesiens (genre test fiable a x%, vous êtes positif, êtes vous malade)

  4. Les faits sont têtus, mais avec les statistiques, on peut toujours s’arranger, disait Twain.
    Valeur absolue et proportion méritent d’êtres mises en regard régulièrement.
    Tout comme les inclusions / perspectives. Si je dis que 80% des cocaïnomanes ont déjà consommé du cannabis, on peut sous-entendre que l’un implique presque automatiquement l’autre. Alors que si je dis que 2% des consommateurs de cannabis consomment de la cocaïne, l’enchaînement de l’un à l’autre n’apparaît pas aussi direct.
    Quant au contexte extérieur, il faut parfois prendre le temps de le prendre en compte avant de tirer des conclusions. Les ventes de lunettes de soleil et de crèmes glacées semblent corrélées dans le temps. Pour autant, on ne peut pas en déduire que les lunettes de soleil donnent soif ou que la glace éblouit…

  5. Bonjour;

    A ce propos dans un de vos billets vous mentionniez un livre qui attaquait justement le problème de l’usage erroné des statistiques dans les médias (pas plus de souvenirs). Pourriez vous nous le redonner s’il vous plait ? J’ai fait plusieurs recherche sur le site sans succès !

    Bonne journée en espérant que d’autres articles vous rendront votre bonne humeur 😉

  6. D’après le papier en question dans le British Medical Journal, le risque global dans leur échantillon d’infirmières était de 0.4%.

  7. Pour la mortalité, il a été prouvé que l’endroit le plus dangereux pour un malade est l’hôpital, le risque de mourir d’une maladie dans un hôpital est bien plus élevé que disons … à son boulot.
    Pour ne pas mourir d’un cancer, il semble donc profitable de continuer à aller au bureau.

    (dans le même genre il semble qu’il serait sécurisant d’installer en série des bombes dans les avions: la probabilité d’avoir une bombe dans un avion quand il y en a déjà une étant quasi nulle)

  8. Ce qui est *encore* plus agaçant est que sur ce genre de risque faible la cohorte à étudier avant d’avoir une preuve solide est très élevée, donc on a tendance à publier un résultat qui en fait est assez faible.
    Ici la cohorte semble très grande, mais … le risque est excessivement faible pour une jeune femme en parfaite santé, et beaucoup plus fort pour l’infirmière proche de l’âge de la retraite qui dans la majorité des cas a demandé de préférence un poste assis. Donc, la cohorte d’infirmières relativement agées et dont le poste reste majoritairement debout est-elle vraiment si grande ?
    Ensuite il y a le problème des variables cachées. Fondamentalement il y a une corrélation entre préférer rester assis la majorité du temps et avoir des problèmes de santé, dont l’embolie. En corrigeant suivant le poids, l’âge, le tabagisme on retire les variables manifestement corrélés, mais on laisse potentiellement toutes celles dont la corrélation est moins directe. Il y a des techniques pour éviter ce problème (exemple, un test américain sur l’efficacité des programme de formation pour les chômeurs, où on a tiré aléatoirement qui en profiterait parmi ceux éligibles, on a d’ailleurs constaté que ceux qui avait échoué à la loterie trouvait aussi vite un boulot que ceux qui avait reçu la formation), mais il ne parait pas évident que cela ait été fait ici.

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Vous avez raison. Mais ces problèmes méthodologiques concernent la revue scientifique qui publie l’étude; on peut comprendre que le journal grand public qui en fait état n’en fasse pas, ça ne me choque pas. Par contre, son devoir est de transmettre l’information d’une façon compréhensible et exacte, ce qui n’est pas le cas ici; ça m’énerve d’autant plus que c’edt systématique.

  9. [pour faire suite à Enikao]
    Dans les pays anglo-saxons on dit volontiers "correlation is not causation" pour dénoncer ce sophisme "Cum hoc ergo propter hoc" (pedantic isn’t it? :-).

    Mais en France on continue à nous abreuver de découvertes "scientifiques" du genre "manger des fraises en hiver augmente de 18.54% le risque de cancer chez les ménagères de moins de 43 ans", alors qu’il s’agit en général d’une simple corrélation.

  10. Ben, ouais, c’est ce qui arrive quand on n’évalue pas les capacités en probabilités 😉
    lewebpedagogique.com/bac-…

    Moi, ce qui m’a fait marrer dans cette histoire de fuite au Bac S, c’est le commentaire général des médias "Le premier sujet [celui qui a fuité] était très facile, et permettait d’assurer 4 points, même pour les élèves les plus faibles". Si tous les journalistes (et même tous les étudiants de licence d’éco-gestion…) étaient capables de résoudre l’exercice 1, on n’en serait pas là…

  11. Dans le même genre qui me dresse les poils en journalisme, c’est le terme "de plus en plus" qui ne veut strictement rien dire sans référent.

    "Des jeunes de plus en plus violents"
    "Des produits de plus en plus chers"

    Souvent même, le terme est utilisé pour des phénomènes dont l’évolution est inverse !

    De telles assertions nous donnent en fait la sensation que le monde ne cesse de se dégrader par rapport à une situation antérieure… forcément plus idyllique !
    Alors qu’en réalité, eh bien nous vivons actuellement la période la plus prospère et la plus sûre de toute l’Histoire de l’humanité.
    Et de loin.

  12. Dans le même genre d’information qui ne veut rien dire hors du contexte, l’annonce dans un reportage que dans le pays machin chose, on paie l’équivalent de x euros pour une baguette/un m2 d’appartement/un livre/une voiture ….. Si on ne sait pas quel est le salaire moyen dans le dit pays, ça nous fait une belle jambe !!!
    Moi, ça ne me gênerait pas de payer 10 équivalent € pour une baguette si mon salaire mensuel est de 300000 équivalent euros !

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