Electricité : la suite

Sur le blog de Brad de Long, je trouve une réflexion intéressante (et assez différente de la mienne) concernant la tarification variable de l’électricité. Je vous la livre (en anglais) avec un commentaire :

« We economists think that well-functioning prices are signals of social scarcity and value. Take the case of electricity. We would think (i) that almost all the time the price of electricity should be very low–about at short-run marginal cost because there is excess generating capacity and so competition drives prices down. But (ii) occasionally–once in a blue moon–a sudden surge in demand pushes demand at the low price above capacity, and so the price spikes to ration demand as every unit of generating capacity is pressed into service, and the least valuable uses of electricity are shut down and drop off the grid. It is, economists would say, the fact of such huge price spikes during periods of shortage that induces the investment in the spare generating capacity that keeps prices low so much of the time. Without the carrot, the donkey will not move forward.

Now out in the real world it is fair to say that nobody who has not been brainwashed by the graduate economics core would look upon such a pattern of prices with equanimity–not in electricity, not in airline tickets, not in railraod freight traffic, not in port charges, not in cargo shipping, not in vaccines, not in plywood in the week after a hurricane. And it is fair to say that we observe very few markets in which we observe this price pattern that economic theory says is efficient for high fixed-cost industries with volatile demand and temporarily fixed capacity.

Some of public reluctance to tolerate such price patterms is that people are worried about the distributional effects of price spikes–poor people who find the service essential suffer a huge loss of real income during the spike. But there seems to be much more going on at a psychological level: people seem to value a stable environment, or a smoothness of prices, or something even when the result is substantial allocative inefficiencies when the shortage comes and we then ration haphazardly by luck rather than efficiently by price. People strike long-term contracts that are clearly inefficient–that specify price but leave quantities to be delivered at the discretion of the purchaser.

I would like to see somebody make some progres on this set of issues… « 

J’aimerais moi aussi voir des progrès faits dans ce domaine. L’argument de de Long est juste mais contestable à plusieurs niveaux. Premièrement il est contestable de dire que ce type de tarification variable pour la même chose n’est pas rencontrée souvent. C’est après tout le mode de tarification des entreprises de transport (compagnies aériennes, trains : essayez de demander le prix qu’on payé vos voisins la prochaine fois que vous prendrez le TGV, vous aurez des surprises). Sur ces marchés, on n’a pas franchement de tarif type « marché spot » mais néanmoins des tarifs variables selon l’affluence. Par ailleurs la capacité d’adaptation des gens est moindre dans ces domaines, contrairement à ce que l’on peut rencontrer dans l’électricité ou il est possible le plus souvent de moduler sa consommation assez rapidement. Si je veux aller rendre visite à ma grand-mère, j’ai moins de latitudes pour changer de date ou de moyen de transport qu’en ce qui concerne ma consommation d’énergie. Rappelons aussi que je me plaçais dans une perspective de long terme, avec des techniques permettant d’ajuster la consommation aux prix de façon immédiate et automatique.
J’aurais aussi tendance à contester l’idée selon laquelle des prix variables seraient considérés comme peu satisfaisants par les consommateurs. Après tout mes parents ont toujours un tarif de l’électricité (appelé EJP) qui leur garantit le tarif de nuit 24h sur 24 chez eux, sauf une vingtaine de jours dans l’année ou ils paient 50 centimes d’euros le kilowatt. Ces jours là, ils font attention à leur consommation d’électricité et chauffent leur logement au mazout. Mais ce tarif est tellement intéressant pour eux qu’EDF cherche de plus en plus à se débarasser des clients bénéficiant de ce type de tarif. On peut donc se dire que si un tarif fluctuant est avantageux pour les consommateurs, ceux-ci n’hésiteront pas à en supporter les nuisances.
L’argument psychologique est un peu plus valable, mais là aussi contestable. Si les gens veulent des tarifs plus élevés et sûrs, il est probable que les entreprises les leur proposeront. Si les gens peuvent bénéficier de tarifs fluctuants il est probable qu’ils les utiliseront. La question de l’équité est elle aussi discutable. On peut éventuellement préférer, en cas de pénurie, un système qui alloue au hasard la ressource disponible à un système dans lequel celle-ci est allouée à ceux qui peuvent se permettre de la payer; Mais n’importe quel économiste familiarisé avec l’économie du bien-être sait que dans ce cas, on a de fortes chances de voir les riches aller payer les pauvres pour racheter ce qu’ils ont eu la chance de recevoir, ce qui veut dire qu’au bout du compte on aura quand même une allocation marchande de la ressource. (je reconnais que l’argument s’applique difficilemement à l’électricité : mais l’article de de Long concerne l’actuelle pénurie de vaccins contre la grippe aux USA, et je m’étonne qu’il n’évoque pas cet aspect). Je préférerais un argument type « plus de choix transfère la difficulté, le risque et les choix délicats sur le consommateur, ce qu’il n’apprécie pas forcément ». Argument qui a été apparemment développé dans un récent livre.
En bref, il y a là un sujet à creuser encore.

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue

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