l\'Age d\'or des retraités touche à sa fin

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Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par Avatar Andy FOCHEUX, il y a 5 mois.

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    Andy FOCHEUX

    Revalorisation des minimas sociauxretour de l’ISF et référendum d’initiative citoyenne ont été au cours des deux derniers mois au cœur de tous les débats. Ces mesures – aujourd’hui massivement plébiscitées par les Gilets Jaune – trouvent une partie de leur racine dans les premières actions menées par le gouvernement à son arrivé au pouvoir. Des actions pour la plupart annoncées et aujourd’hui largement décriées. Parmi elles, nous avons la fameuse hausse de CSG sur les retraités.

    Au-delà des petites phrases qui n’ont pas manqué de faire réagir bon nombre de Français, le véritable boulet que risque de traîner Emmanuel Macron pour le restant de son mandat risque fort de concerner le supplément de CSG adressée à nos aînés. Une ponction concernant 7.5 millions d’entre eux, et dont l’opposition s’est longtemps saisit pour entretenir l’image du président glacial et sans pitié dont ce dernier a bien du mal à se débarrasser. Une politique largement critiquée par les seniors et l’ensemble de la classe politique. Mais pas seulement car, après tout, qui n’est pas le petit-fils ou la petite fille d’un grand-parent vieilli, usé par l’effort d’une vie ?

    Au fond, cette politique est tellement critiquable sur la forme qu’elle en devient intrigante. Pourquoi mettre en place une politique qui à l’évidence mènera à des records d’impopularité ? Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il privilégié sa révision plutôt que sa suppression en décembre dernier ?

    Et plus largement, pourquoi un tel risque ? Y aurait-il une logique cachée qui pourrait justifier cet effort demandé aux plus âgés ?

    Tout d’abord, il convient de rappeler que cette hausse de CSG intervient dans un contexte particulier. La grogne des retraités survient à la suite d’une série de ponctions qui a eu lieu ces dernières années et qui ont ralenti la progression de leur pouvoir d’achat. La suppression en 2008 de la demi-part des veuves, la fin de l’exonération fiscale sur la majoration des pensions accordée aux parents de trois enfants, sans compter la mise en place d’une taxe de 0.3% pour financer les aides aux personnes âgées dépendantes. Sans oublier trois années de gel des pensions de base et la maigre revalorisation annoncée récemment pour 2019. Bref, ça tombe vraiment mal !

    De tout temps, pauvreté et vieillesse ont été associées. Pourtant, plusieurs rapports viennent étayer l’analyse du niveau de vie des retraités en France. Et à y regarder de plus près, cette population n’est pas si mal lotie.

    En effet, malgré ces multiples ponctions, la situation des retraités n’a jamais été aussi bonne. Dans une étude de juin 2017, l’INSEE est catégorique : le niveau de vie moyen des retraités est supérieur à celui de l’ensemble de la population. Les retraités des années 1970 bénéficiaient, eux, d’un niveau de vie équivalent à 70% de la moyenne nationale. Aujourd’hui, ce taux est à 106%, un record historique. Autrement dit, si l’on compare les revenus d’un actif moyen avec ceux d’un retraité moyen, on s’aperçoit que le senior bénéficie d’une centaine d’euros de plus.

    Avec des chiffres concrets, on obtient ceci : pour un salarié percevant 1 600 euros par mois, le retraité, lui, s’en tire avec 1 696 euros. À 2 200 euros de salaire, le retraité, lui, est à 2 332 euros. Bien sûr, les chiffres ci-dessus ne peuvent pas être calqués à chaque individu. Il s’agit d’une comparaison statistique visant à illustrer les écarts de revenus, mais elle ne tient pas compte des disparités individuelles puisqu’il s’agit d’une moyenne.

    Le taux de pauvreté des seniors (6,6%) est deux fois moins élevé que celui de l’ensemble de la population, et trois fois moindre que celui des jeunes. (on qualifie de « pauvre » toute personne détenant moins de 1 063 euros par mois).

    Comment des chiffres pareils peuvent être possibles, alors que la pension moyenne s’élève à 1 294 euros par mois ? Parce que les seniors jouissent d’autres sources de revenus, notamment du patrimoine (loyers, dividendes…). La fortune moyenne des sexagénaires s’élève à 340 600 euros, quand elle atteint 122 000 euros chez les trentenaires et 226 000 chez les quadras.

    Quelque 72% des plus de 60 ans possèdent leur logement et 42% détiennent une assurance-vie, quand moins de 60% des quadras sont propriétaires. Résultat : malgré une pension moyenne avoisinant le SMIC, le niveau de vie moyen des 65 ans+ atteint 25 070 euros par an en 2015, soit 2 089 euros par mois. Et ce revenu moyen progresse à 2 108 euros en 2016, selon la dernière édition de l’INSEE, Niveau de vie et redistribution 2018.

    Pour la première fois, dans l’histoire de l’humanité, la hiérarchie des générations est bouleversée. Autrefois, dans les années 70, le taux de pauvreté des 75-79 était trois fois supérieur à celui des 18-24 ans. Aujourd’hui, c’est précisément l’inverse.

    Plusieurs facteurs viennent expliquer cette inversion. Parmi eux, l’extraordinaire montée en puissance de l’Etat-providence, avec l’assurance retraite et l’assurance santé. Sur les quelques 900 milliards d’euros de transferts sociaux et de dépenses publiques en tout genre, la moitié va aux plus de 60 ans, qui ne représentent qu’un cinquième de la population, alors que l’autre moitié est dispersée sur les quatre autres cinquièmes.

    La majeure partie de ces dépenses relèvent du système de retraite lui-même, dont le coût s’élève à 310 milliards d’euros. Un coût assumé à hauteur de 78% par les actifs via les cotisations sociales. Selon les économistes Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur, la contribution annuelle des actifs au système de protection sociale est l’une des explications à la forte hausse du coût du travail. Et les chiffres le confirment ; le taux de prélèvements pour le financement de cette protection est de 37% en 2011 pour les 25-59 ans, et de 20% pour les plus de 60 ans.

    Bien sûr, tous les retraités ne vivent pas confortablement et ne jouissent pas des fruits de leur labeur. Les plus âgés n’ont pas toujours cotisé durant leur carrière, certains ont traversé la guerre et ses privations. Ils ont souvent beaucoup travaillé dans des conditions qui seraient jugées bien sévèrement à l’heure d’aujourd’hui. Leur niveau de vie est d’ailleurs, en moyenne, inférieur à celui des jeunes retraités. Selon le sociologue Louis Chauvel, c’est à la fin des années 1940 qu’il était le plus intéressant de naître. Une position en partie validée par la dernière étude de l’INSEE France, portrait social, publié le 20 novembre dernier, affirmant que la génération 1950 a bénéficié d’une retraite plus longue et d’une pension plus élevée que celles des assurés nés en 1944 et 1956. Deux explications à cela : cette génération a bénéficié des retraites anticipées pour carrière longue avant 60 ans et n’a pas été impactée par la hausse de l’âge d’ouverture des droits (réforme 2010, reculant l’âge de départ à 62 ans).

    « Les assurés de la génération 1956 peuvent faire valoir leurs droits à retraite à 62 ans, ou, s’ils remplissent les conditions exigées, à 60 ans dans le cadre des retraites anticipées pour carrière longue mises en place en 2003. Pour la génération 1950, ces âges sont respectivement de 60 et 58 ans. Ainsi, près de 12 % des assurés nés en 1950 ont bénéficié du dispositif et sont partis à la retraite entre 58 et 60 ans »

    Il s’agit ici d’une génération dorée, entrée sur le marché du travail au moment du plein-emploi et qui, bien que peu diplômée, a pu faire une carrière sans accroc, portée par les Trente Glorieuses, pour ensuite prendre sa retraite au moment où le système était le plus avantageux. L’éditorialiste économique, François Lenglet, explique que « les réformes des retraites ont été faites sans remettre en cause les droits acquis, ceux des retraités ou des salariés sur le point d’entrer dans ce nouvel état. C’est aux futurs retraités qu’on a demandé de travailler plus longtemps ou de faire un sacrifice sur le calcul de leur pension en étendant la période de référence, afin de préserver l’équilibre financier du système. Afin de ne pas amputer les droits acquis par les aînés… ». Une caractéristique française, bien différente des autres pays, comme le Canada, où les efforts sont répartis, lors des réformes d’ajustement à la démographie, sur les différentes générations.

    Nos baby-boomers ont bénéficié d’un marché de l’emploi en très bonne santé, mais aussi d’une politique monétaire qui leur a été extrêmement favorable.

    Il semble logique que le patrimoine soit concentré dans les mains des citoyens les plus âgés puisque, par définition, ils ont eu le temps d’accumuler les fruits de leur travail. Mais les observateurs économiques sont unanimes : ils ont aussi bénéficié de circonstances fort précieuses pour leurs avoirs.

    Après l’inflation galopante des années 1970 et 1980, tous les pays développés ont confié à leur Banque Centrale le rôle de protéger les intérêts des épargnants, en préservant la valeur de la monnaie, en éradiquant l’inflation. Sans inflation, le capital fleurit, qu’il soit investi dans les titres financiers ou dans l’immobilier. Son rendement, c’est-à-dire les intérêts qu’il produit, est meilleur. Lorsqu’on est du côté des emprunteurs, et que l’on cherche à faire un crédit à taux fixe, la charge de remboursement est constante dans le temps, une inflation est donc un atout dans la mesure où elle va progressivement alléger le poids des mensualités, étant donné que jusqu’en 1983 les salaires étaient indexés sur la hausse des prix.

    Deux époques successives : l’une courant de 1945 à 1985, durant laquelle le capital a été laminé par la hausse des prix, l’autre de 1985 à aujourd’hui, où il s’est formidablement apprécié grâce à la disparition de l’inflation. Ce qu’il convient de rappeler, c’est que nos seniors ont acquis leur capital (souvent leur résidence principale) durant la première période, à bas prix, en s’endettant alors que leurs mensualités de crédit se dévaluaient aussi, suivant l’inflation. Et qu’ils ont profité de son rendement durant la seconde époque. Les baby-boomers ont donc bénéficié du meilleur régime économique possible pour constituer leur capital, et dès lors que celui-ci a été constitué, le régime s’est inversé, pour devenir le meilleur possible pour faire fructifier ces possessions.

    Aujourd’hui, comme il a été rappelé précédemment, le rapport de force est inversé, et ce sont maintenant les jeunes qui sont désavantagés : un emprunt à 2% d’aujourd’hui coûte en réalité plus cher, avec une inflation quasi nulle, qu’un autre à 12% contracté dans les années 1970, lorsque la hausse annuelle des revenus était supérieure à 12% grâce à l’inflation !

    2018 marque le regain de l’inflation : 2.2% contre 1% en 2017, 0.2% en 2016 et aucune progression en 2015. On pourrait croire que l’avantage s’apprête à tourner en faveur des jeunes générations, mais c’est faux. Car, seul le SMIC est indexé à l’augmentation des prix dorénavant, et rares sont les placements qui égalent ou dépassent le niveau actuel d’inflation. Une somme d’argent placé sur une Assurance-vie ou un Livret A, dont le taux est à 0.75% net, fera perdre 1.45% de pouvoir d’achat à son détenteur.

    Conjointement à tout cela, les prix de l’immobilier se sont envolés, garantissant un niveau de patrimoine élevé aux seniors et rendant la propriété inaccessible pour les autres. Rien que sur la période 1996-2011, le prix des logements anciens en France métropolitaine a progressé de 150%, alors que le revenu moyen des ménages est loin d’avoir fait un tel rebond. La valeur immobilière a ainsi considérablement accru les écarts de richesse entre les générations. Alors que l’âge moyen de la première acquisition était de plus de 50 ans pour les générations nées au début du XXème siècle, il était tombé à 34 pour celles de l’après-guerre, justement nos baby-boomers. Mais le voilà qui remonte à nouveau, car les jeunes d’aujourd’hui sont moins souvent propriétaires que les jeunes d’il y a 60 ans aujourd’hui devenus vieux.

    La part des ménages de moins de 25 ans propriétaires est passé de 7% en 1968 à 5.7% en 2014. Sur cette même période, celle des 25-39 ans a gagné 10 points, passant de 28.3% à 38.8%. Mais l’essor le plus prégnant est incontestablement chez les plus de 60 ans, la part des propriétaires passant de 54.9% à 73.7%.

    La France se situe à la 4ème place des pays de l’UE en termes de dépenses pour ses retraités. Avec le Danemark, elle est même le pays « offrant la situation économique la plus appréciable aux personnes âgées », relève l’OCDE. Avec vingt-cinq ans passés à la retraite, les Français sont les champions du temps de repos après la vie active, soit cinq ans de plus que la moyenne des pays riches.

    En fin de compte, la hausse de la CSG fait écho aux raisons qui lui ont donné naissance en 1991 : créer un impôt sur une base plus large que les seuls revenus du travail, et permettant de solliciter un plus grand nombre de contribuable, c’est-à-dire les plus âgés.

    Aujourd’hui, l’essentiel du financement de la protection sociale continue de peser sur les individus d’âge actif. Un poids très lourd à porter quand on sait que la France est championne des charges sociales en Europe.

    Le supplément de recettes obtenues par la CSG permet de sensiblement alléger les cotisations sociales (assurance maladie et chômage notamment) et de redonner des marges tant aux entreprises qu’aux salariés eux-mêmes. Cette politique fiscale commence déjà à produire ses effets. Depuis octobre 2018, les salariés ont vu leurs revenus progresser, et cette augmentation est fonction du salaire lui-même : un smicard devrait bénéficier d’environ 200 euros par an, et pour un travailleur rémunéré deux fois le smic, le bénéfice serait d’environ 450 euros.

    Si la hausse de CSG sur les retraites semble se justifier à plus d’un titre, le débat relatif au seuil de prélèvement (1 200 euros pour une personne seule et 1841 euros pour un couple) reste entier. Dans sa volonté de doper les rendements de la CSG, le gouvernement a sans doute souhaité englober le plus grand nombre de contribuables possibles dans la limite du soutenable à vivre (plus grosse base, meilleures recettes). Mais les explications macroéconomiques comme celles que nous venons de voir ne sont pas suffisantes pour répondre aux disparités individuelles. Les écarts de richesses, le climat social explosif, et la communication désastreuse du gouvernement ont fini par pousser celui-ci à revenir sur le plafond de ressources à partir duquel les 1.7 points de CSG supplémentaires s’appliquent. À partir de 2019, seuls les revenus au-delà de 1 882 € pour un retraité célibataire et 2886 € pour des retraités en couples seront concernés.

    Comme toujours en économie, tout se résume à des rapports de force, avec des perdants d’un côté et des gagnants de l’autre. Si l’on se tient aux données référencées, cette politique vise à favoriser les salariés, les jeunes, les actifs à venir, au détriment des retraités. Si celle-ci répond à des problématiques majeures liées au coût du travail, elle oppose indirectement deux catégories de population que sont les jeunes et leurs aînés.

    Avec 22 millions de seniors attendus à l’horizon 2070, soit 30% de la population française contre 20% aujourd’hui, les dépenses globales consacrées aux seniors devraient poursuivre leur baisse.

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